RÉSERVES MONDIALES DU PÉTROLE
L'incertitude règne en ce qui concerne la détermination des réserves mondiales d'huile minérale. Les uns font remarquer que, pour la première fois en 1938 (1), la production n'avait pu dépasser le chiffre de l’année précédente et marquait même un léger recul, signe précurseur d’une décadence prochaine. Après une progression ininterrompue, disent-ils, la production est arrivée à son plafond et s'apprête à diminuer. Les autres, beaucoup plus optimistes, déclarent que les réserves souterraines sont virtuellement inépuisables, que chaque année de nouvelles découvertes entrouvrent des horizons nouveaux, que rien ne résiste au progrès de la technique capable aujourd'hui d'atteindre des profondeurs étonnantes, et enfin que d'immenses étendues certainement très riches n'ont jamais été prospectées, et seront examinées le jour où le besoin s’en fera sentir.
Nous n'avons pas la prétention de prendre position dans le débat et de nous livrer à des estimations, comme certains experts en chambre, qui annoncent froidement, à quelques tonnes près, des chiffres généralement dénués de fondement. Nous nous contenterons d'examiner le problème tel qu'il nous est présenté, pour en tirer quelques conclusions. Le Comité des réserves pétrolier A.P.I. (American Petroleum Institute) se montre très optimiste en ce
(1) Voir première partie, production mondiale,
qui concerne l'avenir de la production pétrolière. Depuis quelques années il réunit les travaux d’une cinquantaine d'ingénieurs ou géologues éminents pour dresser l’inventaire des réserves d'huile minérale connues et prouvées aux Etats-Unis. Et ces réserves, loin de diminuer à la suite des prélèvements qui chaque année sont de l’ordre de 180 millions de tonnes, ont tendance, bien au contraire, à augmenter d’une façon appréciable et s’élèveraient en 1939 à 18.600 millions de barils, soit en tonnes 2.600 millions. Ce chiffre est évidemment très impressionnant, mais, si les Etats-Unis veulent maintenir la production de ces dernières années, il ne garantit qu'une durée de quatorze ou quinze ans. Nous voulons bien admettre que d'ici là de nouveaux gisements seront découverts et feront reculer de plusieurs années l’échéance fatale. Nous savons également que les Etats-Unis ne sont pas les seuls producteurs, que le monde recèle des ressources souterraines d'hydrocarbure, mais ce ne sont là que des hypothèses. Aussi bien, sans vouloir brandir le spectre de l’épuisement, il n'est pas inconsidéré d'envisager cette éventualité, fixée sans doute à une date indéterminée et qui peut être encore lointaine. Mais il est un fait certain, c’est qu'à partir d'aujourd'hui, plus on se rapprochera de cette date fatidique, plus le pétrole aura tendance à augmenter de prix par suite de l'accroissement du coût de production.
Cette dernière considération nous conduit à examiner la question des prix et à préciser leur évolution. Les prix de vente ont tendance à se rapprocher du coût de production le plus élevé. Depuis la guerre 1914-1918, le nombre des exploitations favorablement situées et les progrès de la technique s’étant multipliés de façon parallèle, le coût de production a bénéficié de ces conjonctures favorables. Les efforts réalisés pour comprimer les prix de revient se sont traduits naturellement par un abaissement sensible des prix mondiaux du pétrole. De ce fait, comme on le sait,