‹ Le Problème Des TransfertsChapitre 24 sur 29 · RES · texte numérisé non relu

RES

L’effondrement du mark laissait l'Allemagne de 1924 absolument vidée de capitaux liquides et de fonds de roulement. Sans doute son outillage industriel, ses installations permanentes demeuraient-ils intacts ; ils s'étaient même développés à la faveur de la prospé- 1ité factice née de la dépréciation monétaire. Mais ses chefs d’entreprise n'avaient plus de disponibilités pour assurer la marche des usines, la rémunération du personnel, l’approvisionnement en matières premières. Il était urgent de reconstituer le capital national. Mais attendre le résultat de la seule épargne intérieure eût été remettre à très loin la reprise de l’activité économique, car c'était le frait de 50 années de travail et de prospérité que les années précédentes avaient vu disparaître. Il fallait recourir à des emprunts extérieurs, d'autant plus que la plupart des matières brutes dont on voulait renouveler les stocks étaient importées du dehors.

Aussi les appels au crédit étranger se multiplièrent-ils, L'Allemagne offrait l'exemple inédit d’un pays industriellement très développé, et matériellement très avancé, ayant recours sur une vaste échelle à des emprunts extérieurs (1) : de telles obligations ne sont en général contractées que par des Etats dont la mise en valeur n’est pas encore achevée et qui possèdent des ressources naturelles inexploitées. Il convient d’ailleurs de reconnaître que si au début il s'agissait surtout de reconstituer le marché allemand des capitaux, plus tard les industriels employèrent aussi une partie des prêts qu’ils obtenaient de l'étranger à étendie encore un outillage déjà si perfectionné.

Quoi qu’il en soit, iln’ya rien ici qui soit imposé par la nécessité de faire face aux paiements des obligations de réparations. L'Allemagne emprunte au dehors pour procéder à la restauration générale de son activité économique et cela ne peut certes pas nuire au succès du plan Dawes, lequel veut que le débiteur devienne prospère pour demeurer solvable. Mais le volume même des opérations effectuées est extrêmement supérieur aux annuités versées aux Alliés, surtout si l’on considère les seuls versements en espèces. C’est ce qui ressort du tableau cidessous, qui donne le montant des emprunts à long terme par exercices et par catégorie d’emprunteurs, et aux chiffres duquel on devrait d’ailleurs, pour être tout à fait exact, d’une part ajouter les achats de valeurs effectués par les étrangers et les emprunts à court terme

(1) Voir la préface de H, G. MourTon, au livre de R. HuczyNski, American Loans {o Germany.

De a Rte + -e cm ue

sous forme de dépôts en banque, d’autre part retrancher les remboursements faits et les placements allemands à l'étranger (1).

En millions de marks 1924-1925 1925-1926 1926-1927 1927-1928

Reich me 200008 — —- — Etats Allemands . — 222,40 182,18 126 Communes rene 142,73 320,33 103,14 236,68 Entreprises d’élec-

ÉrICIÉÉ ETS 292,96 183,47 232,93 Industries. . . . . 196,12 830,30 436,89 261,40 Entreprises de

transport. . . — 27,30 63 124,95 Maisons de com-

MeÉTCCA ARNNU —— 25,20 — — Instituts de crédit . 35012135 279 352,10 Eglises: 14e AO OMR OS SORA OMR

Totaux: : . . 1411,15:1908,23°1271,93 1868.06

Jusqu’à présent, en somme, tout s’est passé comme si l'Allemagne avait remplacé une fraction de sa dette politiqué par une dette commerciale équivalente, cette dernière augmentant d’ailleurs bien davantage afin de satisfaire à des besoins économiques différents. En même

(1) D’après le Dr Pftizner dans Die Bank de novembre 1928, cité par R. Aupouix, l’Expertise des réparations, dans l'Europe Nouvelle du 8 décembre 1928. — Le montant de la dette à court terme est conjectural, mais il n’est peut être pas exagéré pour atteindre le total des engagements allemands de doubler le chiffre de la dette à long terme,

temps le capital propre du Reich, provenant de l’épargne de sa population, s’est accru d’une quantité beaucoup plus importante que la fraction de la dette commerciale correspondant à la capitalisation partielle des annuités. Dawes. Le tableau suivant (1) pour schématique qu'il soit, donne un résumé très clair de cette situation. La balance économique propre de l'Allemagne est égale à la différence entre la production et la consommation (900 — 780 — 120) supérieure aux paiements de réparation, et accrue simplement par les prêts étrangers.

Recattes Dépenses

Productions: 1.1.9): 900 Consommation . 780 Emprunts, crédits Investissements extérieurs, ventes intérieurs . . 170 de valeurs au Surplus pour les HODOIS NE RUE LOR 100 réparations. . 50 1000 1006

La physionomie de la balance commerciale pendant la période envisagée traduit les mouvements de la balance des comptes. La taxation avait bien pu créer un excédent budgétaire, et un surplus d’exportations potentiel pour le paiement de la dette extérieure. Mais les importations massives de capitaux, bien loin de permettre la diminution du pouvoir d’achat national qui aurait dû se manifester, en ont suscité au contraire un accroissement notable. Les Allemands ont vendu au

(1) D'après R, C, Lone, op. cit,, 1'° partie, chap, I,

Comité des Transferts le change qu’ils s'étaient procuré en empruntant au dehors, et se sont vu restituer les marks qu'ils avaient payés à titre d'impôt. Ils ont été ainsi mis à même d’acheter aux producteurs nationaux des marchandises que sans cela il aurait fallu exporter.

Bien plus, non seulement les ventes ne se sont pas développées, mais les achats au dehors ont été largement étendus. Suivant la formule classique en effet, la marchandise a suivi le capital; aux prêts étrangers ont succédé des envois de produits, et la balance commerciale allemande, loin de s’améliorer, a connu de façon permanente un lourd déficit. L’afflux des capitaux n’a pas permis une baisse des prix allemands, déjà relativement fort élevés, en 1924, par rapport à ceux des autres pays et notamment des pays européens. Le niveau en a même tendu plutôt à monter, puisque la moyenne annuelle de l'indice des prix de gros a été :

ER TA ER ROME NT Enr 192097 ENS RSENEN S RETARRS ENT UC AR CAN EURE RER FE CR NPA LS MERE LS Es Fast er NUE A TREErEE

avec un maximum de 141,6 en juillet 1928 (1). Le mouvement du commerce extérieur suit assez exactement celui des prix. Il y a entre les deux phéno-

(1) La plupart des statistiques données dans ce chapitre sont tirées de la revue anglaise The Economist, dont le correspondant à Berlin donne toutes les semaines des indications précises sur la situation économique, financière et monétaire de l'Allemagne.

mênes une concordance certaine, particulièrement marquée pendant l’année 1926, au cours de laquelle on peut noter une brusque disparition du déficit de la balance commerciale consécutive à une chute marquée de l'indice (1).

Les statistiques douanières du Reich exagèrent cependant de façon très manifeste l’excédent des importations, en donnant pour ces dernières des chiffres trop élevés et en minorant les exportations. Une correction officielle a été faite pour les années 1925-1928, qui donne une balance commerciale approximativemenrt exacte, et que l’on a reproduite ci-dessous ; on a ajouté les chiffres ordinaires pour 1924 et pour 1913, dernière année normale antérieure à la guerre.

En millions de marks

Années Importations Exportations Balance DL Lee 10700 10.097 — 672 IT PR 9.317 6.568 — 2,749 OP nr ren Ti: 744 8.930,59 — 2.813,5 LO2O E : 9.701,5 9:9290 + 228,4 LOTO DENT LS OUT 10:375;7 — 3.425,6 LOS MAUR CS. 648,7 ITR — 1,858

L’effort à faire de la part de l’Allemagne pour combler ce déficit et provoquer l’excédent nécessaire n’est cependant pas aussi important qu’il semble, parce qu’au cours de ces années, une partie des versements aux Alliés ont été effectués en prestations : or celles-ci ne

(1) Voir infra, p. 158 et suivantes.

figurent pas dans les chiffres précédents ; elles ont moditié l’aspect de la balance de la façon suivante :

1925 1926 1927 1928 Livraisons en nature. 52042 :6308710577:000098:3

Nouvelle balance passives HT em 0081e6592 2 8418602100

On arrive ainsi à une balance passive totale de 5.481,6 millions de marks seulement, dont il ne faut pas exagérer l’importance. On doit remarquer en effet que les exportations ont cru d’une façon très régulière et ont atteint en 1928 un chiffre supérieur de près de 3 milliards au chiffre de 1925. Les exportations de produits manufacturés en particulier sont passés de 4.874 millions de marks en 1925 à 5.989 millions en 1928 (1) (principaux articles seulement). Le chiffre des ventes est

(1) Le supplément économique du Temps du 1° avril 1929 donne le tableau suivant qui montre la régularité avec laquelle se sont dévelop-

pées les industries exportatrices allemandes. Ce sont les chiffres des principales exportations en millions de marks.

à 1925) 1926 ‘1927 1928 Produits Sidérurgiques . . . . . 1275 1411 1457, 1510 TISSUS LEONA EU SU ETENEe 905 933 989 1036 Machines s'textiles As ir 15 148 161 203 Machines outils NE RENE MON 101 119 135 164 Produits électro techniques. . . 275 310 326 398 Colorants, vernis et laques.. . . 295 304 337 346 Charbon teticoke MMIPNENE 717 1164 890 746 Papier et articles en papier. . . 309 355 338 366 PELIETÈTIES MMS NAME ER SERE 147 155 226 305 Vêtements et lingerie . . . . . 96 105 141 154 CUT ENS Te A EE SIENNE RE 205 211 230 258 Verrerie RE NON PAIE 170 187 193 211 Sulfate d’ammoniaque . . . .. 120 155 138 162 J'OUCLS) 1 CS ANR TENNIS 111 105 114 122

TOtAUXe à à 6 à 4374 5662 567à 598a

depuis 1928, pour une Allemagne très diminuée, au moins égal à celui d’avant-guerre. Dans les cinq années qui ont précédé 1914 leur moyenne mensuelle avait été de 687 millions de marks, c’est-à-dire 955 millions environ à l'heure actuelle, compte tenu de la dépréciation de l'or. En 1928, la moyenne mensuelle a été de 982 millions de marks, et de 1037, si l’on ajoute à ce chiffre celui des. prestations en nature.

L'augmentation plus forteencore des importations s’est surtout manifestée dans la rubrique des produits alimentaires et dans celle des matières nécessaires à l’industrie. L'Allemagne ne semble pas pouvoir dans les années qui viennent réduire ces importations d’une façon très sensible puisqu'elles servent à nourtir sa population et à faire marcher ses usines. Tout au plus lui serait-il loisible de diminuer un peu-2eux de ses achats de produits alimentaires qui correspondent à des consommations de luxe. Le développement considérable de ses facultés productrices depuis la guerre lui permettra plutôt d'augmenter ses exportations. Elle pourra le faire à la fois en réduisant sa consommation, c’est-à-dire son train de vie, par rapport à sa production, et en cessant de consacrer des sommes aussi importantes qu’à l'heure actuelle à l'extension de son outillage économique. Elle devra notamment consacrer aux exportations une partie plus importante des produits fabriqués avec des matières premières: importées. Mais pour cela la condition première est que les industriels, les Etats et les municipalités allemands cessent d'emprunter à l’extérieur de façon continue.

158 DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE li

Depuis la mise en œuvre du plan Dawes, la réalisation des conditions nécessaires pour que s'effectue normalement le processus des transferts, s’est faite à deux reprises différentes, pendant le premier semestre de 1926, et dañs la période correspondante de 1929.

Dès le début de 1925, le gouvernement allemand s'était efforcé de réduire le recours au crédit étranger. Il avait constitué à cette époque un organisme consultatif, le Beratungsstelle, chargé de donner son avis sur les projets d'emprunts des Etats, des villes et des entreprises dépendant ou placées sous le contrôle de ces collectivités. Ce contrôle préventif avait réussi dans une certaine mesure à ralentir les prêts au dehors.

Au cours de la première moitié de l’année 1926, les emprunts extérieurs à long terme continuèrent, quoique d’une façon quelque peu ralentie : ils totalisèrent dans ce semestre 720 millions de marks. Mais en même temps, l’Allémagne exportait des quantités de capital bien supérieures sous forme de crédits à court terme et de paiements pour des investissements à l'étranger. C’est que sur les places extérieures et notamment à New-York, le taux de l'argent était beaucoup plus élevé œue celui que Fon pouvait trouver sur le marché allemand.

Une fois de plus on allait voir les marchandises suivre le capital. L’exode d’une grande quantité de fonds liquides provoqua un ralentissement de l’activité économique, un chômage important ét une baisse de prix.

L'indice officiel des prix de gros, dont la moyenne pour 1925 était de 141,8, passait :

En janvier 1926 à .

En février 1926-à.. .:. . .

En mars 1926 à.

ANIME MO UN 0, © En mai 1926 à. .

En juin 1926 à. ..

Les ventes à l’étranger s’accrurent aussitôt en conséquence, et notamment les ventes de produits manufacturés ; les achats diminuèrent, surtout les achats de

matières brutes, à cause de la crise industrielle. Le déficit

de la balance commerciale s’atténua, puis disparut pour faire place à un assez large excédent :

En milliers de marks

Mois novembre 1925. . .

décembre 1925. .

janvier 1926. .

février 1926.

mars 1926. .

ANTUA41920- 205 0e mai 1926, : .

juin 1926 . .

Importations

Exportations Balance

Page 1