CHAPITRE III FRATERNITÉ
11 existe deux manières de concevoir la fraternité. Selon l'Évangile, les hommes doivent s'aimer et s'aider en frères, parce qu'ils ont au ciel un môme Père. Dieu étant le père de tous, l'enfant de Dieu est obligé à voir dans tous ses semblables des frères ; de justes préférences lui sont permises, toute exclusion lui est interdite et bien plus encore toute haine. Voilà la fraternité chrétienne. L'autre, fille de la volonté humaine et propagée par la franc-maçonnerie, rap-
(1) Estote per/ectisicut Pater vestcr cœlestis perfectus est (Mattli., v, Zi8).
proche dans des limites convenues et à des conditions préalablement fixées un cei*tain nombre d' individus qui , se déclarant frères^ s'associent, assurent-ils, pour travailler, dans des conventicules ténébreux, au bonheur de l'humanité.
Entre ces deux fraternités, la différence est radicale ; Tune est organique, l'autre factice; l'une découle nécessairement de la paternité divine, l'autre se forme arbitrairement par la volonté' des associés; l'une est générale, l'autre particulière; l'une ne peut être méconnue que par une révolte contre Dieu passible d'un châtiment inévitable, l'autre peut être rompue d'un commun accord ; l'une est assurée de sa récompense, l'autre peut demeurer sans fruit; l'une, venue du ciel, ramène au ciel, l'autre, inventée sur la terre, ne dépasse point la terre.
Prise en soi, la fraternité d'humaine création n'a rien que de légitime et d'honorable ; c'est au fond l'amitié, l'un des charmes et l'une des gloires d'une existence vertueuse. Une amitié légitime élargit le cœur; sans chasser personne, sans diminuer en rien les égards, les soins, les sacrifices dus au parents, aux concitoyens, aux compagnons de travail, aux bienfaiteurs, elle fait jaillir du plus intime de l'âme des flammes nouvelles et de nouveaux dévouements. Ainsi conçue, ainsi pratiquée, elle est, dans la société, une force bénie, dont les salutaires influences font succéder, entre travailleurs, à la juxtaposition forcée le joyeux entrain d'un concours pleinement volontaire- Mais sitôt que l'association amicale, qui est un simple droit, veut prendre le pas sur la charité fraternelle, qui est un devoir, le désordre commence. Ce désordre, les utopies sociales de toute nuance le fomentent aujourd'hui ; elles arrachent l'homme du milieu dans lequel la Providence l'avait placé pour le jeter dans un milieu de son choix; la famille est négligée pour le groupe factice auquel on s'est agrégé ; le foyer est délaissé pour le cercle; l'amour de la patrie, qui devrait l)roduire sur place des (cuvres utiles, s'éclipse devant un vague amour de l'humanité, qui ne produit que des phrases cj^euses
et stériles, ou des révolutions. C'est là un grand malheur politique, domestique et économique.
Toute production est fille de la volonté; humaine. Or, ce premier moteur n est pas une machine paasive ; 1^ volonté choisit ses points d'application. Le proWème p^•atiq^e fondamental consiste à obtenir d'elle tm bon choix. On sait que les pix)dttits se divisent en objets indispensables, objets utiles et objets de luxe. La demande n'est point, comme nous l'avons re-. marqué déjà, l'indice certain des besoins ; le pauvre demande selon ses ressources et le vivem* selon ses caprices. Quelle direction prendra la production ? Le pauvre, obéissant à la néce^ité, choisira, quand il pourra choisir, le travail le plus propre à le préserver de la misèie. S'il gagne ainsi son pain dans la plus inutile des industries, qui o^ra l'en blâmer ? ffrimà vivere. Pour vivre, l'homme est autorisé à tout faire, sauf le mal. Mais à quoi se résoudront les producteurs riches ? Dans le système du parfait égoïsme, ils produiront les objets deluxe ; ils feront en sorte que d'autres, espérant un écoulemeht avatitageux, les produisent, et ils appauvriront d'autant la société. Dans le système de la fraternité restreinte et facultative, ils songeront à autrui dans la faible proportion de cette fraternité boiteuse. Dans le svstème delà fraternité fondée sur la paternité divine, ils éviteraient de donner et de demander au luxe, et tourneraient leur activité vers la multiplication des objets indispensables, vei*$ la création des objets utiles.
Ainsi nôtre époque verra l'école de Menilmontant former des boursiers fort habiles à réaliser par le jeu de superbes fortunes, âdns augmenter en rien la prospérité générale, tandis que quelques poignées de Trappistes s'en iront silencieusement créer des richesses territoriales considérables, dans la brûlante Algérie ou au milieu des marais des Dombes. « Labourage et pâturage, dirait notre vieux Sully, ce sont les vraies mamelles de la France et les vraies mines du Pérou. » Mais l'amélioration du sol ne dimne que des profits médiocres ; les capitaux qu'on y enfouit croissent lentement, comme les arbres des forets.
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Mes arrière-neveux me devront cet ombrage I
L'amour de la famille â un haut degré est un stimulant nécessaire au progrès agricole. Entre plusieurs placements légir: times de ses capitaui, préférer aiix plus lucratife les ;plu& utiles^ sacrifier les|otAssancës immédiates h la prospérité .de la génération qui nous remplacera, n'est-ce pas chose plus^dif^ ficile encore que l'éptirgne môme? Se contehtei* d'un revenu actuel de trois pour cent, quand on pourrait toucher six ou huit, esi-ce que la fraternité factice ira jusque-là? Comment^ se dévoueraient jusqu'à ce point des spéculateurs qui n'ont, cherché l'association que dans un but. d'intérêt personnel? Cbrtiment fertilént^4te pouf de simpleâ associés ce que le> fDjèrei de famille ne fait pas toujours pour son propre sang ? ; .. i>
La doctrine catholique, prenant l'homme tel qu'il cst,'S'esft bien gardée de substituer aux bonnes tendances de sa nattire< des sentiments sans racines ; elle a soigneusement maintemi' les affections de famille, de cité, de patrie ; elle les a fortifiôesi' en les plaçant plus immédiatement sous la garde de Dieu (1)^. Son influence échoue trop souvent encore devant les résis-H tances obstinées de Tégoïsme humain ; qu'adviendrait-il doncsi cette influence périssait ? Je ne nie pas la bienfaisance «t le dévouement d'hommes oublieux des devoirs chrétiens, mais comment se fait-il que la fraternité diminue à mesure qu'un peuple s'éloigne des pratiques catholiques, et augmente à mesure qu'il s'en rapproche? L'incroyant lui-même vit' et gi-andit baigné dans l'atmosphère religieuse de son pays. Sa fraternité est un rejeton de la charité catholique. Laissez abattre l'arbre, les rejetons se dessécheront. *
Le Catholicisme est hostile au cosmopolitisme, et à bon es-^cient. Il se défie de ces existences qui ne tiennent à rien, de. ce mouvement fébrile qui jette les trois quarts dos hommes ; loin du foyer, du sol natal, des souvenirs d'enfance, des tieiux
(1) Voir note G.
amis de la famille, au milieu de frèi*es d'occasion ; il croit cela défavorable au caractère et à la vertu. L'Économique ne s'en trouve pas mieux. Avec ses frères improvisés, le travailleur dépense ce qu'il eût épargné sous le toit paternel. Malgré des défaillances, les afiections providentiellement établiesdonnent de meilleures inspirations, et quand la foi chrétienne^ dont la famille est l'asile, les épure, elles ne conseillent que l'activité, la probité, l'ordre et le dévouement.
Ici se présente, en effet, un nouvel horizon. Créer des produits vraiment utiles, sous l'influence des affections de famille, de cité et de patrie, ce n'est pas tout. Les valeurs une fois produites par Je travail, il s'agit de leur assigner une destination convenable; Ici encore se' révèle la puissance bienfaisante du Catholicisme. Doctrine S abnégation et de générosité^ — avec les ressources limitées de l'homme et ses ardentes passions,, la première de ces vertus est l'indispensable condition de l'autre, — le Catholicisme ordonne au producteur de satisfaire les besoins de sa famille, et l'exhorte, par les plus touchants mobiles, à diminuer même la part sur laquelle son droit est incontestable, pour faire plus large, plus copieuse,, la part du vieux père et delà vieille mère, de l'épouse, des petits enfants, des jeunes frères et des jeunes sœurs.
Dans des vues ambitieuses, les chefs de la secte égalitaire ne craignent point de détendre les liens de la famille et de porter ailleurs les plus énergiques affections de l'homme ; il existe là-dessus de tristes et curieuses révélations (1), révéla-
(1) Ainsi cette instruction d'un haut gradé de la Charbonnerie citée dans L'Eglise RonUineet la Révolution^ ouvrstge écrit pièces en niain :
H L'essentiel, c'est d'isoler rhomme de sa famille, de lui en faire perdre les mœurs. Il est assez disposé, par la pente de son caractère, à fuir les soins du ménage, à courir après de faciles plaisirs et des joies défendues. Il aime les longues causeries de café, l'oisiveté des spectacles. Entraînez-le, soutirei-le, donnez -lui une importance quelconque (ô égalitairesl), apprenez-lui discrètement à s'ennuyer de ses travaux, ^t par ce manège, après l'avoir séparé de sa femme et de sc.< enfants, et
Mvoir montre combien sont pénibles tous les devoirs, vous lui inculquez
lions peu nécessaires d'ailleurs, en présence de Thostilité publique et acharnée de la plupart des égalitaires ccmtre la fa* mille. Ceux-ci sont plus radicaux, ceux-là se montrent plus réservés, très-peu défendent sérieusement la famille, dont la constitution essentiellement hiérarchique et les instincts conservateurs les irritent et les effrayent. .
Oui, le Catholicisme est hostile au cosmopolitisme. Il de* mande à chaque société de pourvoir premièrement aux besoins de ses membres, de donner le nécessaire aux citoyens^ avant de s'agiter pour l'avantage problématique des étrangers. Ce n'est pas qu'il soit sans cœur pour ceux-ci, mais le prince est à ses yeux le père d'une nombreuse famille qu'il doit noiu'rir d'abord, réservant pour l'aumône le superflu que lui crée sa bonne gestion et la simplicité de sa vie. En concentrant les alTections de chacun sur les objets naturels de ces affections, sur les proches^ la doctrine sainte emploie le moyen le plus sûr de développer la prospérité générale, qui rejaillira jusque sur les étrangers. Avec ces principes, des questions économiques fort controversées s'éclairassent. Prenons comme exemple celle du libre-échange.
Pour la fraternité selon le cosmopolitisme, la question est tranchée à l'avance. Le globe n'est pour elle qu'une immense fourmilière d'individualités égales ou tendant à l'égalité; une barrière est un signe et une cause d'inégalité entre cdui qui est en dedans et celui qui est en dehors; une législation protectrice suppose des intérêts spéciaux, une vie nationale particulière: toute barrière est un obstacle à briser, et toute législation protectrice des nationaux une oppression pour les étrangers.
le désir d'une autre existence... Quand un homme est mûr pour nous, on le dirige vers les sociétés secrètes dont la Franc-Maçonnerie ne peut plus être que Tantichambre assez mal éclairée. » (Piccolo-Tigre aux agents de la vente piémontaise, 18 janvier i822.) Dans La Révolution de M<(^ de Ségur, on trouve des citations singulièrement instructives sur ce sujet. Voir encore Les Mystères de la Franc-Maçonnerie par A. de Saint- Albin, abrégé suffisant d'un travail plus considérable. Pin du cbap. II, relatif aux Franches^Maçonnes.
Aux yeux du disciple de l'Évangile, le lien qui doit unir tous le$ hommes est immatériel ; c'est la vérité, que tous peuvent à la fois posséder tout entière ; c'est l'amour commun du Oieu qui promet à tous ceux que la mort trouvera fidèles une félicité sans bornes et sans fin. Moins emphatique dans ses axiomes que dans le socialisme, plus désintéressée et phis se-. courable dans ses actes, la doctrine chi-étienne dit au père de famille d'aviser d'alx)rd aux besoins de sa maison, au gou* \Temement de se préoccuper avant tout du bien-être de ses administrés. Si la protection y est nécessaire, si la liberté absolue de l'échange doit entraîner l'aflaiblissement des forces \^ves de la nation, la protection est juste et conforme à la charité bien comprise. Si la protection n'a pour objet que de créer un privilège à quelques-uns au détriment de Fensemble de la nation, qu'une telle protection disparaisse ! Assister des midheureux à deux mille lieues est louable, et les catholiques le font avec un zèle qu'attestent assez les œu\Tes de charité spirituelle et corporelle accomplies par l'association de la Propayât ion de la foi; mais, en vertu du principe égalitaire delà fraternité cosmopolite> réduire ses proches, ses concitoyens à la gône, exposer l'indépendance du pays à des dangers pour procurer plus de confortable aux habitants des pays voisins, est chose inique et absurde. Sur ce point, le bon sens public et les théologiens sont parfaitement d'accord.
Toutes les sciences pratiques qui ont pour objet l'homme attachent une importance fondamentale à la réalisation de la fraternité. La science religieuse y voit la condition du salut; la science politique, la condition de l'ordre ; la science économique, la condition du développement de la richesse. Les hoihmes, en effet, se touchent de si près et leuis intérêts individuels se heurtent si souvent qu'une attitude neutre n'est pas possible : ou la fraternité ou la guerre. Sous toutes ses formes, dans la lutte sourde ou déclarée entre patrons et ouvriers comme dans les épouvantables chocs des armées sur les champs de bataille, la guerre se liquide par de larges blés-
sures, par l'affaiblissement du Vaincu, et même davainquecir. Qu» d'or et que d'hommes la lutte entre le ^lord et le Sud des Étotst^Unis n'a-t-ellë pas dévorés ? Quels désastres les insuiv rections socialistes de ces derniers temps n' ont-elles pas en^ traînés! 7
. Phénomène singuBèiieineht remai-quable et inquiétant! La portion de la société contemporaine la plus réfractaire à la paix^ la plus désireuse de révolutions, la plus haineuse, n'est pas celle qui souffre le plus ; c'est au contraire, en général, la catégorie la plus aisée des travailleurs^ celie qui jouit, dans les grands centres^ dlune plus forte somme dehien^être. Pourquoi ? Parce que des écrivains coupables, desi meneurs habiles les enrégimentent pour la haine sous le drapeau de la fra-^tetnîté.
Au congrès de Liège, de comique et triste mémoire, \m jeune énergumène, très-insignifiant cOBime individu, maia écho d'une doctrine qui tend à séduire les masses, voulait,! par amour pour i/humanité collective, voir des millierî^r^ de têtes rouler, comme en 1793 , sous le couteau san^n . glant Haine à l'infâme capital, ou plutôt à i'infàme capita-»' liste! telle est la péroraison des orateurs dont le texte a été : • fraterfiité. Cette vertu sublime, travestie par ces misérables, n'est plus que le lien d'une bande de brigands, jurant de se prêter main-foite les uns aux autres pour détrousser et égorger les voyageurs inoffensifs.
Il UQ faut pas s'y tromper. Dans les multitudes ouvrières, le caloDie n'est qu'à la surface; ce mouvement de retour à des idées plus saines, plus justes, plus chrétiennes c^ui se manifeste dans les régions supérieures de la société ne descend pas ou ne descend guère jusqu'aux couches inférieures. La fraternité socialiste fascine encore les foules. Malgré le consolant spectajcle offert par le rapide progrès des mutualités à ciel ouvert, le compagnonnage à initiations secrètes, plein d'embûches, a encore les préféi*ences d'une foule de travailleurs ! Fraterniser dans les ténèbres semble encore une jouis*
sance plus délicate et un honneur plus considérable. Mais l'heure de désabuser les masses à force de zèle, de dévouement, d'abnégation inépuisable a sonné pour les catholiques. A la fraternité évangélique, sans mystère, sans voiles, sans mélange de haine, même pour les, méchants et pour les oppresseurs, courageuse et clémente, énergique et patiente, il appartient d'opérer, de nos jours,, la pacification tant désirée du monde industriel. L'heure est venue où cette touchante merveille doit se réaliser.
« Aimez-vous les uns les autres, dit la science économique aux patrons et aux ouvriers, ;iux producteurs et aux consommateurs; le bien général auquel vous participerez le demande absolument. » Et les égoïstes d' en-haut et d' en-bas de répondi'e : « Le bien général est une fort belle chose, mais mon bien particulier me touche de beaucoup plus près. Quant à la participation promise à la prospérité publique, elle n'équivaut pas à ce que je prétends me procurer au détriment du pubUc. (ihacun pour soi. »
« Mais, reprend la philosophie, attenter au droit d' autrui est un crime qui mérite châtiment ; se dévouer au bien public est une belle action digne de récompense. »
« Eh bien ! répondent les égoïstes, il nous plaît de préférer la satisfaction certaine et actuelle de nos désirs à la récompense problématique que vos théories promettent, et le châtiment dont vous menacez n'est pas assez déterminé pour nous épouvanter. Nous jouirons. Si, pour atteindre à la jouissiince, il faut écraser quelqu'un sur la route, nous l'écraserons. Chacun pour soi. On nous répète sur tous les tons que la philosophie est l'aliment délicat des esprits d'élite. Esprits vulgaires^ mais positifs, nous disons, nous, avec le philosophe Proudhon :
« Fraternité ! Frères tant qu'il vous plaira, pourvu que je sois le grand frère, et vous le petit.... Vainement \ous me parlez de fraternité et d'amour, je reste convaincu que vous ne m'aimez guère, et je sens très-bien que je ne vous aime
pas. Combien me devez-vous? Combien vous dois-je? Voilà ma religion. » Le bien général, ô philosophes, est à nos yeux une abstraction majestueuse qui ne fait pas équilibre à notre satisfaction particulière. Si le bien général a pour vous tant d'attraits, travaillez-y ; nous applaudirons. »
L'Église catholique parle à son tour. Son langage n'est pas nouveau. Elle répète les enseignements de son divin Fondateur : Aimez- vous les uns les autres , comme Dieu vous a aimés. C'est la loi. Vous n'êtes, sur ce globe, que des passants ; demain vous rendrez compte de toutes vos œuvres, de toutes vos pensées au Père du geijre humain. Comme vous aurez traité ses enfants, ainsi* lui-même vous traitera. Le plus petit d'entre eux est cher à son Père céleste; tout le bien que vous lui ferez. Dieu le récompensera comme fait à lui-même ; tout le mal que vous lui feçez, Dieu le punira comme fait à lui-même. Plus d'une fois, la pratique de la frateniité exigera de vous d* énergiques efforts, une abnégation poussée jusqu'à l'héroïsme, le pardon des injures. C'est dans cette prévision que l'Homme-Dieu, votre modèle et votre soutien^ est mort sur la croix en priant pour ses bourreaux. Depuis saint Etienne, Je premier martyr, et saint Paul, le grand héros de la fraternité divinisée par le Maître, jusqu'à saint Vincent de Paul et jusqu'à l'archevêque Aflre, d'innombrables chrétiens, prêtres et laïques, ont aimé leui'S frères d'un amour plus fort que la mort même. Ce qu'ils ont fait, avec la grâce d' en-haut vous pouvez le faire à votre tour. Accomplissez donc votre loi : Chacun pour autrui, et Dieu pour tous !
« La fraternité n'est pas un droit, mais une vertu. Elle n'est pas seulement une vertu, elle est une grâce. Elle a sa raison d'être dans l'ordre naturel sans doute, mais l'homme étant essentiellement vain et orgueilleux, s'il est noble et puissant, et envieux, s'il est pauvre et déchu, le sentiment de la fraternité est aussi rare en réalité qu'il est honoré et célébré en théorie. La fraternité est donc une vertu suréminente, et elle ne fleurit et ne s'épanouit largement que dans l'ordre
sumàturel. La fraternité est une vertu chrétienne, le fruit des sacrements et, avant tout, du sacrement eucharistique..... Sans le Christ, pas de fi*aternîté; sans fraternité, pas d'égalité, pas môme de cette égalité de cœur et d'âme, seule possible dans ce monde, où tout est forcément inégal (1). »
La doctrine qui place la source intarissable de la fraternité au-dessus des mesquines passions, des sympathies chaiigéantes et des calculs égoïstes du faible cœur de Thomme, voilà le principe de conciliation entre giands et petits, riches et pauvres, capitalistes et salariés. Encore une fois, les hommes ne peuvent s'aimer en frères que dans l'amour du Père commun, qui est Dieu. Fénelon 'affirmait que la religion catholique seule fait aimer Dieu et prouvait ainsi directement sa vérité; seule, par conséquent,.cette religion fait pratiquer ici-bas la véritable fraternité.