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réduire le taux de leur escompte ou de leur réescompte.

Ces variations de taux dans le pays débiteur et dans le pays créditeur viendront à leur tour se répercuter sur l’activité économique. Dans le premier cas cette activité sera entravée, les demandes diminueront : il s’ensuivra une baisse du niveau général des prix. Pour le second cas, au contraire, la production sera encouragée, les prix et les salaires monteront ; il se produira tous les phénomènes nécessaires pour rendre plus difficiles les exportations et plus avantageuses les importations.

Une seconde précision relative aux mouvements de l’or concerne les répercussions que doit avoir le jeu de ce mécanisme non seulement sur les relations des deux pays en cause, mais encore sur l’ensemble des relations internationales.

L’Angleterre en effet peut très bien ne pas envoyer directement des marchandises aux Etats-Unis pour s’acquitter de sa dette, mais les envoyer à un pays tiers. Et ce sont les produits de celui-ci, ainsi indirectement substitués aux produits du débiteur, qui iront vers la nation créancière. Cela revient à dire en somme que c’est l’ensemble des exportations anglaises qui sera supérieur à l’ensemble des importations, et non pas rigoureusement les exportations à destination des Etats-Unis par rapport aux importations en provenance de ce même pays ; et inversement pour les Etats-Unis. C’est un équilibre global qui sera rétabli, le même que celui qui existait auparavant, et non pas une série d’équilibres partiels entre un Etat et chacun des autres Etats.

Les répercussions des mouvements d’or d'Angleterre

aux Etats-Unis seront aisément mises en lumière. Si en effet les prix anglais baissent par suite des sorties de métal, cette baisse manifestera ses conséquences aussi bien sur le commerce de la Grande-Bretagne avec les autres nations que sur ses relations avec l’Amérique. Si l’on considère la France, par exemple, une disparité d’une certaine importance verra le jour entre les prix anglais et les prix français, moindre sans doute qu'entre es prix anglais et les prix américains, car ceux-ci ont en même temps monté de leur côté, mais suffisante néanmoins pour que les exportations d'Angleterre vers la France soient encouragées, et les importations de France en Angleterre entravées.

Dès lors il apparaîtra dans la balance des comptes de l’Angleterre de nouveaux éléments d’actif, provenant de ce supplément d’exportations. Dans la balance de la France à l'inverse, naîtra un nouvel élément de passif.

Ces modifications se traduiront par des sorties d’or de France à destination de Grande-Bretagne dans le but de combler le déficit ainsi créé dans la balance du premier de ces pays.

Au contraire vis-à-vis des prix américains qui montent à la suite des entrées de métal, les prix français, restés stables par hypothèse, deviendront relativement moindres. Les produits français seront plus avantageux pour les acheteurs américains ; les produits des Etats- Unis deviendront plus onéreux sur le marché français. Il en résultera une augmentation du passif de la balance des comptes américaine, une diminution du passif de la balance de la France. &

En généralisant le raisonnement, on arrive donc à . constater que l'actif du pays débiteur, l'Angleterre, s’est,

de par les mouvements d’or intervenus, et en supposant toutes autres choses demeurées égales, accru vis-à-vis non seulement du pays créancier, les Etats-Unis, mais vis-à-vis de tous les autres pays. Le passif américain s’est augmenté dans les mêmes proportions vis-à-vis non seulement de la Grande-Bretagne, mais du reste du monde. Cette double tendance, accroissement des exportations de l’une, accroissement des importations de l’autre, se continuera de la sorte jusqu’à ce que l'équilibre soit définitivement rétabli. On est donc fondé à dire que le mouvement des marchandises, déclanché par le mouvement de l'or, ne se limite pas aux deux pays en cause, et qu'il y a lieu à un rajustement général des balances commerciales.

Cependant à leur tour les envois d’or, rendus indispensables par les changements ainsi réalisés dans les rapports des Etats-Unis et de l'Angleterre avec les autres nations, ne seront pas sans conséquences. En France par exemple, il a dû y avoir des expéditions de métal vers la Grande-Bretagne ; parallèlement on a reçu de l’or en provenance d'Amérique. Si les quantités reçues et les quantités envoyées sont égales, rien ne sera modifié à la situation extérieure, et les prix resteront les mêmes. Mais le cas est bien improbable : il y a toutes les chances qu’il se soit produit en définitive soit des entrées, soit des sorties de métal.

Si la balance des comptes est plus débitrice que créditrice, c’est-à-dire si plus d’or a été envoyé en Angleterre

qu’il n’en a été reçu d'Amérique, alors il se passera exactement ce qui s’est passé précédemment en Grande- Bretagne : la circulation monétaire, ou plutôt les crédits accordés par les banques étant restreints, il y aura tendance à une diminution des prix. D’où prime à l’exportation, barrière à l'importation, jusqu’à ce que les achats soient assez réduits et les ventes suffisamment accrues pour que l’équilibre de la balance des comptes soit rétabli.

Si l’actif nouvellement créé est supérieur au passif, il se produit des entrées d’or, et le processus qui a précédemment fait ses preuves aux Etats-Unis jouera à nouveau, de façon que les importations augmentent et les exportations diminuent.

Cependant, pour suivre exactement ce qui se passerait dans la réalité, peut-être peut-on aller plus loin encore. On a supposé jusqu’à présent que l'équilibre des balances des comptes se rétablissait automatiquement par

le jeu des mouvements d’or. Mais en fait ce rétablissement ne s'effectue pas aussi vite : il y a une série d’oscillations autour du point d'équilibre, avant que ce point lui-même soit atteint.

Reprenons le cas des Etats-Unis et de l'Angleterre, et supposons qu'après l’apparition d’une dette nouvelle à payer, l'équilibre ait été rétabli grâce aux modifications respectives des prix des marchandises dans les deux nations. La demande des produits anglais aura augmenté :

la demande des produits américains baissé. Mais de ce seul fait, et après la chute des prix due aux fluctuations du stock d’or dans chaque pays, les prix anglais auront tendance à monter et les prix américains à décroître. Il s’ensuivra une moindre différence entre le niveau général des prix en Angleterre et aux Etats-Unis, donc une tendance à voir les exportations britanniques s’amoindrir et les importations américaines s’accroître. Un nouveau déficit apparaîtra dans la balance des comptes de l’Angleterre, mais beaucoup plus réduit que le déficit original. Il déclanchera les mêmes mécanismes qu'initialement, disparaîtra d’abord, puis réapparaîtra encore moins important, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on arrive à une répartition du métal jaune, et à des niveaux de prix tels que l’équilibre soit réalisé de façon définitive.

Bien entendu les mêmes phénomènes se reproduiront dans tous les autres pays affectés par la situation nouvelle de la Grande-Bretagne vis-à-vis des Etats-Unis. Mais on voit qu’au total si la répartition de l'or et le niveau des prix sont aïffectés dans le monde entier, le retour à la stabilité se fera rapidement. C’est qu’en effet, comme on l’a dit « il existera à chaque instant pour le « stock d’or mondial une répartition d'équilibre et une

seule, répartition conduisant à une hiérarchie des prix « telle que compte tenu de toutes les conditions réalisées « à l’intérieur de chaque pays à l'instant considéré « (.… rapports des prix particuliers, montant des frais de transport, habitudes individuelles en ce qui concerne

« l'usage des différentes formes de monnaie, vitesse de « circulation, activité des échanges, politique des ban-

S0 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE Il

«ques, taux d'escompte..…) les balances totales des « comptes de toutes les nations en présence soient et « restent en équilibre » (1).

C'est cet équilibre nécessaire qui, sous un régime de convertibilité de la monnaie contre l'or, résoud les difficultés de transfert.

Il arrive souvent que l'élément de passif supplèmentaire apparu à une époque dans la balance des comptes d'un pays disparaisse quelques années plus tard. Ce sera par exemple parce que la dette dont il fallait servir les annuités se trouvera intégralement remboursée. Des rajustements radicaux devront alors se faire, tant dans la nation jusque-là débitrice que dans le pays créancier. Les industries de la première continueront à produire pour l'exportation et à envoyer ces marchandises au dehors parce que les prix seront restés respectivement les mêmes sur les différents marchés. Mais les lettres de change obtenues par les exportateurs en échange de leurs ventes extérieures ne trouveront plus preneur sur le marché national pour leur intégralité, puisque les dettes envers l'étranger ont diminué. Dès lors leur prix aura tendance à baisser, et le change montera par rapport aux autres devises, jusqu'à ce que le point d'entrée de l'or soit atteint. À ce moment, les débiteurs étrangers enverront de l'or, et le métal, refluant vers le pays exportateur, y

(1) Ruerr, Théorie des phénomènes monétaires, p. 249.

PO. At 22S 0)

fera monter le niveau général des prix, Les exportations seront graduellement arrêtées et les importations se verront encouragées,

Les phénomènes contraires se produiront dans le pays autrelois créancier, et d'une façon générale dans Y'ensemble des autres pays, de telle sorte que le mouvement général des marchandises sera inverti dans une certaine mesure, mesure suffisante pour combler l'écart créé, par la cessation des paiements, entre actif et le passif de 3 nation auparavant endettée, Les prix remonteront d'un côté, bañsseront de l'autre, et, si rien n’est intervenu pour modifier la situation générale, atteindront le niveau auquel ils étaient parvenus avant les premiers paiements supplémentaires, Les balances commerciales tendront aussi à reprendre leur physionomie antérieure, Un nouvel équilibre des balances des comptes s'établira.

Pevenant maintenant sur ce qui à ét£ dit à propos du rajustement des prix dans les divers Etats en cause, par suite des mouvements d’or, il convient de voir dans quelles conditions précises ce rajustement s’opérera. Nous avons dit que dans Je pays devenu plus débiteur que créancier, en Yespèce V Angleterre, il y aurait une tendance générale des prix vers la baisse, tandis que dans le pays devenu plus créancier que débiteur, les Etats- Unis, 1 y aurait une tendance vers la hausse des prix. Le

résultat sera certainement tel, mais, en outre, tous les prix de tous les produits ne seront pas affectés de La

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même manière : il s'établira entre eux une sorte de hiérarchisation, qui ne fera d'ailleurs que contribuer au succès du mécanisme régulateur des balance des comptes par le jeu des mouvements de marchandises.

En Angleterre, en effet, par suite de la diminution du pouvoir d'achat global, le niveau £énéral des prix baissera. Mais les cours des produits importés et des produits exportés demeureront affectés par les cours cotés sur les autres marchés à l'étranger. Ils baisseront donc dans une proportion moindre que les cours des marchandises produites par les industriels et les agriculteurs anglais pour les consommateurs nationaux, de ce que les auteurs américains appellent les produits domestiques. Le prix des importations lui-même, qui ne subit pas les répercussions des phénomènes monétaires propres à l'Angleterre, et qui demeure par conséquent tel qu'il était auparavant, se trouvera devenir supérieur au prix des exportations britanniques : celles-ci en effet, tout en tenant compte des prix pratiqués au dehors, n'en seront pas moins affectées partiellement par la baisse des prix en Angleterre. Autrement dit les producteurs travaillant pour l'exportation chercheront tout à la fois à diminuer leurs prix de vente afin de concurrencer les exportateurs étrangers sur lemarché international, et à maintenir leurs prix plus haut que les prix domestiques, afin de réaliser un bénéfice supérieur à celui que réalisent leurs compatriotes travaillant uniquement pour le marché intérieur. Ils rechercheront le profit maximum, ce qui ne peut être obtenu ni en vendant les quantités maxima, car il faudrait baisser les prix jusqu'au niveau intérieur, ni en

exigeant le prix maximum, c’est-à-dire le prix antérieur, car on ne vendrait pas davantage.

Au total, c’est un prix moyen qui s’établira pour les exportations, et la hiérarchie des cours s’établira de la façon suivante, dans un ordre croissant :

1° Prix des produits domestiques ;

29 Prix des produits exportés ;

39 Prix des produits importés.

Les industries exportatrices étant ainsi relativement prospères, chercheront à se développer, et seront à même d'offrir aux capitaux un loyer plus avantageux, aux ouvriers un salaire plus élevé. Elles attireront le capital et le travail précédemment consacrés aux industries domestiques et pourront produire pour les acheteurs étrangers des quantités croissantes. Le système industriel anglais s’adaptera ainsi au nouvel équilibre industriel et commercial rendu nécessaire par les modifications de la balance des comptes. Les exportations seront supérieures, en même temps que les importations se trouveront arrêtées par la baisse marquée des prix des produits domestiques.

On voit, d’ailleurs, que comme précédemment pour le mouvement des importations et des exportations, il se produira des oscillations entre les industries exportatrices et les industries domestiques avant qu’un équilibre stable soit à nouveau atteint. Les demandes de personnel et de capitaux de la part des producteurs exportateurs provoqueront un afflux qui dépassera les besoins mêmes de l'exportation ; parallèlement les productions domestiques privées d’une partie trop importante de

couve DE MURvILLE. — Le Problème des Transferts. 3

leurs moyens de production, seront obligées de réduire leurs fabrications, d'augmenter légèrement leurs prix : elles attireront les éléments en surnombre qui s'étaient portés sur les précédentes. Et ainsi de suite jusqu’à ce que ces mouvements de va-et-vient, d’une ampleur décroissante, s'arrêtent définitivement.

Bien entendu, si, théoriquement, une démarcation très nette est concevable entre les industries exportatrices et les industries domestiques, en pratique une telle délimitation n’est pas aussi rigoureuse. Dans une industrie déterminée, un certain nombre d’usines travaillent pour le marché intérieur, d’autres pour les acheteurs étrangers. Dans une même usine, une partie de Ia production peut être destinée au dehors, l’autre au consommateur national. Mais dans ce cas, il s’agit d’une simple question de proportion : suivant les mouvements des prix, les chefs d’entreprises travailleront davantage pour l’un ou pour l’autre marché. On peut même très bien concevoir une usine, d’abord orientée vers la vente à l’intérieur et se tournant ensuite, après des changements tels que ceux que l’on a analysés, vers la vente au dehors.

Du côté des Etats-Unis, c’est-à-dire du pays devenu plus créancier que débiteur dans ses rapports avec l’Angleterre, la hiérarchie des prix, à la suite des mouvements d’or, se fera dans un ordre exactement inverse. Elle s’établira comme suit dans un ordre croissant :

1° Prix des produits importés ;

20 Prix des produits exportés ;

30 Prix des produits domestiques.

De par les importations d’or, une hausse générale du

niveau des prix est apparue, qui a affecté avant tout les prix domestiques : les cours des produits exportés, en effet, ayant à soutenir sur les marchés étrangers la concurrence des autres pays ont dû supporter le minimum d'augmentation, fût-ce aux dépens du profit des chefs d'entreprises. Du même coup, les prix des produits importés sont devenus relativement peu élevés : ceux des autres Etats, en général, sont restés ce qu'ils étaient ; quant à ceux de l'Angleterre, ils ont baissé et se trouvent ainsi particulièrement favorisés. Le volume des importations augmente, et les industries exportatrices, devenues relativement peu prospères, réduisent leurs fabrications et voient les ouvriers et les capitaux dont elles se servaient se détourner d’elles pour se diriger vers les industries travaillant pour le marché national.

En somme, et pour résumer, on peut dire qu'aux Etats- Unis tous les prix sont élevés, mais ceux des importations et des exportations sont bas par rapport aux prix domestiques. En Angleterre, tous les prix sont bas, mais ceux des importations et des.exportations sont élevés par rapport aux prix domestiques ; bien que ces derniers soient élevés, ils sont bas eu égard à ceux des Etats- Unis, tandis que les prix des exportations américaines, bas par rapport aux prix intérieurs, sont élevés par rapport aux prix anglais. Le résultat de ces disparités est la modification déjà indiquée de la balance commerciale de chacune des deux nations.

Dans les autres pays, qui ont été indirectement affectés par tous ces changements, nous avons dit que l’on pouvait y observer une augmentation soit de l'actif,

soit du passif de la balance, des entrées ou des sorties de métal. Les prix s’y trouvent transformés de la même manière, et une hiérarchie nouvelle s'établit ainsi, analogue suivant les cas à celle qui a vu jour en Grande- Bretagne ou aux Etats-Unis.

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