‹ Le problème économique et la doctrine catholiqueChapitre 34 sur 47 · CHAPITRE PREMIER ORIGINE DE Là MISÈRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ORIGINE DE Là MISÈRE

La misère, avons-nous dit, est dans l'ordre de Téconomie ce que la maladie est dans l'ordre de l'hygiène, un état pathologique contre lequel, à l'avance, l'homme doit se prémunir, contre lequel, après sa venue, il doit courageusement lutter.

Quelle est la cause originelle de la misère? Abandonnée à

elle-même, l'Economie demeure ici muette. Sans doute, la cause immédiate de la misère, chez le misérable, c'est le défaut de ressources matérielles proportionnées à ses besoins. Mais d'où vient cette pénurie?

Plusieurs trouvent commode d'accuser la parcimonie de la nature, manière habile d'incriminer la Providence divine sans la nommer. — La nature, on ne peut trop le répéter, place partout devant l'humanité l'obstacle, condition de l'effort, comme l'effort est la condition du progrès, et le progrès la condition de la récompense. Mais la nature n'est pas avare au point de refuser à l'humanité laborieuse le nécessaire et plus

(1) Je ne puis trop recommander ici à mes lecteurs le second volume de \l. Périn, la Richesse dans les Sociétés chrétiennes. La qucstiOQ de la misèni y est longuement et excellemment traitée; le docte professeur de Louvaiu y a réuni, en très-grand nombre, les documents les plus int<^ ressauts. Ce livre peut, à lui seul, tenir la place d'une foule d'autres. ,

encore. Qu on suppute les ressources naturelles négligées par la paresse, gaspillées par le luxe!. . .

D'autres accusent la société ; mais la valeur de la société est corrélative à la valeur des membres qui la composent, et loin de produire la misère, la civilisation, en se développant, l'atténue.

« Avec une paire de gants, dit un spirituel voyageur, M. Gallet de Culture, on pourrait habiller deux Calédoniens. » Les besoins de ces insulaires sont, on le voit, fort réduits. Ils n'en connaissent pas moins la misère sous ses deux formes les plus cruelles, la maladie sans soulagement et la faim, u Les valétudinaires et les vieillards sont fort rares chez eux, parce qu'il est d'usage de s'en défaire quand, n'étant plus propres à la guerre, on ne les juge plus propres à la vie. Ce sont des arbres improductifs qu'on arrache, des membres inutiles qu'on ampute dans l'intérêt général. Une fosse est creusée, le malade y est déposé vivant, on jette sur lui de la terre qu'on piétine pour hâter sa fin.

« Tous pamTes, tous affamés ti d'une voracité extrême, les éléments de leur subsistance étant fréquemment insuffisants, leur parle-t-on d'une contrée lointaine et civilisée, ils ne demandent pas si elle est grande, mais si on y. trouve beaucoup d'ignames. Sur un vaisseau, ce qui les frappe, c'est le dîner de l'équipage : « Ils ont beaucoup à manger, donc ils sont puissants. » Condition misérable^ mais qu'ils préfèrent à la peine d'ensemencer le sol, de faire la récolte et de la protéger contre les voleurs, c'est-à-dire contre tout le monde, car, parmi ces sauvages, le sentiment de la propriété n'existe pas; il règne un commimisme universel.

« Jamais les chefs ne travaillent. A cette question, que savezvous faire ? Us répondent : nous savons tuer... Comme les alligators, les Nouveaux -Calédoniens se mangent entre eux (1). »

(1) Constitutionnel, 22 janvier 186&

Les crises alimentaires de notre époque, si douloureuses qu'elles soij£«t, ne ressemblent en rien aux famines des temps anciens. Étant laissée au vice individuel la responsabilité de^ innombrables maladies qu'il engendre, l'état de civilisation se montre visiblement supérieur à l'état barbare, quant à la santé, condition première du bien-être, et quant au bien-être lui-même.

Ni la nature, ni la société n'ont enfanté le paupérisme.* La nature aide l'homme à le vaincre, la société le combat, la vraie civilisation le refoule. 11 importe pourtant, et souverainement, à r Économique de connaître la source de la misère. Aussi longtemps que la cause première de ce fléau restera inconnue, que pourra contre lui une science réduite à procéder par tâtonnements empiriques? Dans l'antiquité, la question de la misère à vaincre n'est pas même posée par les sages. Que sont, à leur yeux, les misérables? Une tourbe de gens de rien ! Que ces avortons tournent la meule, ou, s'ils n'en ont pas la force, qu'ils crèvent au plus vite ! Les sages conduisent le char de l'État et ne s'inquiètent point d'iine vile populace. A ce mépris universel des misérables, il n'est, dans toute l'antiquité, qu'une exception : le Juif est obligé, par sa loi, à assister les indigents. La loi du Juif vient d' en-haut et prélude à la loi du chrétien. A partir de la prédication de l' Homme-Dieu et de la formation de la société catholique, l'origine mystérieuse et la fin providentielle de la misère se dévoilent à l'univers.

« Les sociétés païennes méprisaient l'homme, et le méprisaient trop pour faire de son bonheur sur la terre l'objet d'une science spéciale. Si nous possédions de l'antiquité de véritables traités d'économie politique, leur premier chapitre serait inévitablement conçu en ces termes : « les quatre qn-

QUIÈMES DE l'humanité SONT NÉS POUR ÊTRE ESCLAVES. » Et tOUt

au contraire, la base de la science sociale, dans la société chrétienne, est le dogme de la Rédemption, et le premier chapitre d'un traité économique devrait toujours 'être conçu en ces termes : « dieu a tant aimé l'homme qu'il lui a donné son

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