CHAPITRE PREMIER
Pour résoudre le problème ainsi posé, simplifions et précisons : l'Allemagne peut-elle payer? Quelles sont les nécessités de la France? Quelles sont celles des autres belligérants?
Section I. — Pourquoi le problèjne comporte une solution : évolution psychologique chez les Alliés et en Allemagne. L'Allemagne peut payer.
C'est généralement au moment où tout semble compromis, que paraît la solution rédemptrice. L'ère des illusions où l'on entassait millions sur milliards est close. L'indigestion est à craindre pour les nations comme pour les particuliers. L'Allemagne serait-elle en mesure de nous verser des milliards, nous ne pourrions les absorber
sans graves dangers. Car les milliards nous parviendraient en nature, en main-d'œuvre ou en devises. Et dans tous les cas des perturbations surgiraient sur le marché français des marchandises, du travail ou du change. C'est là un point désormais acquis, même pour le grand public. Les Alliés sont enclins à la modération.
Mais l'Allemagne paraît disposée à s'acquitter. Elle se rend compte enfin de son intérêt à une prompte solution des difficultés qui nous divisent. Elle cesse de se réjouir à l'apparition d'un différend entre la Grande- Bretagne et la France. La presse allemande a regretté le récent désaccord de Londres (août 1922) et redouté pour l'Allemagne ses répercussions. L'événement a justifié ses appréhensions : le mark s'est effondré. Mais, le mark effondré, la France ne reçoit rien. Aussi aspiret-on partout, serait-ce au prix de larges concessions, à une prompte liquidation financière de la guerre. Cette transformation, je dirai presque cette révolution, d'ordre psychologique, est de première importance.
Mais la récente chute du mark, qui a pu sembler tout compromettre (comment l'Allemagne effectuerait-elle le moindre paiement désormais avec une monnaie sans valeur?), nous paraît au contraire avoir tout simplifié. Car la baisse du mark a réduit à zéro la dette intérieure allemande, dette d'avant guerre ou d'après guerre. La dette d'avant guerre représentait en majeure partie le riche domaine industriel des États allemands : chemins de fer, mines et salines. Désormais le Reich détient ce magnifique actif sans aucun passif correspondant.
La baisse du mark a de même affranchi l'industrie, le commerce, l'agriculture de leurs dettes obHgations ou hypothécaires. Elle a par là même accru la capa-
COMMENT LE RÉSOUPRE I3
cité fiscale des classes productives et leur ardeur au travail.
L'effondrement du mark constitue encore à l'AUe^ magne, presque gratuitement, un gros avoir étranger. M. Poincaré évaluait à 100 milliards de marks papier la monnaie allemande détenue par d'imprudents spéculateurs. L'Allemagne a des florins, des livres ou des francs, dont la valeur s'est maintenue. Et le détenteur étranger n'a plus rien, puisque le mark a presque rejoint la couronne et le rouble.
Le Reich enfin n'a plus ni armée ni marine. Son budget est allégé d'autant.
L'atmosphère internationale est favorable à un règlement des problèmes économiques d'après guerre. La chute du mark (provoquée ou non par l'Allemagne, la controverse est stérile), en galvanisant la capacité de paiement de l'Allemagne, favorise la liquidation financière ardemment souhaitée par la communauté européenne. Une Allemagne, financièrement réorganisée, sera capable de supporter sa part légitime du fardeau des réparations. Cette part doit être chiffrée. Et ce chiffre n'a rien d'excessif. Voyons pour cela les nécessités de la France, le principal créancier.
Section IL — La situation économique et financière de la France : en quoi elle est- grave.
On exagère parfois la gravité de la situation économique et financière de notre pays.
Si l'on se reporte à 1919, tout est à redouter : l'Allemagne en révolution s'est engagée à réparer ; mais elle ne réparera pas. La France a des charges financières énormes : démobilisation, comptes spéciaux, relève-
ment des traitements de ses fonctionnaires ; et l'impôt dans un pays bouleversé par la guerre et en partie dévasté rend très peu.
Recouvrement
des impots dépenses
Millions de francs.