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L'exportation de capital due à des causes économiques se doublait des exportations nécessitées par le paiement des réparations. Des unés et des autres on ne
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possède pas de statistiques relatives au seul premier semestre. Pour l’année entière 330 millions de marks ont été versés en espèces du chef du plan Dawes, et 673 millions de livraisons en nature ont été envoyés aux créanciers. Les recettes provenant des emprunts et des crédits étrangers se sont montées à 700 millions, dont 667 ajoutés aux réserves de la Reichsbank, soit 33 millions net seulement (exportations du premier semestre et importations du second semestre paraissent s'être sensiblement compensées). L’importation nette de capitaux a donc été contrebalancée par des exportations correspondantes de capitaux et de services. Un surplus de l'actif de l'Allemagne sur son passif était apparu, et le Reich pouvait en 1926 s’acquitter à peu près complètement, sans aide extérieure, de ses engagements. La cessation de l’afflux des capitaux étrangers avait permis à la taxation instituée pour couvrir les paiements de la dette de réparations de produire ses effets et de créer. un surplus d’exportations.
Ce surplus aurait été plus considérable encore, et sans doute tout à fait suffisant, si l’évolution constatée au début de l’année avait pu se continuer et se maintenir. Mais dès les mois de juin-juillet, on voit le mouvement des capitaux se renverser et les prêts extérieurs se faire de plus en plus importants. C’est que les besoins de capitaux de l’Allemagne n’avaient pas encore été satisfaits ; elle ne pouvait pas encore se suffire à elle-même pour compléter sa réorganisation industrielle.
On le vit bien en 1927 quand la Reïchsbank, sur Pinitiative de son Président, mena une campagne violente
contre la politique des emprunts extérieurs. Une crise boursière et une crise de crédit s’ensuivirent. Les emprunts à long terme s’arrêtèrent, et le volume de l’argent à court terme qui continuait à être attiré n’était pas suffisant pour compenser les paiements à faire pour les importations, le remboursement des anciens crédits à court terme, et les transferts de Réparation. Il en résulta une hausse des changes étrangers. Mais les réactions visant au rétablissement de l’équilibre de la balance ne se produisirent pas. La Reichsbank, en effet, ne voulait pas augmenter le taux de son escompte, et même elle le réduisit sensiblement afin de ne pas susciter de crise économique nouvelle; d’autre part elle se rendit bientôt compte de la nécessité où se trouvait l'Allemagne de recourir encore au crédit extérieur, et mit un terme à sa politique restrictive.
Trois ans après la première crise de 1926, une seconde se produisait dans des conditions très analogues, mais avec des effets autrement considérables. Les émissions de valeurs allemandes, qui s'étaient élevées à une moyenne mensuelle de 126 millions de marks en 1926, 140 millions en 1927, et 137 en 1928, tombèrent brusquement au début de 1929 à 66 millions par mois; elles totalisèrent pendant le premier trimestre 198 millions au lieu de 398 pendant la période correspondante de 1928. C’est que la Reichsbank, pour des fins qui n'étaient peutêtre pas purement techniques, puisque ce changement de
coUvE DE MURVILLE, — Le Problème des Transferts. A1
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politique coïncidait avec la réunion du Comité Young, cessait tout d’un coup de rationner les crédits et d’encourager les importations de capitaux comme elle le faisait depuis la fin de 1927. On a vu qu’elle n'avait pu, précédemment, disposer d’un frein assez efficace sur les importations, et qu’elle avait dû renoncer au contrôle qu'elle avait essayé d’instituer. Mais ayant depuis un an renforcé systématiquement son encaisse métallique (en cinq ans elle a acheté plus de deux milliards de marks-or) elle disposait au contraire maintenant d'un instrument puissant.
Le 12 janvier 1929, le taux de l’escompte était abaissé de 7 à 6 1/2 0/0, et il n'était pas modifié quand un mois plus tard, la Banque d'Angleterre décidait d'élever le sien de 5 1/2 à 6 0/0 pour défendre la livre sterling. Non seulement les prêts à long terme se ralentirent, mais bientôt se produisirent des sorties importantes de fonds étrangers à court terme, attirés par la perspective d’une rémunération meilleure sur d’autres marchés (on s’attendait d’un moment à l’autre à une hausse du taux officiel à New-York) ; une grande partie des crédits à trois mois contractés en 1928 durent être remboursés. Enfin la balance des paiements était encore alourdie par des exportations de capitaux allemands, destinés à acheter des valeurs étrangères (notamment sur la place de Paris).
Devant ces sorties massives de capitaux, l'attitude de la Reichsbank ne se modifia pas. Elle laissa s’épuiser ses réserves de change, et bientôt on dût envisager des sorties d’or. La couverture métallique, qui était de 1.888 millions de marks au 7 janvier 1928 (plus 297 millions de
devises) et de 2.887 millions au 7 mars 1929 (127 millions de devises seulement}, tombait à 2.178 millions le 23 avril et à 1.891 le 30, puis à 1.819 le 7 mai. Le pourcentage de la couverture de la circulation passait de près de 70 0/0 (y compris les devises) à 41 0/0. L’Allemagne perdait plus d’un milliard de marks d’or et de monnaies étrangères, sans faire acception de la réduction de ses réserves non officielles.
Mais depuis le début de mars 1929, les demandes de change dépassaient les besoins normaux que motivaient les sorties de capitaux. Il y avait des signes de ce que les Allemands appellent une « Angskaufe » de devises, c’està-dire des achats non provoqués par les besoins commerciaux. Les exportations de fonds, la baisse du change, la crise budgétaire, la diminution massive de l’encaisse-or suscitèrent des craintes dans le public, craintes que les déclarations officielles tendaient plutôt à aggraver et qui incitaient à acheter des devises pour se prémunir contre une baisse possible du mark.
Dans ces conditions on ne saurait accuser les transferts des Réparations d’avoir provoqué des troubles de change et entamé les réserves de la Reichsbank. En avril 1929, par exemple, les transferts en espèces se sont élevés à 87 millions de marks, et le total des transferts en monnaies étrangères (y compris le service de l'emprunt Dawes) à 131 millions. Or la Banque, durant ce même mois, a perdu environ 800 millions d’or et de change.
La suspension des transferts n'aurait donc pas fait disparaître les difficultés monétaires. Elle les aurait sans doute aggravées. La crise, en effet, étant surtout
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une crise psychologique, une pareille décision de la part du Comité des transferts n’aurait pas été de nature à forcer la confiance à réapparaître. Le public aurait pensé que la stabilité du mark était sérieusement ébranlée, et son ardeur à se procurer des valeurs considérées comme valeurs-or n'aurait pas diminué. C’est une confirmation de ce que l’on disait au chapitre précédent sur la portée réelle de la clause des transferts.
Mais si cette crise n’a pas démontré les difficultés auxquelles le paisment des annuités de Réparation pouvait conduire l’Allemagne, par contre elle a, comme la précédente, montré de quelle manière le Reich pouvait normalement faire face à ses obligations.
La circulation des billets a suivi la décroissance de l’encaisse métallique qui en assurait la couverture : elle était de 4.067 millions de marks ie 7 mars 1928, de 4.484 le 7 janvier 1929, et de 4.442 le 7 mai. A cette déflation monétaire, peu accentuée d’ailleurs, s’ajoutait bientôt une déflation de crédit. Devant une débâcle possible, la Reichsbank était obligée d'élever le taux de son escompte (il passa de 6 1/2 à 7 1/2 0/0 le 25 avril), et surtout de limiter les crédits accordés par elle. Elle fixait un contingent à chaque banque, quant au montant des effets qui pourraient lui être présentés par elle, de façon à empêcher toute expansion de crédit qui financerait des achats de change, et à forcer peut-être les détenteurs de devises à réaliser.
L'effet de ces mesures de sauvegarde ne se fit pas attendre. Dès le mois de mai, les sorties d’or étaient arrétées et la crise conjurée. Mais en ce qui concerne plus par-
ticulièrement les transferts, on peut remarquer que, dès le mois de février, des modifications s'étaient opérées dans la balance des comptes. Dès cette époque, en effet, la situation du commerce extérieur, qui s'était déjà améliorée en 1928 par rapport à 1927, prenait un aspect plus favorable encore. Le déficit ne disparaissait pas complètement, mais il apparaissait très réduit dans les statistiques mensuelles (les prestations en nature sont comprises dans les exportations ; chiffre en milliers de marks, et non corrigés) :
Importations Exportations Balance
Moyenne mensuelle pour 1928. . 1.170.416 1.004.416 — 166.000 Décembre 1928 . 1.100.870 1.028.939 — 71.931 Janvier 1929 . . 1.319.113 1.104.998 — 226.005 permets 1.016:853 973.321 — 43.534 NES. er nt :021:080 983.524 — 35.914 Avril. . 1.254.901 1.231.010 — 23.891 Mai . 1.121.634 1.175.816 + 54.182 Juin. 1.077.650 1.079.352 + 1.702
Cette amélioration a suivi de très près le ralentissement des emprunts contractés à l'étranger. La baisse des prix n’est venue qu’uitérieurement. L’indice des prix de gros avait été de 140 pour l’ensemble de l’année 1928 et de 139,9 en décembre ; il s’abaissa à :
138,8 en janvier 1929 139,7 février 139,9 mars
1342 avril 135,8 mai 135,1 juin
Encore cette baisse n’était-elle due que partiellement aux événements monétaires, et pour une part plus importante à la chute des prix agricoles, fait à cette époque à peu près général. C’est ce que montre le tableau cidessous, qui donne les indices des différentes catégories de marchandises :
Moyenne mensusIle
de décembre 1928 24 avril 1929 Produits agricoles . . . 134,1 126,8 Produits bruts et semimanufacturés . . . . 134,1 1922 Produits manufacturés . 159,5 1927
C’est en somme l'arrêt des entrées de capitaux, provoquant un certain ralentissement de l’activité économique, qui est à la base du retournement de la situation. Importations et exportations ont diminué, mais les premières plus que les secondes parce que les ressources des importateurs se trouvaient brusquement diminuées : d’où une balance moins déficitaire. La baisse des prix, dans la mesure où elle était due à la nouvelle politique monétaire, a ensuite fait sentir ses effets, les ventes se sont trouvées stimulées, cependant que la reprise de l’activité économique permettait en même temps aux achats d'atteindre presque leur niveau antérieur.
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L'Allemagne n’est pas encore dans une situation telle qu'elle puisse faire face par ses seuls moyens au transfert de ses engagements extérieurs. Mais, du moins, la voie à suivre, lui est-elle nettement indiquée ; l'expérience a montré que, dès le moment où cessent les emprunts au dehors, les mouvements de marchandises s’ajustent de façon qu’un surplus d’exportations se développe, et qu'un excédent d’actif se crée, suffisant pour liquider le passif des obligations contractées. L’aisance avec laquelle, en toutes circonstances, les transferts se sont effectués sous le régime du plan Dawes a montré l’inutilité de leur réglementation ; elle n’est sans doute pas étrangère aux dispositions nouvelles recommandées par les experts chaigés au début de 1929 de proposer un plan de règlement définitif de la question des Réparations.