NATURE DE L AFFAIBLISSEMENT ET IDÉE GÉNÉRALE DE SES EFFETS
On a vu. dans !a discussion qui a été rapidement faite à propos delà valeur de la monnaie, que le souverain prétendait donner à la monnaie une valeur nouvelle, à cause du droit de seigneuriage. On a vu que
ce droit de seigneuriage élait impuissant à ajouter quoi que ce soit, comme bonté ou utilité, à l'espèce. Ce droit est un droit positif que le Prince se donne, un droit régalien. Mais, on peut concevoir que ce droit régalien soit très étendu, et que le Prince ne peut être empêché de prélever un impôt même considérable sur les pièces de monnaie qu'il frappe, impôt qui sera perçu sous la forme d'une retenue d'une partie du métal précieux, et que le souverain conservera par devers lui. Et alors, il est loisible d'imaginer que cette retenue en arrivera à être du quart, ou de la moitié. Si, avec le métal ainsi gardé, le Prince émet de nouvelles pièces de valeur diminuée de moitié, il aura réalisé l'affaiblissement des monnaies ; on peut même concevoir que le Prince retienne tout l'or, et remette en échange du papier. Le seigneuriage est alors de ioo o/o. Et si, dans ce cas, le Prince émet
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trois fois plus de papier « j »ki l'or qu'il a retenu ne le permet, il réalise un affaiblissement de 2/0.
Ceci amène à penser que l'affaiblissement des monnaies est un véritable impôt, ou un emprunt forcé. Et si c'est un impôt, connue L'effet naturel des impôts est do diminuer la richesse des nationaux, on peut supposer que l'affaiblissement de la monnaie va avoir pour conséquence un appauvrissement de tous les particuliers.
Celle supposition se confirme très facilement, si l'on observe que l'Etal ne se porte jamais à affaiblir les monnaies que dans le temps que sa situation financière est très mauvaise. Or, quand un Etat a besoin d'argent, il ne peut s'en procurer que par les emprunls. ou par les impôts ; si donc l'affaiblissement des monnaies lui procure des ressources, et il lui en procure au début, il ne pont être qu'une de ces deux choses, un emprunt ou un impôt.
Cette remarque a son importance ; elle amène en effet à craindre que toutes les raisons par lesquelles on se flatte de légitimer des émissions excessives, et qui tendent à faire croire que l'inflation est de nature à favoriser le commerce, et donc à produire l'enrichissement dans un pays, ne sont que d'habiles duperies. Il est, en effet, absurde que la même cause, les besoins fiscaux, qui diminue la richesse des particuliers, l'augmente en même temps. Il v a là une contradiction manifeste.
Pour ce qui est des effets de l'affaiblissement, on voit tout de suite qu'ils vont être considérables et funestes.
D'abord, puisque les espèces vont être plus abondantes, vis-a-vis de marchandises dont la quantité n'a pas augmenté, elles vont être meilleur marché. C'est-
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à-dire que les prix vont hausser, dam la proportion même ou la monnaie a baîaté de valeur. Lei a • chands ae dédommageront de b perte qu'ilaibnl mrla
monnaie en Vendant ptns cher.
Ensuite, tout ceux qui vivent deleni travail on de leur industrie, comme les denrées auront augme de prix, se feront payer plus de salaires et plus d'honoraires*
Mais il y a une classe qui va être très malheureuse* c'est lou,te celle qni ne tire sa subsistance qne des
biens fictifs, c'est-à-dire des bien- i l'usage desquels la loi attache une rémunération. Tous ceux qui ont des revenus exprimés en monnaie, tous ceux qui doivent recevoir une somme de monnaie, vont être valablement payés en nouvelle monnaie, et contraints de la prendre pour sa valeur nominale, qui est fau- L'habitude de pratiquer le compte numéraire, les dispositions de la loi feront qu'ils n'exigeront pas de leurs débiteurs d'être payés sur le pied de la valeur réelle, et qu'ils ne pourront pas l'exiger.
Enfin, pour le corps de la nation, l'affaiblissement va produire cette double conséquence, que les richesses vont se déplacer, et que le commerce et l'industrie vont devenir incertains et difficiles, puisque la monnaie, qui est la mesure de tout, va varier.
Pour ce qui est du souverain, il gagnera d'abord, et perdra ensuite dans la mesure même où les nationaux perdront, un souverain ne pouvant être riche si la nation ne l'est pas, puisque c'est d'elle qu'il tire tous ses revenus, qui diminuent avec ceux des particuliers.