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CHAPITRE TITI

Les mouvements de marchandises (suite)

L'examen théorique de la question du transfert d’une dette internationale d’une certaine importance sous un régime de convertibilité métallique, montre que ce transfert n’est à aucun moment un problème autonome, distinct du restant des opérations nécessaires que comporte la liquidation de l’opération envisagée. Le seul fait du paicment déclanche les réactions nécessaires pour que la balance des comptes, donc le change de la nation débitrice n’en soient pas affectés.

Ce ne serait pas suffisant si les faits ne venaient confirmer ces résultats. L'objet de ce chapitre est précisé” ment de procéder à cette contre-épreuve.

Les grands transferts internationaux de capitaux ne sont pas rares au x1x® siècle et pendant le premier quart du xxe. Ils sont cependant le plus souvent difficiles à connaître, car ils font partie des éléments invisibles de la balance des paiements. Quelques-uns toutefois ont fait l’objet d’études attentives, dont un excellent résumé se trouve dans une publication faite par le « National Industrial Conference Board » de New-York (1). Certains concernent des cas où les transferts ont été faits sous un régime de papier-monnaie déprécié : ils seront envisagés

(1) The Inter ally debts and the United States, New-York, 1925, p. 138 à 189,

plus loin, quand nous nous occuperons des transferts en cas de cours forcé. Parmi les autres, deux ont semblé particulièrement intéressants, l’un parce que les statistiques qui le concernent sont extrêmement complètes et donnent une idée très exacte de toutes les modifications advenues, l’autre parce qu’il concerne plus particulièrement notre pays.

Il s’agit d’une part des emprunts privés effectués par le Canada pendant la période de 1900 à 1913, l’Angleterre étant le principal pays créancier, d’autre part du paiement de l’indemnité de guerre de la France à l’Allemagne après la guerre de 1870-71 (1).

De 1900 à 1913, le Canada a emprunté d’une façon continue et croissante à l'étranger, ‘partiellement aux Etats-Unis et en Europe continentale, mais surtout en Grande-Bretagne. Ces emprunts étaient effectués par les particuliers, pour la mise en valeur du pays, le développement de son agriculture, son expansion industrielle et commerciale. De vastes transferts de capitaux ont donc dû avoir lieu, en provenance d'Angleterre, à destination du Canada. Comment se sont-ils faits, quels ont été leurs effets sur la balance des comptes, comment

(1) À consulter : Jacob ViNer, Canada's Balance of International Indebtedness, Cambridge, 1924, {arvard Economic Studies, volume XXVI; A. E. Monror, The French Indemnity of 1871 and its effets, Review of Economic Statistics, octobre 1919 ; G. CARANO-DoMITo, 7ndemnita di guerre e debite interalleali, Riforma Sociale, janvier-février, 1925,

Ye

ont-ils affecté les prix dans chacun des deux pays en cause ?

Le tableau suivant (4) donne l'indication du montant net des importations de capital chaque année au Canada (déduction faite des prêts faits au dehors), de la balance commerciale canadienne (surplus des importations sur les exportations, y compris non seulement les marchandises, mais les prêts, les assurances, les dépenses des touristes, etc.), enfin de la balance commerciale de la Grande-Bretagne vis-à-vis du Canada (surplus des importations sur les exportations, mais seulement pour les marchandises).

En millions de dollars

Importations nettes | Importations nettes de capital totales au Canada

Exportations nettes du Canada en Grande-Bretagne (2)

Années

(1) The Interally Debts, and the United States, p. 141. (2) D’après le Statesman Year Book, et après conversion des livres sterling en dollars,

Le mouvement des importations de capitaux et des importations de marchandises au Canada est d’un parallélisme absolu. Celui-ci apparaît plus nettement encore dans le graphique n° 1 (1). On peut remarquer en outre que d’une façon assez générale l’augmentation des importations de capitaux précède celle des importations de marchandises ; c’est que les secondes ne font que suivre les premières, étant provoquées et justifiées par elles. D'ailleurs, tous les emprunts contractés par le Canada n’ont pas servi à son usage propre, c’est-à-dire à son développement économique. Une partie en a été consacrée à payer les intérêts dus sur les engagements antérieurs. La situation exacte est montrée par les chiffres suivants qui donnent la balance des comptes du Canada pendant la période envisagée :

En millions de dollars

Actif Passif Emprunts nouveaux. . . . 2.546 — Intérêts à payer. . PE ARE 960 Prêts par le Canada. . . . — 136 Intérêts à recevoir. . . . . 88 -— Balance commerciale. . . . — 1.312 Balances des autres postes qui ne sont pas des em- DUDIS TN EUR RER — 183 DIVERS Se OMR RES 43 Totaux. 27e PTS 2.634

(1) Op. cil., p. 144.

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Cette balance indique nettement de quelle façon furent employés les 2.546 millions de dollars empruntés de 1900 à 1913, leur utilisation a été la suivante, en 0/0 :

Remboursements et intérêts. . . . 42 0/0 Importations nettes de marchandi-

SOS. se LD NARNIA Importations nettes sous d’autres ru-

brigitte e 7 0/0 DIVETSS IE PAL PR PARLE RIRE ENT 2 0/0 100 0/0

Sur la partie qui a fait réellement l'objet de transferts à destination du Canada, ces transferts ont été effectués de la façon suivante :

Importations nettes de marchandises 83 0/0 Divers L'AUCUFC SPAS ARR ES

Les importations de capitaux ont dominé les mouvements de marchandises ; ces dernières ont servi en quelquel sorte de truchement pour faire parvenir les capitaux à ceux qui les avaient empruntés. L'écart existant entre les deux cou bes que nous avons étudiées s'explique aisément par ce fait qu'il se produit un certain délai entre la souscription de l'opération de crédit et sa réalisation, c’est-à-dire son transfert. La réaction nécessaire pour rendre ce transfert possible, pour rapide qu’elle soit, n’est pas instantanée,

C’est qu'en effet, on l’a vu au chapitre précédent, les phénomènes d'emprunts extérieurs sont suivis par des mouvements dans les prix des divers pays en présence qui les rendent exécutables. Dans le cas actuel, ces motüvements ont été très nets, et leur régularité même explique la régularité avec laquelle se sont effectués les transferts d'Angleterre au Canada.

Les statistiques montrent que les prix en Grande-Bretagne, pays prêteur, c’est-à-dire débiteur, ont tendu penñdant une première période (jusqu’en 1906) à baisser ; puis ils se sont mis à monter, mais d’une façon beaucoup moins accentuée que dans les autres nations : ils ont décru relativement. | |

Au Canada, pays emprunteur, c’est-à-dire créancier, au contraire, les cours n’ont cessé de monter, et avec une grande ampleur de 1900 à 1913. Bien plus, c’est au moment où les importations de capitaux s’accélèrent, quand ils montent brusquement de 143 millions de dollars en 1909 à 257 millions en 1910, et à 400 millions en 1913, que la hausse se fait la plus vive : 119,4 en 1909, 136 en

Aux Etats-Unis, pays neutre, ou qui tout au moins n’a fait à son voisin que des prêts relativément peu importants, les prêts ont cru à peu près régulièrement, suivant la tendance générale de cette période, qui est une période de hausse. Mais ils sont restés constamment entre les prix anglais et les prix Canadiens, plus près cependant des seconds que des premiers, car les Etats- Unis, eux aussi, ont été dans cette période un pays emprunteur,

kk PREMIÈRE PARTIE -— CHAPITRE III

Indices généraux des prix (Prix de gros pondérés) (1) 1900 — 100

Années Canada Grande-Bretagne Etats-Unis

Moyenne 115 113

En [æ—) > © (==)

nord oowmmio toi

On ne possède pas pour la Grande-Bretagne et les Etats-Unis de statistiques sur les différentes classes de prix, prix domestiques, prix des marchandises importées, prix des marchandises exportées. Pour le premier de ces Etats, les chiffres seraient, d’ailleurs, peu intéressants, car la variété des opérations faites par les commerçants et les banquiers britanniques, ainsi que l’étendue de leurs relations, font que bien d’autres facteurs ont agi sur ces diverses catégories pendant la période dont on s'occupe.

Pour le Canada, par contre, on possède des statistiques détaillées, indiquant de façon précise l’évolution des dif-

(1) Op. cit., p. 145,

férents groupes de prix (Voir tableau page suivante). D'accord avec la théorie, cette évolution s’est caractérisée par un décalage très net. L'ensemble des cours

a monté, mais les produits domestiques sont devenus

relativement beaucoup plus chers. Les prix des importations sont devenus relativement moins élevés. Enfin les prix des exportations, se maintenant à mi-chemin entre les précédents, ont suivi d’assez près la progression de l’ensemble des cours indiquée plus haut. L’explication des modifications enregistrées dans la balance commerciale apparaît d’elle-même. Les importations ont été encouragées, les industries domestiques sont devenues extrêmement prospères, et les exportations, si elles n’ont pas été ralenties, du moins n'ont pas été caractérisées par la même prospérité, ni ne se sont développées avec une semblable rapidité.

Quelle que soit l’imperfection des statistiques et en faisant la part des inexactitudes et des erreurs, il n’en reste pas moins que les chiffres donnent, sinon la valeur absolue, du moins la tendance des modifications intervenues, et leur rapport avec les autres. On ne peut manquer d’être frappé des confirmations que cet exemple apporte à la théorie des mouvements de marchandises.

Le cas de la France et de l’Allemagne après la guerre de 1870, pour n'être pas moins significatif, n’est pas d’une ampleur aussi grande. Il ne porte, en effet, que sur un nombre d’années plus réduit, sur des chiffres bien infé-

16 PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE Il

Les groupes de prix au Canada (Base 1900 — 100) (1)

Prix des produits | Prix des produits

Années Prix intérieurs d'importation d'exportation

4901 ait.

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