L'ophtalm orné trie clinique
contribution le darwinisme, admet qu'elle s'opère, en grande partie, à tâtons, il vous était permis de ne pas admirer sans réserve l'adaptation de l'œil à la vision, d'y reconnaître plus d'un défaut.
Je vous signalerai un autre argument qui plaide, au moins en apparence, en faveur de la doctrine transformiste contre celle des causes finales. « Nous répudions celle-ci, vous diront vos adversaires, nous n'acceptons aucune alliance avec elle; elle doit ou expliquer seule la diversité des espèces, ou nous céder la place. Or cette diversité est si prodigieuse, elle offre des formas si variées d'un même organe, des types si bizarres et, au point de vue esthétique, si laids ou si beaux, d'une ornementation souv en si compliquée et si délicate, que, en les supposant créés par une cause psychique, on est mis en demeure d'attribuer à cette cause une sorte d'ingéniosité fantasque, analogue à celle d'un Gustave Doi'é qui s'amuse ou d'un Vaucanson qui se récrée. Rien, à coup sûr, n'est moins scientifique, moins conforme aux exigences ou aux postulats de la raison, que d'admettre pour suprême effort d'une volonté consciente et créatrice dans l'univers la formation de ce monde vivant dont le luxe et la variété ne semblent pas autrement justiQés que les jeux inépuisables et les caprices de l'imagination humaine. Vous ne sauriez, ajouteront-ils, sous prétexte que le facteur x est métaphysique et situé hors des prises Sully Prudhoume. 5
de votre intelligence, vous interdire de remarquer Fanalogie des créations de ce facteur avec celles de l'activité humaine. Quant à nous, ne prêtant à la Nature aucune conduite qui ait le moindre rapport, même le plus lointain, avec la conduite de l'homme, nous supprimons chez celui-ci tout titre comme tout intérêt à justifier ce qu'elle fait. La diversité très grande des formes organiques, nécessairement déterminée, selon nous, par la rencontre d'une infinité d'accidents, échappe à l'interprétation esthétique et morale à laquelle votre hypothèse l'expose. »
Il se pourrait que cette objection, valable contre vous, péchât par la base aux yeux de ceux qui, comme moi, ne se sont encore prononcés pour aucune des deux doctrines et ne les admettront peutêtre ni l'une ni l'autre intégralement.
Quelle que soit, au surplus, la valeur des précédentes objections, il en est une fondamentale que les darwinistes pourraient faire à votre hypothèse finaliste. Pour la commodité du discours, j'appellerai P le psychique, à la fois pensant et voulant, impliqué dans cette hypothèse. Un organisme à réaliser est un système de rapports entre des éléments matériels (atomes, molécules), rapports de positions qui constituent la forme organique, et rapports de mouvements qui constituent la fonction. Le fonds où P puise les termes de tous ces divers rapports lui est actuellement donné, car ces termes sont les
masses des atomes et des molécules, dont la somme ne varie pas, et leurs propriétés physico-chimiques, qu'on peut considérer comme procédant d'une somme constante d'énergie pendant l'évolution terrestre; mais ces rapports, leur système, en un mot l'organisme n'existe pas encore, et comme il est l'objet de l'idée préconçue par P, il s'ensuit que cette idée préexiste à son objet. Celui-ci n'étant pas actuellement donné par l'univers, il faut donc que P se le donne à lui-même, le donne à sa propre pensée. Il faut donc qu'il se représente, parmi tous les rapports possibles de positions et de mouvements entre les éléments matériels, les rapports qui constituent l'organisme futur. Or cette représentation, produit de l'activité mentale deP, ou bien est nécessaire, c'està-dire soumise au déterminisme, ou bien ne l'est pas. D'une part, si elle l'est, un déterminisme psychique, d'où résulte l'adaptation de l'idée d'une forme à l'idée d'une fonction, ne doit-il pas vous paraître tout aussi invraisemblable que vous paraît l'être le déterminisme physico-chimique, purement mécanique, d'oti , selon les darwinistes, résulte l'adaptation d'une forme à une fonction dans la réalité ? D'autre part, si la susdite représentation n'est pas soumise au déterminisme, c'est donc qu'elle est arbitraire, et dès lors elle n'est pas objet de science positive et, en tant que savant, vous n'avez pas à vous en occuper, pas plus que, si vous admettez le
libre arbitre dans les actions humaines, vous ne cherchez une explication scientifique de leur conditionnement dans le temps et l'espace.
Ainsi, concluront les darwinistes, dans Tun et l'autre cas du dilemme, l'hypothèse des causes finales est non avenue; elle n'est admissible ni dans Tun ni dans l'autre. Elle est donc absolument inadmissible, soit comme impuissante à conjurer TinvraisemblancCi soit comme antiscientifique.