TROIS CLASSES DANS L'ÉTAT
Comme nous Tavon? vu, au chapitre de Fégalité, les société<^ humaines, par la volonté de la Providence, qui dispense ses dons à son gré, et parle fait de notre liberté, forment des plans inclinés sur lesquels viennent s échelonner les individus.
La science, obligée à raisonner sur des groupes, cherche à classer les individus dans un certain nombre de catégories distinctes. On comprend aisément l'importance de cette classification, sur la justesse de laciucUe doivent s appuyer toutes les déductions ultérieures.
il a plu à l'Economique socialiste de diviser la société en producteurs et consommateurs^ ou, par une formule plus raide encoie, en citoyens productifs et citoyens improductifs. Fidèle à ses habitudes violentes, Proudhon déclarait improductifs tous ceux qui ne concoui*ent pas à la production des utiUtés matérielles, comme si les besoins de F homme se bornaient à ceux du ventre! Cette chimérique classification n'est bonne qu'à aigrir les masses contre quiconque n'exeixe pas un métier. Elle n'a aucun fondement solide. Généralement, nous sommes à la fois producteurs et consommateurs. Dans nos sociétés contemporaines, les gens absolument oisifs ne comptent pas, tant ils sont peu nombreux. Est-il réellement oisif l'homme qui, après une laborieuse carrière, goûte dans sa vieillesse un repos chèrement acheté? Est-il oisif le propriétaire qui, sans conduire la charrue, dirige personnellement l'exploitation de sa propriété? Est-il oisif le père de famille qui consacre son temps à former ses enfants aux vertus viriles dont profitera un jour la société tout entière? Enfm,
appellerons-nous oisifs ce savajfit dont. les veilles doteront peut-être F humanité d'une merveilleuse découverte, ce voyageur qui s'en va recueillant sur sa route des documents précieux, cet écrivain honnête dont les œuvres délasseront, réconforteront, encourageront le travailleur fatigué? Mérite-t-il cette épithète flétrissante, l'homme qui, sans besogne déterminée, rend mille services jbumaliers à ses semblables, comme le font les riches sérieusement chrétiens? Des paresseux, c'està-dire des gens qui ne travaillent pas autant qu'ils le devraient, hélas! il en existe beaucoup; mais commentjauger la paresse, et discerner, à chaque heure du jour, l'homme qui mérite le nom de travailleur et celui qui doit être appelé paresseux ? Les vrais oisifs forment çà et là, à la surface du corps social, des taches plus ou moins larges; il ne composent pas une catégorie déterminée ayant droit à une mention spéciale. Sont-ils assez riches pour consommer sans produire? ils ne font tort à personne ; vivant de leur épargne ou de l'épargne de leurs pères, ils ne violent le droit strict de personne; l'unique châtiment social qui puisse les atteindre , c'est un juste mépris. Sont-ils pauvres? la société a le droit, et même le devoir d'exiger d'eux, en échange du pain qu'ils lui demandent, la cessation de leur oisiveté volontaire ; le fouet de la nécessité les ramène au travail.
Au reste, ce ne serait pas la doctrine catholique qui favoriserait la paresse. On Fa vue, au chapitre du travail, anathématiser l'oisiveté comme un crime, source impm*e d'une multitude de crimes. Car elle ne subordonne pas l'usage du temps aux nécessités qui pressent ou à l'abondance des ressomx^es dont on jouit, mais à des devoirs sacrés qu'il faut remplir.
11 ne faut pas davantage partager les fils d'Adam en capitalistes et salariés ^ en propriétaires et prolétaires. Le travailleur est im capitaliste en marche, et le capitaliste est un travailleur arrivé: Le salaire que touche le prolétaire constitue une petite mais réelle propriété, germe duquel, l'épargne intervenant,
jaillii-a le capital. Tout homme naît indigent; c'est du travail qu'il doit réclamer les jouissances que la propriété procure^les forces que le capital confère. Recevoir d* autrui la richesse par don ou héritage, c est une chance heureuse pour quelquesuns, ce u est évidemment un droit pour personne.
Reviendrons-nous à la division en classes a aristocratique, bourgeoise et ouvrière ? )• Ce serait vouloir jeter le présent dans un moule brisé, et, d'ailleurs, apporter dans l'Économie des divisions factices empruntées à la langue politique. Cherchons plutôt ce qui est dans l'essence des choses , ce que Ybt venir doit de plus en plus mettre en reUef dans les sociétés modernes.
Le principe naturel de classification dans Tordre des situations temporelles, c'est le travail.
Or, vis-à-vis du travail, on peut se trouver dans l'une de ces quatre conditions :
1" L'impossibilité de satisfaire aux besoins par le travail; c'est la misère.
2° La nécessité de travailler, non selon ses goûts, mais selon la loi du besoin ; c'est la pauvreté.
3° La nécessité de travailler, mais selon s(^ goûts ; c'est ^aisance. ^
4° La possibilité de ne pas travailler ; c'est la richesse.
La misère est un état anormal. Nous traiterons plus loin des moyens préventifs etcuratifs que cette infirmité réclame.
La pauvreté, au contraire, est la condition propre de l'humanité, llieu n'était ]>lus fiicilc à la toute-puissance divine que de donner à tous soit la richesse, soit du moins l'aisance. Mais comme le travail est l'instrument de l'éducation morale de l'homme; comme l'énergie de la lutte contre soi-même et contre la nature est la mesme de l'énergie de la vertu humaine; connue la récompense éternelle doit être proportionnée aux labeurs du temps; comnie, enfin, l'homme coupable doit trouver sa pmification dans son labeur, il a été réglé dans les conseils divins que la postérité d'Adam, considérée dans son
€n3emble, porterait, en général, du moins au début dans la caiTÎère, le joug pesant d'un travail imposé et pénible. Cette rude condition n'est pas infligée à perpétuité ; 1* ascension vers Taisance et la richesse est autorisée. Que le pauvre échappe par l'activité et l'épargne à l'étroite dépendance des hommes «t des choses à laquelle l'absence d'avances le contraignait, qu'il atteigne, par la courageuse création d'un capital, plus de liberté, ce sera la juste récompense de sa vertu; mîds s'il débute sans capital, il n'a point à se plaindre ; il est dans la condition normale de l'huisianité.
Le voilà arrivé à l'aisance. Hier encore simple ouvrier, il €St aujourd'hui patron. Délivré d'une dépendance qui le fatiguait, il se livre à une occupation de son choix. Ce joug du travail, ainsi adouci, il le porte avec un redoublement de courage; ses capitaux fructifient, grossissent ; enfin sa fortune est, faite : il est riche.
Msûntenant, il peut concilier encore les travaux de sa condition précédente avec les avantages de la condition nouvelle qu'il a conquise ; mais, envisagé seulement comme riche ou affranchi de la nécessité du travail, il peut choisir alors entre la gloire et l'infamie. L'infamie, c'est la dissipation par le luxe des capitaux qui composent sa richesse. Cette infamie n'est pas souvent celle des travailleurs enrichis, mais elle est trop fréquemment celle de leurs fils, qui, élevés sans convictions religieuses énergiques, portent malle poids de cette fortune qui ne leur a rien coûté. Quant aux artisans de leur propre fortune qui la dissipent eux-mêmes, ce sont généralement des personnages malhonnêtement enrichis, des voleurs ou des joueurs. La gloire, la vraie noblesse, lanoblesse indépendante de toutes les fluctuations politiques, parce qu'elle repose sur un fondement naturel et rationnel, c'est la continuation volontaire du travail, dans l'intérêt public. Le noble par essence, c'est l'homme qui travaille gratuitement pour ses semblables. Dans toutes les langues, noblesse et générosité sont synonymes. Et quand le pauvre, qui ne peut pas agir ainsi d'une
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manière continué (quoique ses sentiments puissent être de la plus haute noblesse), a gratuitement travaillé pour autiniiv quand surtout ce travail a été accompli au prix du danger, la société honore ce pauvre comme ayant agi « noblement » (1). Rendre à ses semblables des services égaux à ceux qu'on leur demande, c est T honnêteté, la justice; donner sans demander un retour, c'est la noblesse, la charité (2).
Une nation n'est pas seulement un aggrégat d'individus, c'est encore et surtout un aggrégat de familles. La science, qui voit de haut et s'Inquiète premièrement du bien général et durable, peut facilement reconnaître, d'après l'expérience de tous les siècles et l'observation de la nature humaine, que le mouvement ascensionnel, dans l'ordre delà richesse, a pour point d'appui principal la famille. Qu'un homme, né pauvre comme Jacques LafTite et Abraham Lincoln, monte jusqu'aux postes les plus élevés, cette merveille est une exception qui exige le très-rare concours d'un talent hors ligne et des circonstances les plus heureuses. Faire trop miroiter devant les masses laborieuses l'histoire de ces réussîtes extraordinaii-es, c'est allumer en elles des désirs ambitieux, qui aboutiront plus souvent à l'éméiite ou au suicide qu'au lingot d'or ou à la présidence. Des familles s' élevant par degrés, grâce au travail et à l'ordre, c'est-à-dire i fa perpétuité de la vertu, voilà ce que doivent souhaiter, de côhcert avec la religion, la politique et Tèconomie. Ce ni'anôuiWër, dont le père reçut Taumôhe, a eu
(1) Cette notion est si vraie que les partisans sérieux de lia noblesse comme corps héréditaire exigent dans les familles nobles rhérédi té da désintéressement et. un dévouement à la chose publique. Voir M. de Bonald, Théorie deVÉducation Sociale, liv. H, sect. m, ch. 1.
(2) Proudhon et tous les utilitaires qui veulent fonder Tordre social sur la seule Justice décapitent la société en supprimant sa portion la, plus haute, l-.es services gratuits, ou les actes de charité jouent un rôle aussi bienfaisant que considérable dans le jeu des sociétés; les supprimer, c'est supprimer Phuile qui adoucit les ressorts d'une vaste machine. Une société sans charité se brise au moindre choc. L'orgueil qui veut supprimer la charité, la fraternité, le service gratuit, le secours désintéressé, le don, le sacrifice, est aussi dangereux que soU
laisser à son fils, sagement élevé, une fjaible somme que celuici consacre à fonder un petit magasin ; leç honnêtes bénéfices de ce commerce sont employés à donner au petit-fils ime. éducation complète qui en fait un médecin ou un magistrat. A son tour, entouré par son père de soins intelligents, soutenju pai- la considération qui, du médecin dévoué, du magistrat intègre rejaillit sur la famille entière, le fils (Je ce demiçr deviendra conseiller général, député, et le fils du député pourra être ambassadeur ou ministre. Telle est la marche de la nature, qui « ne procède point par sauts ^n dit justement F Ecole (1). Pour que bette évolution s'opère, la société n*a pas besoin de surexciter les convoitises, mais bien plutôt de modérer, en l^s éclairant, les espérances aveugles ; le désir de parvenir est assez commun à notre époque, et nous n'avons point à craindre de voir les postes élevés manquer de poursuivants.
Des pauvres, au sens que nous avons dit, il y en aura toujours. Car ce n'est qu'au prix d'une lutte acharnée que les s\ibsistances atteignent le niveau d'une popujatiou qui s'élève incessamment, et les causes complexes qui, sé.culairement, foï^t rétrograder un certain nombre d'homnjies jusqu'à la misère elle-même, maintiendront ou ramèneront toujours, ce semble, une portion de l'humanité dans la pauvrej^é. Suppospps qu'à une époque encore bien éloignée, la pauvreté doive disparaître après la misère pour ne laisser dans les sociétés qu'aisapce çt richesse; il nous reste toujours à résoudre le problème d'aujourd'hui et de demain.
Comme la richesse nait naturellement du travail honorablement exécuté dans des conditions favorables^ il doit tou-. jours se former, dans une société régulièrement assise, un certain nombre de grandes fortunes. Ces vastes amas de capitaux, parfaitement légitimes en eux-mêmes, utiles à la société entière sous plusieurs rapports, ne sont pas, toutefois, une in^périeuse nécessité économique, l'association des fortunes
(1) Natura non facit sallus.
moyennes pouvant habituellement fournir aux grandes opé tions la large base que leur donneraient les opulents capitalistes.
Justice à tous, respect à quelque droit que ce soit, appui charitable librement offert plutôt à ceux qui sont en bas qu'à ceux qui sont en haut; marques de gi-atitude plus honorifiques que matérielles accordées aux riches quand ils usent noblement de leur richesse ; telle doit être, ce me semble, la devise de la société en présence des classes pauvre, aisée et riche.
Ce n'est pas ce que prêche la fausse économique. Plus prodigue en promesses qu'en bienfaits, elle inspire au'pauvre la haine de son état, et, par une conséquence fatale, la haine des classes supérieures. Au lieu d'arracher, selon qu'elle le peut, quelques-unes des épines de la route où le pauvre chemine, elle ajoute au fardeau de son labeur le fardeau de brillants désirs et de navrantes haines ; aussi , sans le vouloir , trop souvent elle le pousse à marcher vers la jouissance par d'infâmes raccourcis.
Oh! combien le Catholicisme procède plus sagement! Beati panperes spiritti! Bienheui-eux les pauvres, résignés, patients, justes et bons au milieu de leur pauvreté! Pas de fleurs devant eux, mais pas de serpents cachés sous les fleurs. Pas d'ombrages qui les abritent contre les feux du jour ; mais pas de sommeils perfides sous des abris séducteurs. Ce chemin raîde et montant mène le pauvre droit au palais du Roi son père. Travaillez, pauvres, travaillez avec un grand courage ! Si le riche vous refuse un juste salaire, je seiai votre vengeur,, dit le Tout-Puissant ! Travaillez ! ne murmurez pas en présence d'un commandement sévère; je compte toutes les gouttes de sueur qui tombent de vos fronts, et j'ai dans mes trésors une récompense infinie pour chacune d'elles. Travaillez*! courte est la vie, interminable Tétemité. Travaillez ! votre condition obscure ne vous dérobe pas à mes regards. Mon Église n'a-t-elle pas placé sur les autels des laboureui"s, dea artisans, des bergers, des esclaves? Travaillez! T Homme-
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Dieu , artisan jusqu'à sa trentième année , n'a quitté un mo« ment ses outils que pour annoncer la bonne nouvelle , et mourir !
Sans doute, aux yeux du socialisme libre-penseur, ces consolations que la foi verse dans l'âme des pauvres 4ie sont que mensonges inventés pour maintenir le peuple dans la servitude. Malheur à l'humanité, s'il en était comme ils disent I Si le Catholicisme, attaqué depuis dix-huit siècles et toujours debout» est un mensonge, il faut désespérer de toute vérité» et vivre comme l'animal, des seuls instincts, ce qui mtoe les hommes à s'entre-dévorer. Hais la question n'est pas là. Pris c(Hnme fait social et indépendamment de sa vérité intrinsèque^ le Catholicisme console-t-il efficacement le pauvre qui garde dans son cœur la foi catholique ? L'aide-t-il puissamment à éviter ces 'vices qui le plongeraient dans la misère, à pratiquer ces vertus qui peuvent le faire monter jusqu'à l'aisance ? Incline-t-U l'homme riche et l'homme aisé, sincèrement péné* très de son esprit, à aider leur frère pauvre, à traiter avec affalnlité celui que le besoin oblige àsesoumetu^ àleurs ordres? Qui en peut douter? La doctrine catboliqneest donc éminemment favorable, non-seulement aux classes supérieures <{u'elle empêche de s'affaisser sous le poids de la corruption et de l'oi^r siveté, msJs encore et surtout à la classe pau\Te. En lui donnant, avec les vertus chrétiennes, de nobles sentiments, il la tire de l'abjection où l'antiquité païenne l'avait tenue, et où l'industrialisme matérialiste ia replonge. L'élévation morale, que la foi produit dans les classes laborieuses et qui est son plus important bi^afait, correspond toujours à l'amélioration de leur condition physique. Jamais une société ne pourra traita un serviteur fid^e jusqu'à la plus exquise délicatesse, un ouvrier consciencieux jusqu'au scrupule, comme le citoyen romain ou le planteur traitaient des esclaves abrutis. Dans ceux dont la religion a su £aire des saints, il devient impossible de ne pas voir des hommes.
Qu'elle serait prospère ia société d(mt tous les membres
praiifpieraient la doctrine catholique ! On y vo-rut la misàte éU-'mU:, la pauvreté fort diminuée, et l'aisance presque générale. Sanii porter jusquc-li ses espéiances, )e inonde modarne dffil H'eiï'trci^r de réaliser une société clirétienne, c'est-à^iUre ane société ^an» laquelle la chanté sera commune et 1*6goïstne i-xceptioiinet , une société dans laquelle le vice, au lies de perftiffler, comme aujourd'hui, la vertu, devra chercher les téiiéhrcH pour cacher sa honte. Supposez que, sous l'aclion d'rmf! opinion inspirée par le Christianisme, il soit quelque jour rfe jwj'ic, de bon Ion, de manifester extérieurement la rich(>mi;, non plus par les folies conventionnelles du luxe, loaùt par dcH services rendus aux faibles et aux petits ; supposes que l'himorabilité extérieure vienne à repoeer sur ce beau fond4nnent, quelle pacifique et heureuse révolution !..-. En attendant, le (^tholicisme, dont l'action s'exerce, à toutes les époque», diinfl In mesure que lui ouvrent les volontés humaines, demeure le phin vieil ami de la classe pauvre, le plus lidèle ot le plus liii^M faisant. Dans ses temples, le cachet d'infériorité ot de dépcndaiico s'eflaceen présence de l'autel, du tabemadtt, (lu tribunal de paix, de la table sacrée. Là, depuis les asseiDl)lé(>M dfH ( JiUia>nibes, te serviteur s'assied auprès du tnattrei, lu niaitre s'afrunuuHIe auprès du serviteur.etl'unet l'autre enr Uîiidciii- (întfe parole qui doit demeurer toujours dans le cœmdu r un et de l'antre, pçur Jonnor au premier l'humilité et k doiicnir. au second le respect et la fidélité , la parole catbo)iliptopareTcelloiice:' «HE»riients. B '
l.a <');i»Mt> idfl«^ , c'est c«'(|u'(m nomme communément la limirt,'K(Hsi<'. Wle (ifnt «n co nuuneni la tète du mouvement aorinl. Itans MxtMtin, elle titnivc dp nombiieux et enthousiastes ixini^yrioips: l'anannue noblesae la boude encore quelque peu , el , chose heàucou)) plus (^rave. les transfuges de la iKtnrf^oiaio devfnua meneurs populaires, excitent contre elle Im mafMi'H laborieuses. Il appartient au prêtre qui. par sa vo- Mvdoit il (nnleftlescInsfesuneafTitrtion. et par conséquent |li)oért«^ ^golo, àt tmirA relie bourgeoisie si active et si
puissante un langage' impartial* DisoQSr-lui donc quelle responsalHlité pèse sur elle. :< t; v. .• - -, t,
L'état social actuel est son œuvre; «ainia et adurersaifes le reconnaissent. Les destinées» l'avenir d0 le (société (sous la réserve obligée des droits de la Providence) sont entre ses imains. Elle peut tout, soit pour le bien, .soit pour.le mal. En tant que corps politique, la noblesse a disparu ; les (Conseils clu clergé ne sont ni sollicités, ni accueillis ;. la cla^e pauvl*e manque, par suite de son application, quoti^nne au rude labeur des bras, du haut développement iouteSectuel* iiéo^ssaiiie « la méditation des sciences sociales von li^ passionne en un moment, on ne la fait pas instantanément savante ; la classe riche, la noblesse d'argent dans le sen» vrai (c'esit-à-direlçs riches consacrant gratuitement leur richesse au bien général)^ n'existe encore que dans de bien rares individualités et .ne peut peser efficacement dans la balance. Reste la bourgeoisie iLa bourgeoisie occupe les fonctions publiques ; 1^. bourgeoisie dispose de presque toute 1^ presse; la bDui^^eoiâîe distrifbue, ^concurremment avec le clergé,!' enseigaetti^ttaDlpridQfiàire que aecondaire, et seule Tenseignemeint supérieur \ la< bourgeoise pos9èGte^4^ selpn sa condition naturelle^ >t4tti'l6SHinstrument8 ^e * travail ^ les capitaux et l' in Amenée ;que . ilès < capitaux procur venu Évidemment elle portoila I7eap€osG^ilitéid^ l'avenir. Que iriera la génération qui grandit 2 'GenKime .la bourgeoisiei l'aura
Par malheur, c'est dans lai jhoiingeoisie.qite*.se>reoponjre l'hostilitéi la plus, générale otlaiplus teoace contre >k> Gathl>licismev Leifaitlest grave, puisque l&salulitclii ittiflnjde^ est dans le; Catholicisme géuéralemeût 'accepté j et ique^ .du r-chiolx. i delà bqurg^isiey dépend celui des^autresiolasses. (Remontons à. la ràciile du-UHal.. .: -/j.i- '.:ii<j 'jv-'-mît-.! .r-'.ii
«i; Grâce À l'éducation quillufaiétéidoonée^iila bour^geoisie est 4mi)ue de:deux erreurs capitaJesuPdrdtiièsementvl elle confond la cause; du Cjatholicisme avec là caiise du •système politique désigné sous \Q^om,àiMcicnrèffixn04 qAoJqt^fii'ancien ségtœe
— assoit le régime anti catholique de l'arbiti'aire césarieD, régime qui mettait TÉglise en tutelle sous prétexte de protecticm, brdlait les maudements épiscopaux, obligeait l'enseigiiemait religieux d'un Bossuet lui-même à passer sous les fourches caudines de ses censeurs royaux, et faisait traîner par les gendarmes le ministre des sacrements au chevet de Thërétique obstiné (1). D'autre part, les progrès de ses savants dans les nombreuses branches des sciences secondaires et dans les applications industrielles de ces sciences l'éblouissant et l'enivrent : elle ressemble au jeune houmie qui arrive à la puberté intellectuelle et physique. Pleine de vie, de sève, d'ardeur et d'illusions, elle ne sent le besoin d'aucun appui, même de l'appui de Dieu. Toute loi qu'elle ne s'est pas donnée à elle-même, toute loi qui n'est pas sa volonté personnelle objectivée, lui déplaît, l'importune. Et précisément le Catholicisme est cette loi I Loi 'sage, loi bienfaisante, loi qui véritablement honore, puisqu'elle unit à un être supérieur, à l'être infini, mais loi qui impose souverainement l'état dont la classe des travailleurs libres se soucie le moins : la dépendance ! Dépendance pour l'intelligence, nourrie delà vérité la plus sublime, mais d'une vérité qu'elle n'a point créée ; dépendance pour la volonté, placée sur la route du bonheur infini auquel elle aspire, mais route qu'elle n'a point tracée. Dans l'accomplissement de la destinée, selon l'enseignement catholique, la liberté humaine n'a que la seconde place; car il faut le concours du Créateur et le concours de l'homme, et l'homme y doit accéder à l'œuvre de Dieu.
(1) Si absurde qae soit i^assfmilation du Catholicisme avec un régime politique, fils de la Renaissance ou du Paganisme rajeuni, elle a été affirmée tant de millions de fois qu'elle est devenue un axiome du journalisme impie et du journalisme niais, ces deux grandes puissances modernes. En sorte quMl faut à un bourgeois une certaine vigueur intellectuelle pour se débarrasser du préjugé général, et étudier la théorie politique chrétienne là où elle est, dans TÉv angile, où sont ses principes, dans les Pères, dans saint Thomas, dans Suarez, dans les grands éorivaiDs catholiques qui ont développé ces principes;
Présenter comme souverainement désirable l'alliance du Catholicisme avec la monarchie absolue, c'est Terreur galli-^ cane» ce n'est ni l'ensdgnement ni la pratique du Catholicisme. Le Catholicisme vit en paix'avec toute constitution politique qui respecte la loi étemelle de la justice. Les catholiques français, en particulier, n'ont aucun motif pour regretter le système inauguré par Philippe le Bel. Qui, parmi nous, réclame le régime du bon plaisir? Pour ne citer qu'un exemple, le Journal Le Monde^ rédigé par des laïques, mais lu par des prêtres nombreux, ne montre-t-il pas à chaque instant, dans Tancieu . régime, une forme de gouvernement aussi désavantageuse au Catholicisme , qui veut avant tout n'être pas traité en mineur, que défectueuse en elle-même? Tout ce qu'il y a de bon dans le mouvement de 1789, aveuglément dirigé contre l'Église par ses promoteurs, par l'école philosophique et la francnniçonnerie, est l'application sociale des principes catholiques; et Ton ne tardera pas, nous l'espérons, à voir cette grande Révolution, qui commença par persécuter si cruellement l'Église, aboutir précisément à faire pénétrer plus avant que jamais dans le corps social la lumière et les bienfaits de l'Église. Le Catholidsme ne demande point à la bcmrgeoisie le rétablissèment de l'ancien régime; il lui demande l'accomplissement de la loi du progrès par répanouissement de' la justice et de la charité évangéliques. 11 ne dit point : « lisez Pithou ! » il dit : « lisez l'Évangile! » Il ne dit point : « regardez en arrière ! » il dit : « regardez en haut et marchez en a^'ant ! (1) »
D'autre part, la bourgeoisie doit se persuader qu'il serait périlleux pour elle d'imiter les architectes de l'ancienne Babel. Des maîtres à la parole plus sonore que nette, plus bruyante que logique, la poussent vers l'athéisme pratique, seule solution possible du problème religieux pour tout peuple qui«
(1) Voir Le Progrès par lé Christianisme^ par )e 1\. P. Félix. — Le Monde nouveau ou le Monde de Jénts^^hristf par P. Pradfé» • '.
comme nous, Fiançais, a vu luire la vérité complète dans le Catholicisme (1).
Qu offre-tr-on à la bourgeoisie en échange du Catholiâsme, en fait de religion ? Rien 1 .. .
On ne peut faire entrer en ligne de compte ni un protestantisme qui ne se recrute plus qu'au moyen d'appâts jetéf à la misère, un protestantisme qui discute e£ nie jusqu'à la divinité de Jésus-Christ ; ni une religion naturelle vague, sans prescriptions définies, sans sanction bien démontrée, et dès lora sans influence efficace sur la moralité des nations : restent le positivisme, le solidarisme, le spiritisme, l'architecte des inondes provisoirement conservé, à charge d'un silence coaiplet et d'une immobilité absolue ; rien I
Que la bourgeoisie veuille y réfléchir ; elle est laborieuse, c'est sa vertu propre ; le travail l'a créée, le travail la conserve, le travail fait sa gloire et sa force ; mais la liberté et les ressources que le travail lui donnent la tueront, si la modération chrétienne ne la protège. Dans sa chute efl'rojable, elle entraînerait la société tout entière»
Nous avons vu quelle importance a la direction imprimée aux fonces productives. Cette direction, la bourgeoisie la donne. Le goût des dépenses sèches de l'orgueil et du sensualisme y devient- il général? la production de luxe écrase la production utile; la classe pauvre roule jusqu'à Y'm* digenoe, et la bourgeoise, punie pai* où elle a péché, voit ses naembresy descendre eux-mêmes, à leur tour, par la pentç du libertinage. Les mœurs s'amollissent ; la jeunesse s' énexvç, l'enfance, elle-même s'étiole; les plus hideuses misèi*es cô-
(1 ) G'e3t à quoi rendait tcdioi^oage le ministre Couvriez, professeur (Je tliéolugie protestante ù Genève, qunnd il inaugurait son cours de 1866 par ces paroles : « La science seule est le dmpcnu et la boussole du « /trvtestnntisme aujourd'hui il ne s'agit plus pour nous de croyances « bibliques ou traditionnelles d*aucune sorta Ceux qui en veulent « n'ont qu'à passer dans les rangs du Catholicisme. » — On sait qu'après une profession d'athéisme des |)1 us carrées, Proudhon fut jadis reçu avec honneur dans la Maçonnerie.
toiènt les raffinemenls d'une délièatcsee babylonienne ; laprcH duction, atteinte dans ses deux sources, les capitaux follement dissipés et lés travailleurs épuisés par la débauche ou les t>rivations, s'affaiblit à son tour, et la société] au bruit des fêtes, court vers le tombeau. ... . . w
II faut une religion, au peuple, dit la bourgeoisie. Etpoun-» quoi. Messieurs ! Pour instruire le prolétaire à respecter votre propriété et à travailler paisiblement soûs vô^ ordres? Mais i il vous en faut une, à vous aussi, à vous surtout,' parce qner inoins Thomme dépend de ses semblables et -des événements J pîttsil importe qu'il dépende de Dieu. Il vous faut une reli-* gîon, pour vous sauver des tentations de l'orgueil et de la vo^ lupté, dont votre or peut si facilemeni payer les enivremenlb^ côu|)able8. Plus un homme est libre, plus il a besoin d'être chrétien. C/est au nom de la liberté que le Catholicisme vous réclame. Catholique de cœur et de pratique, avec Kinfluence pratique dont elle dispose et les leviers matéi-iels' qu'elle re^ illue, la bourgeoisie française peut, en quelques ianné€Q,rè^ nouvelerle paysetle monde. Fiat! ' • •• ! ir.c .inn
• L'^à^jculture languit. D'où vient Un^ si fatale^ calamité ? L'algrkultrire n'a pas les favéuite du Dieu- Mammon. 'tViest la j)iiBibière, la plus ùtHe, la phissaiirie, laplus» morale des'indusr VrVéà; mais c'est celle q\Â amène lé moins vite l'or daosi kt b^nitse du propriétaire. Chacun pourlisoiL Pou^•qu[iconcfue a mis 'de côte, eomme surannées la simplicité 'chrétieniie^- là itièiîtreàëe question est ' infailliblement cette » -de /plus l «gros rêvèrtu. Faire de temps à autre une aumône, alla bonne; béunefi là générosité honore ; mfî\ia préférer à un placemeilt ti*ès4acra-i tif un placement utile au pays, utile à l'avenir, utile aux traijàineùrs qui seront employés, Utile àif pwyprîétaîre^sousnfille rapports, mais moins fnactueux, enfouir dans un champ, dans une prairie dix mille francs qui, durant bien des années, rap^porteront à peine une rente dé trois ' cents francsr, n'est-ce pas une naïveté trop forte pour une génération qu èntl;ousi?;$ip^ seul le bénéfice net, promptement réalisé^ diiitdi' être pifooaptQH
ment dépensé ? Avec les goûts modernes, on n'a jamais il faut bien préférer les placements qui rapportent le plus !
Et iK)urtant le salut est là, dans une bourgeoisie asseï sige et assez dévouée iH)ur modérer la production oiseuse d'un hue coiTuptcur et reporter les forces vives du capital vers la production de l'indispensable et de l'utile, alors même que ses bénéfices lui sembleraient un peu diminués. Qu'elle revienne à la religion qui fut sa nom'rice ; cette réaction salutaire, indispensable, s'accomplira d'elle-même.
Je diiui peu de chose de la classe riche. Avec le Catholicisme, elle se constitue plus facilement; le chrétien dans Talsance travaillant autant que le libre-penseur et dépensant moins. Avec le Catholicisme, elle est plus fidèle à sa misâon, c'est-à-dire au service gratuit des autres classes de la sodéîé* Des libres-penseurs bienfaisants, il en existe, mais peu. C'est chose facvfe à comprendre; le libre-penseur suit ses inclinatioiis, et l'inclination au sacrifice est rai*e ici-bas ! Dans l'Église, la loi du travail et la loi de la charité obligent le riche à payer largement et incessamment la dette à Dieu, dont chacun de ses semblables tient la place. Aussi la biogra])hie de tous les saints qui ont vécu dans la richesse est-elle le récit émouvant d'innombrables services rendus, d'innombrables aumônes distribuées, l'histoire enfin d'une existence héroïquement vouée au soulagement de frères moins abondamment dotés par la Providence. 11 est juste de dire àfhonneur deiiolre ancienne noblesse que, si elle fut souvent légère dans ses mœurs, elle sut, dans les occasions, offrir et donner son sang, et, môme après que son séjour à la cour l'eût ruinée, montrer un grand désintéressement linancier. C'est sous ces derniers rapports que la noblesse nouvelle, fille du travail, est tenue à imiter la noblesse ancienne, née sur les champs de bataille.
Faute du sel catholique, la classe riche deviendra la classe justement maudite par TEvangile, la classe arrogante, voluptueuse, ardente au plaisir, inhumaine pour la pauvreté. Les riches égoïstes, les mauvais riches^ constitueront cette
féodalité fmanciëre, dont la formalion inquiète justement les hommes qui réfléchissent. Les conséquences sont visibles : irritation éprouvée par les malheureux, à la vue de œs polissons élégants, qui mettent publiquement aux pieds d'une prostituée, couverte de dentelles et de soie, plus d'or qtffl n'en faudrait pour nourrir dix familles ; folle émniation inspirée par l'opulence fastueuse aux fortunes moins considérables; impulsion donnée à la production stérile ; moeurs efiTéminées ; mne de nombreux fournisseurs ; sombres nuages amoncdiés sur les sociétés par un luxe sans borne et sans pudeur.
Le Sauveur du monde a souvent parlé du mauvais riche en termes sévères ; sévérité miséricordieuse ! Si la voix de la religion ne rappelle pas énergiquement au devoir cet homme que son or fait roi, et qui, sans blesser la justice commutative, peut satisfaire tous ses caprices, qui le sauvera du châtiment réservé à l'abus des dons divins?
Je m'arrête. Le Catholicisme est, pour chacun de ces trois groupes d'hommes qu'offre toute sodété régulière : les travailleurs dépendants, les travailleurs Ubres de choisir leur labeur et les citoyens libres ^e ne pas travailler, un conseiller sûr et un ami fidèle. Quiconque l'abandonne, individu ou classe, se hait soi-même, non pas de cette haine intelligente qui n'est qu'un amour épuré, mais d'ime haine aveugle, de la haine du père qui, en gâtant son fils, lui prépare d'innombrables malheurs.