LES PAUVRES VOLONTAIRES
Dans les sociétés cathbliqués; l-^ëspriid^l'ÉvârigÂè' suscite une classe intermédiaire' entre le clei%é«t>le9isèrapJttluïqaes
«■.taAW '{T.-Î. «iâ/i* Tordre éoonr-cii'r:*, ?•=■ dl-rtiDzoe par qb «ar»«wft [>rr.r»r* : U pattmté zofvnrnir*. J* rw poë ki atwrier. m^mcr nfHd<rm<;f(t. isof» Vime» s*^ facK:*. !a question de la tîf rHi^i^i.«^. *■)!« U paii%T«*. nÏMVtt.^m choisie oi-mme monn *!«: «n<nîfK-aiion . vA on* <)« !>a.«*?ï €S6«ni'?Des. niukus trn'.-Mn^. ont traita rM înt^n^^an: «aj^ : nal ne Ta fût phs «tvikinrA^it ^irt 1^ iJign» W'-craphe « rnrale de Gflrâiï, M. l'aïiW F. Mar.in '! . Ktu'iiâm I« pacvres virtotaire* daas t^ir ti^ inti/fif «^ dan^ l'actir-n qu'île ^^'^rcfiil aa dehors, le fj'-^tft ^rixain fait iTalxffd r^s'irtir rinfluence sociale de b [fri'T';. de l'expiamn, de la iriOrtificarK'n «ri^rp^relleet del» ferrie'- de f'n f(iii r»<nstiiiieni le fond de la Me religieuse: [mis il montre t\»*rU immenses senices les reliçieox [>eovent rfrndre, non-seolemeni; âla=cipnre sarr^, mai^ârinielligeoce hijinaine, quels se^roiin* ils [»eu\ent apponer à la société civile pour la rtconriliati» n si difïicile el si ii^essaire des rlasses rirhM et d*TS f:laSHes pauvres.
In, je [»arle ^Jypnomle et je vois dans les religieiw des paovrfN vol'intairrrs. Paiit ref, <fans doitte, mais non misérables. l.e i(Oi(;ieuï n'<«)l ni nn homme à la fharçe de la commiséraliofi d'aiitriii, ni un riche di!*posant de ses revenus. Le relî- ^■i'■tu, en vertti dri nr/Tanisme de la vie commune, est un homme d/iehargi'; de la wjllirîtude des combinaisons finanriérej*, des wmr\<i w dPR tentations qu'entraîne la gestinn des liierw l(;iT(«treH. Il s'emploie, w;lon la nuanre de sa vocation. wIhi) la vt'^\<'. dr; l'Ordre qu'il a choisi, tantôt aux tra\aux de rrfsprit, c/iniine le Dominicain .prêcheur, comme ri'rsuline eiiMti^iKuitf-; laiilOl aux travaux di; corps, commç le Trappiste apiailteiir, comme la S'élit- liospilali^;r<'; Innti'it enfin, comme dans la plupart des insiituts vout'-s à la propagation de la foi,
(1 ) Ut Mmnm Kl leur ùifliieiife sMÙik- dnn^ k jmmv H .hns l'arenir. — ■■■B /■ffalfrndiil : /J" A'si^Mimit n/(j,i>»w. ,l,ins k O'th'.licUme , de It tipril . '!'• kiir liitloiri- iltle kitr m-ei<ir,\iATZ\\. Lenormant, de lln- |,.(W«lil<% 1B45. ou collection du Curreiiiundant.) — De Vioatalem- " !f M.iiiic» irOcci'Iritt. — Ducréliaux. U-i Qidics nii»,astiqnes et 1 Sur lo travail doa Moines, Wrin, 7> /./ Rkhestf, liv. II, ch. ti.
il mène de front les occupations intellectuelles et les labeurs manuels. Le pauvre évangélique ne recherche point un bienêtre proportionné à son travail ; il se contente du nécessaire, fourni à tous, sur le fonds commun, par le membre du corps religieux chargé du temporel ; l'ceil fixé sur les hauteurs, il' est tout entier à la conquête de joies plus sublimes. Adopter de plein gi-é, alors même qu'on a grandi dans l'opulence ou- Tsûsance, la condition matérielle de la classe la moins élevée du corps social, non certes par bassesse de cœur, mais par un fier dédain du confortable terrestre ; ajourner à la vie éternelle, où elles seront sans péril pour l'esprit, les satisfactions du corps ; se donner à Dieu d'abord, et, pour l'amour de Dieu, à son prochain, sans réclamer pour les travaux les plus utiles et les plus pénibles un autre salaire que le pain quotidien, un abri et un modeste vêtement, habentes alimenta et quibus tegamur^ his contenti simiis (Tim. I, vi, 8) : telle est donc ]a vraie nature de la pauvreté religieuse. Les exceptions ne sont qu'apparentes. Les Ordres purement contemplatifs, peu nombreux d'ailleurs, compensent largement par la prière les tièsmodiques ressources matérielles qu'ils demandent à la société. S'ils s'abusaient, comme les positivistes l' affirment sans preuve, leur illusion ne produirait pas, relativement à la pros^ périté matérielle d'un pays, un dommage appréciable. Quant aux Ordres mendiants, les aumônes qu'ils ont reçues au moyen âge et qu'ils reçoivent aujourd'hui encore, là où ils subsistent, ne sont pas, de la part de la société, des dons absolument grar tuits, mais une compensation amiablement offerte par les bieur faiteurs de ces religieux pour les travaux apostoliques auxquels, en qualité de prédicateurs, de confesseurs, de savants, d'écrivains (et même d'hommes d'expiation et de prière, comme les purs contemplatifs) , ils consacrent leur vie.
Ainsi, la pauvreté religieuse est un état de dégagement de l'amom* du bien-être physique, amour tolérable dans des limites convenables, mais toujours prêt à excéder les limites. Or, l'âme étant une, toute compression exercée sur l'un de
clapsequî. dans l'ordre fr rif tère i<rf-pTf : la pattmt iiiôiii'.' rapidfiiitnt. sous t rclifiieiiïP. d'ini la paurrlie ^.-inrtitiratiiin. est i^ tVriiains «mi tra'Hé cei ^inaniinent (]ue le '1 M. ralifx'' F. Martin (1 knir \ie inliinc et il
(lortp écrivain fait ii'
piitrp. de rM]iiiii:
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~ j<iiji>safices humaine^, terrestres) i\
■ if'jJti-e point lUm la It-rre île ceux q\
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\ .'Il jiar nécessité. <,)oand les sociétés <
urilaljk'S intérêts, quand elles s'inquièti
li'iintT de grands caractèi-es et de grand
1 ist'i-ont, au lieu de les susi>ecter, de les
[M-niréuter, les instituts de pauvi-es vc
iK-iinséquence des hommes irréfléchis ou
Hd' éloges as-sez magnifirpips pourle d(
fthouinies de l'histoii-e. Tous les h
uni (les oxeinptcs plus ou m
u'aux nues. Ce qu'ils réclame
s branches de la hiérarchie sociale,
ntéressés : on veut des fonctionnaires
^ désintéressés, des patrons désinté-
aux maîtres des domestiques qui ne les
i(H, ser\iteurs qui seront prochainement
\ables! Puis, quand le Catholicisme leur
. porations religieuses, des hommes désinté-
(lu nécessaire et ne mesurant point leur zèle
.1 attendue, ils s'écrient : «Délivrez-nous de
.>(e; les économistes ennemis de l'état religieux
ix catégories inégalement hostiles aux pauvres vo-
. Les plus modérés nous accordent que, si là réalité
iidait i\ Tidéal, ils admettraient volontiers la pauvreté
iire, ou le désintéressement absolu par principe de
:on , comme une chose inoffensive et môme d'^un bon
ii|)lc au sein de la société.
Mais, disent-ils, la prétention de vivre en dehors des condi-
îiniis économiques communes aboutît pratiquement, dans les
instituts religieux, à la pt*iresse, qui ralentit là production, et
à la prodigalité, qui exagère la'con'somination. Contrairement
à leur principe, les religietixi^^*ilsn'e Consomment pas énor-
méitient, consomment 'du moiYis {îlu^hu'îls né produisent ; ils
Otent'à la société des bnâs'dônt'èUc"a besoin; ils attirent à
feurk'mWiaslërcs dès capitatit'qùl-s'y 'p\^'tt^ficnt. — Voilà la
plAlntd dte ddvêfaaii'es rfiodéi-éS'dè^ cdminiinàutés.
'•■Èèûr^lJ]W*éciatî'cn efàt viSiWétnertt'èrfôhëè. De nos jours,
les communautés, fort conspuées par la mauvaise presse,
tWàls'fort êstîméeia des- honnête^ gens',' ne'péû vent suffire aux
'fcWvt^S charitable5^ qui leur'sont dé'toalc pàVt confiées. Pour
ïi'ôus, qui avons étudié leur "sîtticâtion de près, nous citerions
aîsénfient des hôpitaux, des écoles où une religieuse, souvent
en dépit d'une santé chétive, fait la besogne qui en dcATaît
occuper deux; nous n'avons guère vu d'établissement où deux
se partagent la besogne qui suffirait à une ^ÊÊÊ/È^^^ l^s
pays de mission, les religieux qui en sont les apôtres, les vierges qui y soignent les malades et y élèvent les orphelins, travaillent sans trêve ni repos.
En vérité, où sont, dans les communautés contemporaines, les oisifs? On citera quelques esprits mal faits, quelques caractères bizayres qui, demeurés dans le monde, y eussent été aussi oisifs et pires qu*oisifs.
Le seul luxe relatif qu on puisse reprocher à quelques religieux de nos jours, c'est celui des bâtiments. Le vêtement, déterminé par la règle, est simple; Tameublemcnt et la nourriture ne le sont pas moins. Aujourd'hui que toutes les maisons sont de verre, les populations savent parfaitement quelle vie sobre mènent les communautés ; des murailles un peu ornées, des jardins qui sont une nécessité pour des gens qui sortent peu, y a-t-il là véritablement de quoi attirer les foudres de la critique économique? S'emparer méchamment de quehjues faits exceptionnellement fâcheux, de l'histoire vraie ou fausse de quelques mille fiancs procurés à un couvent par une voie peu délicate, et fermer les yeux sur les immenses services rendus, sur tous les points du territoire, aux malades, aux orphelins, aux misérables de toute sorte, méconnaître le bien qui s'opère sur la plus vaste échelle sans faire de bruit, pour ne tenir compte que d'un scandale isolé que la presse raconte avec fracas, n'est-ce pas le comble de la déraison ou de l'iniquité ?
L'état religieux n'étant par lui-même en opposition avec aucun droit, et reposant sur le droit sacré et inviolable qu'a le chrétien de conformer sa vie aux conseils évangéliques, que vient-on parler des abus exceptionnels qui peuvent se rencontrer dans les instituts religieux? Il se rencontre des abus et de grands abus dans les gouvernements, dans les familles, dans les maisons d'éducation. Peut-on pour cela proscrire le pouvoir, la famille, les collèges?
D'ailleurs, la paresse ou la prodigalité offrent certainement moins de danger chez les religieux que chez les séculîei's.
parce que leurs constitutions fournissent des remèdes spéciaux et d*un emploi facile contre ces deux mauvaises tendances. Si, à d'autres époques, les instincts monastiques, plus favorisés et moins surveillés ont pu, en dégénérant, devenir un embairas pour la société, — bien plus pour la société religieuse que pour la société civile, — ces crises maladives, succédant à des siècles de prospérité bienfaisante, ont mis au tombeau les communautés dégénérées. De nos jours, au grand soleil d'une immense publicité, sous l'œil inquisiteur de tant d'implacables jaloux, les Ordres religieux ne peuvent s'étendre et s'affermir qu'en méritant surabondamment l'estime publique. L'autorité ecclésiastique, bien instruite du passé, a des motifs plus pressants et des facilités plus grande^ pour exercer la plus paternelle, mais la plus exacte surveillance sur le présent et l'avenir des corps religieux. La situation des communautés, comme celle du clergé séculier lui-même, était, dans l'ancienne monarchie, devenue très-anormale. Le patronat laïque leur donnait, plus encore qu'au clergé séculier, des membres et surtout des chefs sans vocation, qui apportaient le désordre dans les monastères. On voyait alors chez nous ce qu'on voit encore dans le clergé anglican : une effroyable disproportion entre l'opulence d'un grand nombre d'abbés et la misère des simples nxoines (1) . Les biens ecclésiastiques étaient devenus la pâture de ces commendataires^ serviteurs ou cadets des grands, qui ruinèrent de fond en comble la vie régulière et F esprit religeux (2).
(1) On lit, dans La Yie de saint Vincent de Paul, par Abelly, que rhomme de Dieu dut souvent faire l'aumône à des prêtres indigents.
(2) Dans le clergé, séculier ou régulier, les désordres que signale rhistoire ont eu de tout temps une double cause : Tinfidélité du prêtre ou du religieux à sa vocation est la première ; la seconde esc rentrée violente dans le sanctuaire ou dans le monastère. Celle-là est le fait du monde, accusateur de rËglise. Ainsi, les Papes dont Thistoire offre des taches sont les Papes élus sous la pression des empereurs allemands, et le conclave qui élut Alexandre VI, ne s'arrêta & ce choix que par le désir d^opposer un grand politique à des politi-
Des écîivains de bas étage, clans un but facile à reconnaître, manifestent, en présence de la prétendue richesse des communautés, de risibles terreurs, tne feuille quotidienne déuon- (:ait naguère aux colères du peuple les Frères des Lcoles chrétiennes et les Petites-Sœurs des pauvres, coupables de posséder en pleiii Paris, ceux-ci la maison-mère de leur nombreux et utile Institut; celles-là une maison que leur a confiée la charité de la deuxième légion de la garde nationale parisienne, un peu après 1848. Ces censeurs inexorables ignorent que le vdîu de pauvreté n'oblige pas à coucher en plein air. Les Petites-Sœurs des pauvres sont les moins coûteuses et les plus aimées de toutes les infirmières ; les bons Frères font prospérer les écoles qui leur sont confiées à moindres frais que les instituteurs laïques, libres ou nommés par l'État.
(Vest par milliers qu'on peut compter, parmi nous, les pauvres volontaires ; on les trouA e partout où la société réclame un service charitable peu dispendieux et bien organisé : où sont les communautés qui, de nos jours, mènent une existence somptueuse? Où sont les supérieurs d'Ordres voyageant avec un train de prince? Si rexistencc des religieux paraît si confortable, qu'on se soumette à la règle qu'ils suivent, on la partagera. Parmi les religieux de nos jours, on pourra citer, sans doute, quelques caractères légers, mous, inconstants, imprudents ; les élus du ciel sont seuls impeccables. Mais les l)auvres volontaires de notre époque, pris dans leur ensenible, tiennent la promesse qu'ils ont faite à Dieu de renoncer aux aises de la vie; tout observateur attentif s'en peut convaincre; et nullecatégoric de citoyens ne fournit i)roi)ortionnellementàla société un plus grand excédant de services rendus, — même en ne tenant compte que du temporel, — sur les services reçus. Les fabriciitcurs de religions nouvelles les haïssent en proportion du bien qu'ils font; nul ne s'en étonnera, mais les économistes sincères doivent les bénir.
ques dont l'attitude menaçante effrayait. Là où l'f:glise est libre, les désordres sont moins grands , moins étendus et moins durables.
Aviser de concert avec l'autorité ecclésiastique, seule compétente pour interdire à des hommes qui se sont associés sans violer le droit de personne la faculté de s'enrichir par toutes voies légitimes, obtenir du Saint-Siège qu'il oblige les communautés riches à faire un emploi charitable de leur supei'llu, en exigeant d'elles, au nom de la perfection chrétienne, ce que la justice ne peut exiger d'un citoyen ou d'une association de citoyens, d'un Rothschild ou de la plus opulente de nos compagniéis industrielles, ce sera bien; mais parce qu'autrefois plusieurs instituts religieux ont, sur leur déclin, mal géré leur temporel, interdire aux chrétiens de notre temps la faculté de suivre les conseils de l'Évangile, d'imiter les saints, d'embrasser enfin la pauvreté volontaire, ce serait la plus révoltante des injustices et la violation flagrante de toute Constitution qui reconnaît la liberté du Catholicisme.
Un catholique qui, dans son pays, ne peut embrasser un état que sa religion conseille, encourage et honore, un état qui a fleuri dans tous les siècles chrétiens, un état, enfin, qui reparaît après toutes les tempêtes et toutes les pei*sécutions, ce catholique voit sa conscience opprimée ; et l'Économique dût-elle y perdre autant qu'elle y gagne, elle n'a pas plus que la Pohtique le droit d'opprimer la conscience catholique.
EjLaminons, en eflet, là valeur de l'objection des adversaires radicaux de la pauvreté religieuse. Tout d'abord, nous pouvons mettre de côté leurs déclamations sur les prétendus inconvénients moraux de cet état de vie. Il serait par trop bizarre que la grande et antique Église catholique, mère vénérable de toutes les nations civilisées, ait proposé comme spécialement sanctificateur un genre de vie amollissant, dégradant, immoral, antisocial. Les garanties de sagesse oflertes par sa doctrine l'emportent infiniment sur celles que présentent ses contradicteurs intéressés; si sa compétence dans les questions de moralité est suspectée, il ne reste plus que le scepticisme universel, qui mène droit aux autels de Mercure
et de Vénus. Quoi ! les premiers disciples du Christ auraient prati(ju6 la pauvreté volontaiie, les Chrvsostôme et les Augustin, les Vincent de Paul et les Bossuet,tous ces grands génies et ces grands hommes de bien l'auraient ou pratiquée^ ou magnifiquement exaltée, et Ton oserait soutenir à un catholique qu'elle est mauvaise ou du moins inutile!
On Ta fait pourtant. Et tout récemment, quand il s'agissait au parlement florentin de voler en masse les biens des commuuaiités religieuses, un député tenait ce langage :
u Les couvents avaient leur raison d'être, lorsrjue la société tourmen1.ée réduisait la science, la charité à se séparer d'elle et à se réfugier à leur ombre. La société moderne est constituée pour protéger, au contraire, la civilisation, la science, la sécurité des hommes studieux et dévoués aux autres. // est Jiaturel qiielle s approprie les ressources destinées à de telles cliarges. »
Sophisme grossier ! Les couvents ont été fondés pour faciliter aux âmes éprises de perfection la pratique des plus hauts enseignements de l'Evangile; c'est là leur fin directe, essentielle. Les religieux qui les habitent sont propriétaires des ressources temporelles de leurs monastères ; et la société moderne, quels que soientses mérites et ses charges, n'a pas plus le droit de piller les biens des associations religieuses, que la chambre belge n'avait, l'année dernière, le droit de confisquer les bourses destinées à l'entretien d'étudiants catholiques au profit des jeunes libres-penseurs de l'Université de Bruxelles. Ceux (jui, aujourd'hui, ne voient pas qu'il faut opter entre le respect de toute propriété et le socialisme, sont bien aveugles.
Quant à la prospérité générale, la pauvreté religieuse y contribue puissamment, et la preuve en est facile à fLiire.
D'abord, elle honore un état qui est celui du grand nombre et souvent des plus vertueux, en montrant au peuple que l'on peut être homme, noblement fier, heureux, sans la richesse. Grande et salutaire leçon !
« Nous vivons, disait il y a vingt ans un savant publiciste.
dans une société malade. On a jeté à pleines mains Tinstruction au peuple ; les lumières ont marché plus vite que les mœurs, et aujourd'hui il est bien prouvé que F accroissement des connaissances a amené celui de la corruption.
a Le danger qui résulte du progrès des manipulations matérielles , ce danger qui excite tant d'appréhensions n'est qu'une image et en partie une conséquence de celui qui existe dans les régions morales de la société. Chaque fois qu'un iciyon de lumière pénètre dans les rouages du mécanisme social, on y constate l'affaiblissement du sens moral dans toutes les classes, et les choses en viennent au point que, dans certains jugements criminels, les notions du bien et du mal semblent réparties d'une manière à peu près équivalente entre les accusés, les témoins, les avocats et les jurés. Les maximes éhontées de l'intérêt régnent tyranniquement sur les consciences ; c'est aujourd'hui une sorte de phénomène qu'un commerçant délicat, qu'un homme d'affaires scrupuleux et désintéressé; la fortune, en s' accroissant, tombe en des mains indignes et grossières ; l'argent a créé la seule aristocratie au lOonde qui se soit crue dispensée de se légitimer par l'élévation des sentiments. On n'a plus le respect, on ne l'insph'e à personne ; nul contre-poids à l'envie qui dévore les classes inférieures ; nous sommes environnés de haines qui s'organisent dans l'ombre, sous l'influence de prédications insensées ; les doctrines de la matière ont des apologies et des encouragements pour tous les crimes, depuis ceux que colore un prétexte politique jusqu'à ceux qui relèguent les devoirs de la famille parmi les chimères spiritualistes.
» Tels sont les faits dans leur effrayante réalité. Mais ce n'est pas là ce dont on s'inquiète ; on dort d'un sommeil paisible, la tôte inclinée sur ce volcan. Pour qu'on se réveille, pour qu'on se trouble, il faut ([uelque chose de bien plus grave, il faut le fantôme du parti prêtre (aujourd'hui clérical) et des Jésuites (1) ! )>
( I ) Lenormant, Des Associations, etc.
Depuis CCS vingt aiiiiéoj, la topographie morale de la société n'a pas changé. Sous un pouvoir politique plus ferme, mêmes erreui-s, mômes passions. Seuls, les béats volontaires s'obstinent à ne pas voir que la société continue à travei'serla plus redoutable crise et, pour ne pas sombrer corps et biens dans le rapide mais terrible triomphe d'un prolétariat fanatisé, réclame les moyens de résistance les i)lus énergiques. En 1SA8, on eut peur, et les détenteurs tremblants de la richesse firent à l'Eglise catholique des protestations de respect bien vite oubliées. A l'heure d'un nouveau péril, les fi nanciei's retrouveront dans la poussière de leur bibliothèque leur livre de messe. Il pourra cette fois être trop tard. On ne se joue impunément ni de Dieu, ni de la nmltitude. L'influence tutélaire de l'Eglise ne s'impro\ise pas. I/un de ses moyens d'action les plus énergiques et dès lore les plus indispensables pour arrêter les luttes fratricides, c'est la libre organisation des saintes légions de pauvres volontaires, respeclés du riche auprès ducjuel beaucoup d'entre eux auraient pu vivre, aimés de l'ouNrier dont leur existence modeste les rapproche.
(le n'est point un catholicisme meurtri, mutilé, découronné, un catholicisme tenu j)our suspect dans une notable partie de ses enseignements et de ses oîuvi*es, un catholicisme réduit à l'indispensable nécessaire, un catholicisme sans Instituts religieux qui fera accepter son arbitrage sauveur par les belligérants î Après les couvents, on pille les églises, et après les
églises, les liùtels et les l)an(|ues Les couvents sont les
forts détachés qui couvrent la société économi(jue tout entière. Mais ce n'est trop souvent qu'après leur démolition qu'on commence à S(mpronner leur utilité sociale.
(Continuant son étude, 31. Lenormant jette un regard attristé sur la prédominance (jue, dans nos sociétés contemporaines, la richesse prend sur tout le reste.
(( En Angleterre, (|uicon(|ue pouvant s'einichir ne travaille pas à sa fortune est un insensé ; c|uiron([ue l'a perdue ou est incapable de la faire, ne vaut ])as un regard de ceux rjui pos-
sèdent. C'est être respectable que d'avoir beaucoup d'argent. Une telle perversion de la morale, accomplie au profit de la richesse, nous paraît odieuse. Mais patience ! notre tour arrive, et si la lèpre qui ronge la société française gagne du terrain, il ne faudra pas trente ans pour que nous ayons cessé de placer le désintéressement au nombre des verîus. . . »
« Il importe de veiller, il importe de protéger Iti vertu, l'honneur,' les saintes choses, et la richesse elle-même, qui chancelle dès que tous en sont affamés, (^e n'est pas d'hier que l'Église a entrepris cette tâche. Mais « une telle œuvre » aurait été sans doute au-dessus des forces de l'Église, si elle n'eût eu à sa disposition que de stériles avertissements placés dans la bouche d'un clergé qui participait {légitimement d ailleurs) au progrès de la richesse. La prédication restait impuissante sans l'exemple. L'Église plaça, en regard du luxe, la gloire et en quelque sorte l'apothéose de la pauvreté...
« L'indigence volontaire [car dons certains Ordres^ la pauvreté est portée jusqu à T austérité) vint se placer entre l'orgueil impitoyable et le désespoir abruti de l'extrême besoin ; elle interdit au riche la critique dédaigneuse et sans pitié des causes de la misère ; elle i éleva le pauvre de l'humiliation qui pèse sur lui quand il est forcé de recourir à la compassion des autres hommes. Les ordres mendiants formèrent l'anneau qui joint les deux points extrêmes de la société, séparés par un abîme dans les pays non catholiques (1). »
Les pauvres volontaires vivent de peu, ils vivent en rendant des services considérables et souvent si pénibles qu'eux seuls consentent à les remplir (2) ; ils vivent contents, ils vivent en inspirant la bienfaisance au riche, la résignation et le courage
(1) La plupart des journaux du mois de janvier 1866 ont raconté avec ae navrants détails la prodigieuse expédition d'un jçrentlenr.au qui, déguisé en mendiant, était allé passer une nuit en la compagnie des pauvres, dans \m norkhomc» Le Times 2l comparé cet intrépide observateur au Dante, de qui on disait eu le montrant du doigt :' « Voici l'homme qui a vu l'enfer, »
i;2) On sait ce que sont dans les hôpitaux les infirmiez à gages.
au pau\Te, Tamour de Dieu et de la vertu à tous ; la fortune, qu'ils dédaignent, gardera toujours assez de poursuivants; rÉconomie peut respecter leur abnégation surhumaine, et le moment viendra où elle s'estimera heureuse de l'avoir fait*.
« Pour lutter contre l'égoïsme natif, qui entraîne toujours les riches à exploiter les pauvres et qui leur fait trouver mille moyens ingénieux d'éluder et de paralyser la loi, il est indispensable que la puissance morale soit organisée, permanente, et qu'à son enseignement doctrinal, elle ajoute sans cesse Féloquonceet l'entraînement de l'exemple. En Vace des mauvais riches, il faut constamment une armée de pauvres volontaires, donnant eux-mêmes tout ce qu'ils possèdent pour soulager les grandes misères, et pour refaire un héritage à ceux qui n'en ont plus. On aura beau prêcher l'économie aux petits et l'humanité aux grands, il y aura toujours entre eux un abtme creusé par le luxe, la cupidité, la rapacité, l'imprévoyance, (lomment le combler, aujourd'hui surtout qu'il ^a en s' élargissant, si des hommes intelligents ne s'y jettent eux-mêmes, eux, leur inteUigence, leur activité et leur fortune, non à la poursuite de leurs propres droits, mais en sacrifiant toute justice, tout droit, tout intérêt personnel , pour chercher celui des autres? (lertes, s'il est une propriété sacrée entre toutes, c'est celle qui s'est ainsi abdiquée elle-même, pour devenir le bien des pauvres, pour assurer le service gratuit des enfants, des malades, des vieillards. S'il est une liberté qui puisse et qui doive rester illimitée, c'est bien celle de se dévouer aux autres, de s'unir et de s'associer pour les servir (l). »
A cette question: «Qu est-ce qu'un religieux? » la religion répond : « c'est un homme qui, désirant ardemment sa sa!îctification, embrasse librement lejougbéni des conseils évangêr liques. » « ('/est un homme qui demande peu à la société et lui donne beaucoup, dit à son tour rÉconomii\ » C'est par excellence l'homme de l'espi-it au milieu (h< hounnes de la
(1) Keller, L'Encycliqiœ, etc., ch. xvii.
chair, F homme du renoncement au milieu des hommes de la jouissance, Thomme qui fait consister son progrès à consommer moins et à produire davantage, l'homme de l'abstinence et de la mortification, l'homme du sacrifice et de la charité. Si tous ceux qui poursuivent cet idéal ne l'atteignent pas, c'est que le corps religieux, formé de mortels fragiles, a sas taches; mais bien aveugle serait le penseur qui, de nos jours, conclurait de ces misères partielles à la proscription d'un état plus que jamais nécessaire au monde pour l'éclairer, le soulager, le consoler, le sauver.
Infiniment riche par nature, l'Homme-Dieu s'est fait pauvre, et sa pauvreté est devenue la richesse spirituelle et temporelle de l'univers; le pauvre de Bethléem et de Nazareth doit avoir jusqu'à la fin des imitateurs ! Pour la gloire de Dieu,rhonneur du genre humain et la consolation des misérables, au grand avantage des intérêts économiques eux-mêmes, la pauvreté religieuse fleurira sur la terre jusqu'au dernier jour du monde.