EXPÉRIENCES SUR LE CANCER
On a de tout temps essayé d'appuyer sur des expériences les diverses th éories du cancer et du développement des tumeurs en général.
Agents irritants. — Dans l’hypothèse de causes irritantes, Martin (i)a injecté de l’huile de croton dans les veines de divers animaux. Hanau (2) a badigeonné au pinceau, avec divers goudrons, des scrotums de rats pendant des mois et des mois, sans résultat appréciable. Albert (3) n’a réussi par aucun procédé d’irritation mécanique ou chimique à produire des tumeurs. Brosch (4) détermine une plaie par contusion sur le dos d’un animal, puis frotte avec du xylol, du xylol paraffiné et recommence pendant 8-1 2 semaines ; par ce procédé, il obtient des proliférations épithéliales, mais rien qui puisse rappeler une tumeur cancéreuse. Schottlander (5), avec du nitrate d’argent sur la cornée, provoque des multiplications karyokinétiques, bipolaires et multipolaires, etc.
Plus nombreuses sont les expériences faites en vue de démontrer ou d’infirmer les théories embryonnaires du cancer.
Tissus emrryonnaires. — Zahn (5), en insérant sons la peau ou dans le péritoine de divers animaux du cartilage embryonnaire, ou même en transplantant un os entier embryonnaire^ constate des signes décroissance, et même des exostoses, des en chondromes ; des tissus adultes inoculés dans les mêmes conditions sont attaqués et entrent tout de suite en voie de résorption. Léopold (6), en partant de fragments de cartilage d’un embryon de lapin de 2 cm. 5, obtient une masse cartilagineuse qui atteint 3oo fois la taille du fragment initial ; ces productions finissent toujours par la résorption. Birsch-Hirschfeld (7) injecte dans le foie(à chèvre, lapin, poule, etc.) des fragments d’embryon, il observe des débuts de développement, mais toujours la résorption ultérieure. Wilms (8), avec de très jeunes embryons de poulet, obtient des tératomes et des différenciations de tissus embryonnaires (la transplantation ne réusissait que chez certains individus). Féré, A. Marie, Mlle Joffre, ont fait des expériences semblables; toujours, après une période de croissance, après formation de tératomes plus ou moins complexes, la résorption est survenue.
De tous ces essais, on a pu seulement conclure que les tissus sont d’autant plus facilement résorbés qu’ils sont plus âgés ; des tissus jeunes provoquent moins les processus phagocytaires et ces tissus jeunes peuvent continuer à se développer pendant des semaines et des mois.
Une expérience de Lambert-Lack (9) était intéressante, si elle avait pu
(1) Ce chiffre et les suivants renvoient à l’index bibliographique à la fin de l’opuscule.
être confirmée : cet expérimentateur, après laparatomie chez une lapine, dissocia les cellules ovulaires dans le péritoine même de l’animal et dit avoir obtenu une vraie carcinose avec métastases dans le foie, ou la rate.
Essais de transplantation de tumeur : a) D'homme à homme. — Les auto-inoculations d’Alibert (io) au début du xixe siècle furent négatives ; négative aussi l'expérience de Senn (11) : cancer épithélial de la jambe greffé au mollet chez l’homme.
Hahn (12), von Bergmann (i3), Gornil (i4) rapportent des expériences de transplantation positive sur le même sujet. Ces expériences ont été peu nombreuses, et pour cause ; mais les cas rapportés semblent indiscutables et démontrent qu’il fut possible de greffer du tissu cancéreux sur le malade porteur de la tumeur. Transplantation, non infection, fait remarquer Virchow.
b) D'homme à animal. — Ces expériences sont innombrables.
La plupart des auteurs concluent négativement et les cas donnés comme positifs : Peyrilhe (1 773) ( 1 5), Langenbeck (i84o) ( 1 6), Ivlencke ( 1 843) (17), Lebert et Follin (i85o) (18), Weber ( 1 85g) (19), Goujon (1866) (20), Quinquaud (1874) (21), Dagonet (1908) (22), Dagonet et Mauclaire (1904) (23), Gaylord (1905) (24), sont des plus discutables. Les données nouvelles tirées de l’étude expérimentale du cancer chez la souris et chez le rat ne peuvent que nous confirmer dans cette opinion sceptique, étant donné les difficultés que l’on éprouve (nous le verrons dans la suite) pour passer d’une espèce comme la souris blanche à une variété fort voisine, la souris grise, et la non-réussite démontrée des passages du cancer de la souris au rat, — deux espèces pourtant fort voisines.
c) D'animal à animal de même espèce. — Plus explicables sont les cas de transplantation chez un animal de même espèce.
Klencke (17) en 1 843 , avec une tumeur mélanique orbitaire d’une jument, inocule la conjonctive et les glandes lacrymales d’un cheval et constate le développement d’une tache noire sur la conjonctive, avec masses mélaniques dans les glandes.
Goujon (20) en 1866 cite une transplantation de tumeur de cobaye à cobaye. Etait-ce une tumeur? il n’existe pas dans la littérature d’exemple indiscutable de cancer chez le cobaye ou le lapin : je ne connais personnellement que le cas d’un fibrome de l’épiploon chez un cobaye.
Nowinsky (1876) (21 4/s), Wehr (1889) (22 4/s), ont rapporté des cas positifs, l’un avec un carcinome nasal chez le chien — 2 succès sur i5 chiens inoculés, avec deuxième inoculation positive ; — l’autre avec un cancer (?) du vagin, probablement la tumeur de Geissler, Smith et Washbourn (23 4/s), San Felice, Sticker (24 4/s), Bashford (25), etc. — La transmission de cette tumeur par le coït a été pour la première fois signalée par Powell White.
Enfin Hanau (2) en 1889 décrit chez le rat des transplantations positives (vues après 7-8 semaines), d’un épithélioma pavimenteux corné, par inoculation péritonéale.