CHAPITRE VI
Les transferts sous un régime de papier-monnaie inconvertible
Les transferts de capitaux se faisaient avant la guerre de 1914-1918 presque toujours entre des pays dont la monnaie était stable et convertible contre l’or. Aujourd’hui, la plupart des Etats sont revenus à un régime monétaire sain, et si l’or ne circule plus guère, même pour les paiements au dehors, du moins les transferts se font-ils normalement. Tout le problème, tel qu’il est posé à propos des Réparations allemandes, revient même à se demander simplement si des annuités considérables peuvent être versées sans danger pour la devise du pays débiteur : on n’envisage la question que sous l’angle d’une monnaie assimilable à l'or, et l’on a vu quelles réserves on pouvait apporter dans cette hypothèse au mécanisme et à la possibilité des transferts.
Mais, plusieurs fois, au cours du xix® siècle, et d’une façon à peu près générale dans les années qui ont suivi les hostilités, des versements importants ont dû être effectués d’un pays à un autre, alors que l’un d’eux se trouvait être au régime du cours forcé, avec une monnaie dépréciée, ou que tous les deux avaient abandonné l’étalon or, la devise de l’une étant cependant plus dépréciée encore que celle de l’autre. Les problèmes qui se posent alors sont les mêmes que précédemment : il faut que
l’équilibre de la balance des comptes se rétablisse, et pour cela que des envois de produits succèdent à des envois de capitaux. Mais leur solution est nécessairement différente, de même que les limites à la réalisation des transferts ne sont pas déterminées par les mêmes condi-
tions.
Dans un système de cours forcé, indépendamment de la situation de la balance des comptes, deux facteurs peuvent contribuer à déprécier la monnaie, un facteur quantitatif et un facteur qualitatif : le volume des émissions fiduciaires, et les influences psychologiques et spéculatives, A l’origine, on trouve toujours les nécessités budgétaires qui ont obligé, pour faire face à l’accroissement des dépenses publiques, à recourir à la planche à billets. Ensuite les prévisions des détenteurs de devises nationales et de devises étrangères restées saines peuvent, à leur tour, agir sur les cours des changes et provoquer des hausses ou des baisses.
Supposons que sous un pareil régime apparaissent à un moment, dans la balance des comptes du pays, de nouveaux éléments de passif qui vont rendre indispensables des transferts supplémentaires. Comme les cours de la monnaie ne sont plus, par hypothèses, limités par les points d’or, il va se produire une dépréciation nouvelle qui semble devoir rendre plus onéreux encore les versements à faire. En réalité, c’est cette dépréciation même qui va permettre, par un mécanisme que M. Rueff (1)
(1) Théorie des phénomènes monétaires.
a fort ingénieusement appelé le mécanisme des « points de marchandises », la liquidation de la dette envisagée.
De quoi s'agit-il en effet ? Il faut, par un moyen ou par un autre, qu'aux exportations de capitaux succèdent . des exportations de marchandises, et pour cela que les prix chez le débiteur soient généralement plus bas que ceux qui ont cours dans le pays créancier. Or, la baisse en chiffres absolus est impossible ; il y a même une augmentation constante, consécutive à la hausse des changes étrangers. À sa place on aura une baisse relative, en ce sens que les prix, tout en haussant en monnaie dépréciée, deviendront pourtant moins élevés exprimés en or et par comparaison avec les prix mondiaux.
Le cours de la devise nationale baïissant (1), les prix ont une tendance à croître de façon à se rapprocher de la valeur qu'ils avaient antérieurement, étant entendu que cette valeur initiale, comme la valeur vers laquelle ils tendent maintenant, n’est pas forcément la parité complète avec les prix des autres pays : c’est simplement une certaine relation par rapport à ces prix. Or, par l'effet d’une sorte de loi d'inertie, les mouvements des prix sont moins rapides que ceux du change, en telle sorte qu’un écart apparaît entre la valeur or antérieure et la valeur or actuelle des prix, cette dernière étant plus basse. Ce retard à la hausse va remplacer la baisse qui se produisait quandil yavait convertibilité dela monnaie contre l'or.
(1) On n’examine pas iei le cas où la hausse des prix précède la hausse des changes, car alors la cause de la dépréciation n’est pas le déficit de la balance des comptes. On ne cherche pas non plus la raison pour laquelle les mouvements des prix suivent les mouvements du change,
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