TRAUMATISME ET CANCER - CELLULES RECEPTRICES
Les ecto ou endo-parasites ne peuvent pas être considérés, bien entendu, comme les seules causes étiologiques à envisager dans le problème du cancer. L’éclectisme est de mise, il est dans le sujet lui-même : ce ri est pas le cancer que nous avons ci étudier ,
mais les tumeurs cancéreuses. Un seul point commun paraît les réunir : d’homme à homme ou d’animal à animal, les différentes formes du cancer ne sont pas directement transmissibles. Les observations cliniques, et l’on ne saurait trop en tenir compte, semblent montrer que, toujours, il faut admettre pour le développement d’un cancer la nécessité d’une lésion préexistante de la région ou de l’organe, la formation de cellules réceptrices. Les exemples probants de cancers développés sur des nœvi, sur les lésions du xeroderma pigmentosum, prouvent que ces cellules peuvent exister normalement chez certains individus. Les cancers apparaissant sur des brûlures, sur des radio-dermites, le cancer des fumeurs, les cancers succédant à des lésions syphilitiques, démontrent que cescellules réceptrices peuvent apparaître ou se constituer sous des influences diverses, et que l’étiologie du cancer ne saurait être univoque.
Cancer de la lèvre et cancer du sein, cancer de l’estomac ou de l’utérus, cancer du testicule ou du rein, sarcomes, épithéliomes, chondromes ou carcinomes dans les divers organes, ne peuvent certainement pas être considérés comme des localisations variées d'un processus unique. Il n'y a probablement pas un microbe, mais des microbes du cancer, et le virus doit envahir l’organisme par les voies les plus diverses.
Telle est la conception que l’on peut avoir actuellement du problème du cancer, en reconnaissant d’ailleurs que les conditions de l’inoculation spontanée et les virus qui interviennent restent dans presque tous les cas à l’état d’hypothèses et de possibilités.
BACTERIES
Beaucoup plus simpliste était la conception de la maladie cancéreuse au début des études microbiologiques. Scheuerlen (68), Rappin (69), Schattoch-Ballance (70) ont décrit le microbe du cancer. Leurs microbes sont depuis longtemps oubliés.
Doyen (71), en 1887, il y a 20 ans, avait signalé un microbe facile à voir à l’état frais dans les tissus cancéreux et il a depuis, avec une ténacité remarquable, essayé d établir le rôle étiologique
du Micrococcas neoformans. — II li a pas encore emporté la conviction du monde savant.
Le Micrococcus neoformans (staphylocoque blanc à culture filante sur tube de gélose) se trouve en effet très souvent dans les lésions cancéreuses, il se trouve aussi sur la peau normale et dans bien d’autres lésions glandulaires, non cancéreuses ; dans le sein par exemple, nous Lavons isolé plusieurs fois de mam mites tuberculeuses. Doyen pense que son microbe est très répandu, que le microbe du cancer doit être banal ; il l’isole par la culture dans les cas les plus variés de tumeur, et il veut expliquer, par le même virus, sarcomes ou fibromes ou lipomes ou épithéliomes : c’est là une vue théorique, elle demanderait à être appuyée sur des expériences probantes. L’inoculation du M. neoformans ne reproduit pas les tumeurs qui ont donné les cultures du microbe : les bactériologistes ont l’habitude d’attacher une grande importance à ce genre de preuves. Doyen, bien que bactériologiste habile, ne les a pas encore fournies, et les préparations de proliférations épithéliales dans les bronches de rats, inoculés dans le péritoine avec le Micrococcus neoformans , n’emportent pas la conviction. Nous avons eu au laboratoire des rats morts spontanément avec des abcès pulmonaires, qui ont montré des proliférations bronchiques de même ordre.
Au point de vue thérapeutique, Doyen dit avoir obtenu et obtenir tous les jours des résultats excellents par l’inoculation de cultures modifiées du Micrococcus neoformans . Ceci non plus ne serait pas une preuve ; on a jadis publié des améliorations remarquables de tumeurs cancéreuses, de sarcomes en particulier, à la suite d'infections à streptocoques : il y a là tout un côté d’intéressante bactériothérapie cancéreuse qui ne peut être jugée que sur les résultats.