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Un exemple : Une maison commissionnée de Mayence veut acheter des faulx à un industriel. Ces faulx sont destinées à être exportées en France. L'office de contrôle berlinois chargé d'examiner les prix exige qu’ils soient élevés à 40 marks alors qu’au même moment, elle permet l'exportation des mêmes obiets en Amérique du Sud au prix normal de 18 marks 50.
Et la « Rheinische Republik » s’écrie :
« Tout ceci changera si l’article 270 du Traité de Paix est mis à «exécution. C’est là qu'est la solution juridique du problème. Que « l'on établisse la frontière douanière aux limites des pays occupés. « Alors nos amis de l'étranger seront débarrassés des chicanes du «prussianisme et les Rhénans, délivrés de la fantaisie corrompue «de Berlin, respireront plus aisément. Notre commerce pourra se « développer librement. Notre vie économique que n’entraveront plus «les vexations de l'élément prussien, pourra suivre sa voie natu- « relle, se développer vers l'Ouest, et entrer en contact avec les «contrées industrielles de la Lorraine, du Luxembourg et de la « Belgique. »
Ceci est très net: une certaine partie des Rhénans accueillerait avec satisfaction une mesure qu’elle juge favorable à ses desseins. Toutefois, cette même partie de la population se prépare à l’attaquer si elle n’a pas l'autonomie de la province pour corollaire.
Voyons encore la «Rheinische Republik», organe officiel du parti séparatiste:
« Les effets de l'application de l’article 270 qui, on le sait, doit «servir expressément les intérêts économiques de la population «des Territoires occupés seraient favorables mais, à la condition «que nous devenions indépendants. Nous avons souvent dit déià «que notre commerce et notre industrie doivent s'orienter vers « l'Ouest. »
«Jusqu'à présent, la tendance naturelle de notre extension «économique vers l'Ouest a été enrayée artificiellement par la «Prusse. Nous avons à peine besoin de rappeler les chicanes « Suffisamment connues de la bureaucratie du contrôle des impor- «tations et exportations. On sait également que l'intérêt de notre «industrie exige qu’elle soit englobée dans la sphère économique «de l’Europe occidentale ; elle bénéficiera ainsi de l’essor écono- « mique que tous les hommes compétents en attendent. »....
«Par l'application de l’article 270, voici quelle serait de fait la «Situation sur le Rhin; au point de vue politique, nous ferions encore «partie de la Prusse- Allemagne qui détient le pouvoir souverain. «Son appareil administratif notamment les services financiers «seraient maintenus. Mais le pouvoir souverain serait effective- «ment exercé par les troupes d'occupation, vis à vis desquelles le « Rhénan n’a pas de pouvoirs civils, que détient seul le Reich. Au «point de vue économique, nous ferions partie de l’Europe occiden- Ex tale mais il nous faudrait remettre les produits de notre travail «aux offices financiers de la Prusse, tandis que d’autre part nous «serions sans cesse menacés de voir saisir toute notre richesse « par l’Entente, dans le cas où la Prusse ne remplirait pas les obli-
«gations résultat du Traité, obligations de l'exécution desquelles «nous restons le gage. »
« Devrons-nous, par amour pour les sentimentalités politiques «des Prussiens qui se cramponnent à leur fantôme de souve- « raineté sur le Rhin, nous laisser broyer comme dans un moulin ? « Abstraction faite de raisons intellectuelles et historiques dont « devrait pourtant résulter l'autonomie des Pays Rhénans, c’est «cette situation économique qui nous engage à devenir d'urgence «un état neutre.»
« C’est alors seulement que citoyens libres, nous pourrons de «nouveau collaborer à l’organisation des conditions d’existence «politique de notre patrie, car jamais nous n’obtiendrons aucune «espèce de liberté en restant province prussienne occupée ; jamais «nous n’obtiendrons une réduction.des charges d'occupation. Ces «avantages ne peuvent et ne pourront nous être accordés que « lorsque nous serons un état indépendant. Au point de vue écono- « mique, nous ne pouvons être, comme province prussienne occupée, «qu'un objet d'exploitation à la fois pour l’Entente et pour la « Prusse. »
« Les intérêts rhénans exigent impérieusement que la sépa- «ration économique soit le prélude de notre autonomie politique. « C’est là une question vitale pour nous. »
«Et c’est dans ce sens que nous saluons l'application de l'ar- «ticle 270 comme première étape vers notre liberté finale, vers la « République rhénane. »
On voit que la «Rheiïnische Republik» confond malheureusement la ligne douanière de l’article 270 et celle des sanctions. Cela facilite son argumentation aux dépens de la réalité.
Par contre une autre fraction politique de la population, et de beaucoup la plus importante, est nettement défavorable à la ligne
du Rhin qu’elle voit contraire à ses intérêts.
Le premier bourgmestre de Cologne au cours d’une assemblée de ville déclarait le 25 février:
«... Parmi les sanctions qui doivent servir à l'exécution des «exigences économiques et financières des puissances alliées, il «en est deux qui atteignent tout particulièrement les rhénans : la «prolongation de la durée de l’occupation et la création d’une « frontière douanière le‘long du Rhin. »
«Nous déclarons unanimement à la face de la Conférence de « Londres que l’application de ces clauses ne saurait affaiblir notre « fidélité à l'Allemagne et au peuple allemand, et que les graves « préjudices économiques qu’elles pourraient nous porter doivent «être subordonnés tant par nous que par le gouvernement du « Reich, aux intérêts du peuple allemand tout entier. »
En réalité, l'Allemagne s’exagère volontairement et hors de toutes proportions le danger séparatiste. La très grande majorité de la population est fermement attachée aux institutions du Reich
et son esprit patriotique est aussi développé qu’en n'importe quelle autre province.
Il faut bien se persuader que la « Rheinische Republik» n’est l'organe que d’un fantôme de parti dont le docteur Dorten est le chef sans influence réelle.
Mais l'argumentation allemande ne s’arrête pas là ; elle est nombreuse et diverse. Elle en appelle même à César et ses légions ! En 56 après Jésus-Christ, les Romaïns ne se fixèrent pas sur la ligne du Rhin, ils occupèrent 100 à 120 km. de territoires plus à l'Est (1). Quant à Napoléon, il tenta d'y établir une barrière douanière et l’y maintint jusqu’en 1814 Malgrè sa puissance et le génie de ses organisations cette institution fut complètement inopérante.
Citons pour finir l'argument puéril du bolchevisme, extension des conséquences sociales d’une crise économique inévitable:
(1) Ce en quoi ils firent montre de moins de discrétion que les Alliés. D'ailleurs on ne voit pas très bien le lien qui peut exister entre la conquête romaine et l'installation d’une frontière douanière nouvelle.
«Les commandes iront donc en diminuant. Il en résultera en «premier lieu un manque de travail plus étendu dans les Terri- «toires Occupés. En même temps apparaîtra le danger de la «famine. Or, dans les conditions actuelles les gens affamés de- «viennent presque toujours la proie du communisme. Dans leur « désespoir, ils le considèrent comme une planche de salut . . .»
(« Kôlner Tageblatt», 12 mars.)
VE