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CHAPITRE II DEUX MISÈRES. — DU DROIT A l'asSISTANCE

Comme toute douleur humaine^ la misère se présente sous deux aspects : châtiment et épreuve^

Née de la violation des lois imposées à l'être moral, la misère est un châtiment divin dont la justice est évidettte^ La loi dq travail, fondement de l'ordre social temporel, dmait avoir une sanction temporelle. Devant le Pfire^Qux,. le prodigue, le débauché, le joueur, s'ouvre bjéanjt le gjoujDTre de la misère. La glèbe résiste à l'homme; c'est en la remuant avec effort qu'il doit se purifier et qu'il pçut se sanctifier. La Providence l'oblige à choisir entre le travail et l'in^igi^nGe; pour l'humanité prise dans son ensemble, pas de fuite possible : ou la sueur ou la faim. Aussi est-il d'expériepce que le pror grès économique ne va point à supprimer le travail, mais ^ inaugurer un travail plus sayantypluss^Jubre, plus projfitajblé» Le perfectionnement des içaçïiines ne doit point supprii^F la

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loi morale de F humanité; les améliorations industrielles ne sont point destinées à mener les nations civilisées à une oisiveté opulente, plus corruptrice encore que l'oisiveté besoigneuse des races abâtardies, comme chez les Patagons. Les besoins croissent avec la civilisation ; en France, dès que le travail fait défaut, la misère arrive.

L'Écriture- Sainte a, là-dessus, des sentences d'une portée universelle : u Jusques à quand dormirez-vous, paresseux? tt Quand vous réveillerez-vous de votre sommeil ? Vous dora mirez un peu (dites-vous) ; vous sommeillerez un peu, vous a mettrez un peu les mains l'une dans l'autre pous vous re- « poser, et la misère, comme un homme 'nii marche à grands H pas, viendra vous surprendre, et 1 indigence, comme un « homme armé, vous saisira. Si au contraire vous êtes dilî- « gent, la misère fuira loin de vous [Prov. vi, 9). Les trésors (♦ d'iniquité ne serviront de rien.... (néanmoins) la main lan- « guissante produit la misère, tandis que la main courageuse « amasse les richesses (x, 4). Ceux-ci donnent ce qui est à eux « et s'enrichissent; ceux-là ravissent le bien d' autrui et sont « toujours dans la misère (xi, 34). C4elui qui aime les festins « sera dans la misère; celui qui aime le vin, la bonne chère, (( ne s'enrichira pas (xxi, 17). Celui qui travaille sa terre sera (( rassasié de pains ; celui qui se plaît dans l'oisiveté sera « renipli de misère (xxvni, 19). »

Effet d'une dégradation morale considérable, la misère engendrée par le vice enfante à son tour une dégradation morale plus profonde encore ; le paresseux devient voleur, le prodigue ruiné se transforme en escroc. Arrivent à pas pressés le dénuement et l'humiliation , l'un et l'autre trop mérités. Et quand, au lieu de mettre à jn-ofit la correction providentielle pour revenir à l'accomplissement de la loi providentielle, le misérable crapuleux s'obstine en une volontaire faiiiéantise, il n'a évidemment aucun titre à une assistance qui ne semit qu'une prime à la paresse et à la débauche ; les précautions que la société croit devoir prendre contre cet être dangereux sont

parfaitement légitimes. Ce parasite, qui prétend vivie aux dépens d' autrui, n'est plus une abeille de la ruche, mais un insecte ennemi.

Sur ce point, théologiens et économistes de toutes nuances sont, je crois, parfaitement d'accord.

La morale combat les vices générateurs de la misère compagne du vice ; la société la regarde avec indignation et la surveille ; l'humanité, dont elle est la honte, la maudit ; la Providence qu elle brave, la frappe.

H Au flambeau de la religion, disait en 1846 M. de Villeneuve-Bargemont, se révèle l'étroite alliance qui existe entre l'ordre moral et l'ordre matériel des peuples, comme elle existe aussi entre Tâme et le corps de l'être humain ; car on ne peut citer aucun acte déclaré par la religion mortel pour la partie spirituelle de T homme qu'il ne le soit pour sa nature matérielle. C'est ainsi qu'indépendamment de tous les désordres généraux qu'ils introduisent dans là constitution morale ou économique des peuples, les vices réprouvés par la religion produisent plus ou moins directement les infirmités individuelles de tout genre qui dégradent et désolent l'espèce humaine. L'orgueil, la jalousie, l'avarice, l'intempérance, l'impureté, la colère, la paresse sont réellement l'origine d'une multitude de perturbations morales et physiques, et l'on pourrait dire de presque toutes les maladies, depuis la folie, cette formidable leçon donnée à Torgueil humain, jusqu'au rachitisme, cet épuisement total des forces de l'homme. L'influence des mœurs sur la santé est un fait incontestable, et d'autant plus grave que cette influence s'étend sur l'esprit aussi bien que sur le corps ; car la débauche hébète en même temps qu'elle énerve, , et l'aptitude aux travaux de l'intelligence, comme aux travaux de la main, est toujours en raison de la pureté des mœurs.

« L'excès et le dérèglement des passions sont le principal obstacle au bien-être et au bonheur de T homme sur la terre (1) . »

(1) De l'Influence des Passions sur rOrdre économique des iSocté/éf, par^

Pour un petit nombre d'individus, le vice est exceptionnellement la source d'une opulence infâme; pour quelques autres, il n'amène qu'une diminution de richesse; pour l'immense majorité, il enfante la misère.

Mais toute misère n'est pas criminelle. Il serait aussi injuste de voir dans tous les indigents des coupables, que de juger tous les malades victimes d'excès honteux. Dieu même, pour des motifs quelquefois manifestes, quelquefois cachés, fait entrer la douleur, la misère, à des doses divei*ses, dans l'épreuve imposée par sa sagesse aux âmes les plus pures. Aujourd'hui son soleil féconde en même temps le champ du juste et le champ du pécheur, demain l'ouragan dévastera également la moisson de l'un et de l'autre. Plus encore : l'indigence peut être glorieuse. Elle l'est, toutes les fois que l'indigent vertueux a sacrifié et sacrifie à l'observation du devoir des ressources matérielles que la violation du devoir lui pouvait procurer.

Or, en vertu du principe de justice qui défend de supposer le mal, jus(}u'à preuve du contraire, les indigents doivent être considérés comme non responsables de leur pénurie. Même parmi les misérables de la première catégorie, beaucoup ont droit à des. du*ÇQn^a,np9S atténuantes, soit parce qu^ ils n'ont pas seuls opérg leur^'uina, soit parce qu'ils montrent un commencement de népentii-. .....

if 1

Alban de Villeneuve-Bargçœout^ i^^onres et travaux de l'Académie dm sciences morales, L ix. — M. Corbière qui fait une longue clti|tiûfb de ce beau travail {L'Économie, "etjc, t i, p. 63), en extrait un catcul d'tprès lequel, «d tdniettMit \]ue les maoralâes passions fassent perdre, en moyenne, un cin^ièœa du travail, la perte annuelle 4e 5 millions de familles agricoles s'élèye à environ 825 millions de francs, auxquels 11 fkut ajouter 60 'âtiti'es millions pour frais de poïïce, de prisons, etc. Dans Ifhypotliàse d'une aomme de 300 francs mal ohh ployée dans les, 1)800,000 iamilles censées riches ou aisées, perte nouvelle de 5/iO millions, total un milliard quatre cent millions dé* voréï chaque année, en un seul pays de 3à millions d'habitants (chiffre de itU^7) l -- Et le calcul de l*émlnent économiste e6t ftni modéré.

Voici maintenant la question que pose la science économique :

Les misérables hoNiNêtes ont-ils droit a l'assistance?

Oui, disent plus ou moins ouvertement, depuis Grotius et Montescjuieu, tous les publicistes qui veulent refondie la société chrétienne dans le moule païen, et font de l'État le père nourricier de tous les citoyens, obligé à leur fournir u subsis- « tance assurée^ nourriture, vêtement convenable et genre de « vie qui ne soit point contraire à la santé! »

Non, répondent de concert le droit naturel et la législation divine.

Je me hâte toutefois de le faire remarquer; il s'agit ici du droit dans toute sa rigueur, du droit qu'on peut revendiquer devant les tribunaux dans une société civilisée, et par la force en dehors- de la société. (Nous verrons plus tard quels devoirs positifs et sacrés la charité impose aux non-misérables à l'égard des misérables.)

Assister^ qu'est-ce ? C'est travsdller pour autrui. Je dis travailler, car, en économique, donner et travailler sont choses équivalentes, puisque donner n'est autre chose que céder gratuitement un travail achevé.

Le prétendu droit à l'assistance repose sur la fameuse hypothèse de la communauté primitive. Or, primitivement, il n'y avait rien à posséder en commun. C'est le travail qui a successivement fait monter les travailleurs de la misère à la pauvreté, ou à l'aisance, ou à U ricbesee.

De droit naturel, les iadixJbOius» ea tant ^'indKvldiis, sont indépendants les uns des auireft. Cfasaoi OBfloîe libranant son activité à un labear dont te fifuit ku est pleinement et absolument acquis. En Vàni qu hoBUoe* je puis défricher cette lande ou la laisser incuUe; jepni&rapitejnroîr moiaeQiifié, umbh ger mon blé, le donner, le conserver pour mes besoins futurs, le jeter à la rivière. C^ertainement ces différents partis ne aoat pas égaux devant la loorale, devaot l'Était, devant la famiUe; mais mon voisin, quel que soit la situation de ses affaires, ne

peut m' obliger, soit à travailler, soit à disposer d*une manière déterminée du fruit de mon travail, soit à lui en remettre une portion.

Mon travail ne fait qu'un avec moi ; le fruit de ce travail n'est autre que le travail incoi'poré à une portion de la matière première; cette portion de la matière première, impropre par elle-même à tout usage utile, mon voisin n'y a pas droit ; la Providence le place comme moi devant le réservoir commun ; qu il y aille puiser !

Mais les circonstances vous ont favorisé !... Je le veux bien; j'en conclus que je dois des actions de grâce à la Providence ; j'en conclus que je suis dans une plus pressante obligation, vis-à-vis de Dieu^ de répondre à ses commandements et de faire l'aumône ; en résulte-t-il que mon voisin indigent puisse revendiquer en justice une portion de mon bien? Nullement.

Droit à l'assistance ! Mais il est de l'essence d'un droit strict de se présenter sous une forme précise. L'ouvrier a droit à toucher le salaire convenu, trois francs, cinq francs ; le vendeur a droit à être payé dans le délai fixé, un mois, un an, et ainsi du reste. Qui fixera la mesure dans laquelle un misérable a droit b, être assisté ? Exercera-t-il ce droit contre un riche quelconque, à son choix? ou bien imposera-t-il aux riches d'une ville, d'un département, d'un pays, une cotisation proportionnelle? Ou bien encore les misérables s'associeront-ils pour taxer les non-misémbles, et distribuer entre eux le produit de cette taxe? N'est-il pas clair que raffirmation du droit à l'assistance est l'aflinnation du droit à revendiquer une portion des propriétés des non-misérables, l'affirmation du droit à faire travailler les non-misérables pour les misérables , en d'autres termes, l'assujettissement arbitraire des trois classes bien portantes à la classe malade, et finalement la ?iégation du droit de propriété?

Je ne vois de droit strict à l'assistance absolument démon- U*é que celui des enfants vis-à-vis des auteurs de leurs jours. Leur donner volontairement la vie oblige manifestement à

leur* conserver cette vie. Quant au droit strict des parents à €tre, dans leurs besoins, assistés par leurs enfants, il est moins clair, et Ton peut douter que l'entretien d'un vieux père étant évalué cinq cents francs, celui de ses deux fils qui a, très-crîminellement d'ailleurs, refusé d*y concourir soit tenu à restituer deux cent cinquante francs à son frère qui a seul pourvu aux besoins du vieillard. Si les cinq cents francs étaient strictement dus au père, la nécessité de cette restitution serait évidente. En tout cas, le droit strict du père découlerait du caractère spécial de la paternité. Des frères, des sœurrf, des parents, sont obligés par la charité à s*entr' aider ; ils ne peuvent contrevenir à cette obligation sans se rendre gravement coupables; mais personne ne suppose jamais qu'un frère, n'ayant point assisté son frère dans la misère, soit tenu à restitution. Le champ de la justice diffère de celui de la charité. On peut violer la loi de la charité, la violer jusqu'à êtrie un scélérat, sans rencontrer un droit de justice, un droit transférant la propriété.

L'Angleterre a, nous le savons, la taxe des pauvres. Cette législation, d'ailleurs malheureuse, ne suppose pas précisément un droit naturel à l'assistance. Elle suppose, dans l'État, le devoir ou le besoin de sul^venir, dans une certaine mesure, aux nécessités des misérables ; elle établit un impôt spécial dans ce bnt ; dès lors, la somme recueillie par l'État pour les misérables doit être, par l'État, ihipartialement répartie entre les misérables. Encore chacun de ceux-ci n'est-il pas volé, si les répartitem-s lui font une part plu^ mince; il n'a que le droit de se plaindre à l'État deà procédés de ses distributeurs. Les sommes recueillies soni le bien des pauvres , de la même manière que toutes les aumônes destinées à être répandues par d'autres mains que celles des donateurs. Les donateurs ont le droit d'exiger qu'on se conformeà leurs intentions; tels et tels pauvres ne sont lésés injustement que dans le cas où l'expression nette de la volonté du bienfaiteur fait du distributeur un simple mandataire, im simple exécuteur de la

volonté de celui qui donne. Hors ce cas, Tindigent ne peut pas dire que son droit a été violé.

Anotre époque, il est très-nécessaire de maintenir ces principes, de n'est pas assurément pour rassurer Tavare contre le cri de sa conscience. L'oubli des lois de la charité ne -le damnerait pas moins que la violation des règles de la stricte justice. Mats une foule de prolétaires, égarés par des enseignements captieux, croient pouvoir réclamer, la menace à la bonche, le bienfait qu'il leur est seulement pennis de solliciter; d'où suit (}uc le bienfait môme, estimé par eux un trop léger à^compte surlem* prétendu droit, leur laisse au cœur la haine, au lieu delà reconnaissance.

Toute râleur vient, non d'une prétendue libéralité de la nature, confisquée par quelques-uns, mais uniquement au travail individuel ; le fruit du travail individuel est propriété personnelle ; toute assistance est un don , et Tindigent n'a pais 1q droit d'exiger de son frère riche la cession gratuite du fruit de son travail.

La i-essouree du pauvre n'est pas dains son droit; elle est dans le devoir du riche; par conséquent, elle est dans la i'ùvco qui amènera le riche à; remplir ses devoirs, et là seulem^it. ■ ■' ' ' \ \"' ■ «'»■'> 1 1 i lu ' f. •

« Autant de vérités que r'éèonôiifistie) assez dévofuéàila classe indigente pbur lui' tenir "uii langage sincère, doit, à> notre époque, ' exposer* let i eitplkpiier 'sui^a vnadhetii^euk. Mais la i tâche est épineuse. ,*. mic.i . }■■■ I •.■••••. •!•■ ;!.'« ■ .^ -S :...:

" fïHiis léspau^ixîi» soulfréBtj'^lu^ik s'aceotttutneM ii ttonfcentkfferl'bctif ité de» leur efiipi'lt sur eux-^èmea et sur -leurs bésèiwï^les phiSiimmédèatst Hs toh^bent in8€osible*nem':»Hié la dcfltfiiTïition'de l'iBlstindU' 9om' lUnstinct, il existe un i^ppottt absoia ewtro le besoin éprouvé" et l'objet capable de le'SWfctisftttm. L'jndigerit'sedijfc^t tR'i//iib/nV>^e^ » avant de se dire*: •t(i7 faut viof'e' par son TiiArAfL «^ersonivei, et respecter ^ coûte ifUecot)t9\ le trnvailé! autrui, vi ' -i

ï 'L'indigent compare' 8a modique* consommation avec la eon-

sommation plus abondante du ritihe^ et sans chercher dans le travail productem* qui a précédé la cause légitime de Tabonr dancequil envie, il conclut de Tégalité de nature à l'égalité de consommation. Il ne lit pas les livres des économistes, qui .>ont, comme le vin et la soie, du luxe pour lui, et persuadé que la richesse sociale est un bien commun^ il s'irrite contre l'inégalité des partages. Vaguemept initié par les coaversa* tionsde l'atelier, de la place publique, du cabaret, parles journaux malsains qui tombent sous ses yeux, > auix doctrines philosophiques courantes, il a entendu parler de liberté., d'ér galité, de fraternité, de prospérité générale, et ilejxplique tout cela à sa manière. ! . i !

Seule, la religion catholique est en état de le rameneif au sentiment vrai de sa situation. m i 1 1

Elle y travaille : 1** Par sa doctrine sur la souffrance^ Non qu elle ensdgne, comme Zenon, que la souffrance n'est pas un mal, théorie ridicule, amère dérision^ pure forfanterie phildr sophique; mais elle console efficacement l'homme qui souffre en lui montrant comméntla vertu peuti de kâouffranoeimétie, faire jaillir des biens inpomparables, ecl sorte qujè* la âaisôre oor blement supportée de vient J^fSœui' dié cette tfatigue fécx^ndetdti laboureur qui promet et assure la moisson. La fable s nous TOOXltreiPaâdore: ouvrant laboite fetale ; tous les maux /s'en échappent^ et F espérance seulie yireste captive; l^ vérité 'car thoUque, «Al Inilieu ideel imaïuxi iqui aejsbift abattu8^6ifrl'indiger|t, fait descendre et régner l'espérance. .'»>ii' •; . -.

h &%Par\iieafaiésdatisIèisqtt^fs.ésialÈ\sa doeêrm^.UeCtilltiO' lidisme offre le spectacle /unique d'(U|R > non&bife coQsidérabJie d'hommeeet de fraomesv is«â ihâro^, sestât^inteviquiiùijitrchjeifCcbé pl4iSj bas encore que Ja sim^te f^itt^retévi idùiis unuvolcatktaite assujettissement • aux > liHc^mmcKlitésu réservée» i à l'idoidigefide, uneiperfectioâ supérieure et deâ( biens s|>irituel8 plUapiléciQUIl. &ms parier^de certeiineo^dd vklualités exlraor dinalres^ iln-est pas une communauté religieusevoù^sne'^savpratique la^NmorliUjicatkOiQ coDpofrelte^ i ow^Méréer p(ttQine< une < àfi» . plus ^teiîiietites

vertus catholiques (1). Qu'est-ce que la mortificatioD ? La soustraction volontaire du bien-être corporel ; plus encore, la vcdontaire recherche du malaise corporel- Le r^eligieux qui jeûne se met au niveau de celui qui n*a pas de quoi satisfaire sa £aim. Le religieux qui se prive de feu en hiver, se met au niveau de celui qui n'a pas de bois pour réchauffer sa demeure. Le religieux qui porte durant les chaleurs de Tété son lourd vêtement de laine, se met au niveau de celui qui ne peut changer de vêtements selon les saisons.

Cette recherche de la perle prédeuse de la sainteté, dans le fumier de* Tétat de misère, n'est pas le simple caprice de quelques imaginations ardentes; c'est un fruit de la doctrine catholique elle-même; l'Église elle-même réglemente la pratique de la mortification dans ses institutions, TEgliseen fait, par les lois de Tabstinçuce et du jeûne, un devoir général, et l'Évangile nous montre F Homme-Dieu naissant dans une étable, couché sur un peu de paille, non dans un berceau, mais dans une crèche, n'ayant pas une pierre sur laquelle il pût reposer sa tête, vivant d'aumônes durant sa prédication, manquant parfois de pain pour loi-même et pour ses apôtres, mourant sur la ci*oix et enseveli par charité dans le tombeau d* autrui.

8* Par son zèle à faire pratiquer le devoir de F aumône. L'indigent ne peut être oublié par la Providence. S'il n'est pas • autorisé à exiger l'assistance, il n'est pas croyable que le riche puisse demeurer témaûn impassible de la souffrance de ce malheureux, son semblable, son frère, enfant de Qieu comme lui, et, s'il est plus vertueux, plus cher à Dieu que lui. Le riche remplit-il son devoir, le remplit-il avec générosité, avec affection, alors l'indigent n'a pas trop de peine à saisU* le plan divin, à comprendre que mieux vaut pour lui le don fraternel du riche assuré de son droit de propriété, qu'un partage fwcé, fatal à la société tout entière.

(1) Obligé à franchir toutes les questions incidentes, je renvoie, touchant la valeur morale de la mortification, aux traités de spiritualité et à l'excellent livre de M. H. Laeserre : L'Esjirii cl la Chair.

D'ailleurs, la souffrance de l'indigent est souvent plus morale encore que physique ; il se croit méprisé par le ricbei et bondit de colère à la pensée de ce mépris qui atteint ok personne à cause de ses haillons. S'il se sent aimé, s'il est convaincu que son semblable, plus heureux que lui dans les afiiûres temporelles, loin de dédaigner un frère malheureux, s'impose spontanément pour le soulager et pour le consoler des sacri-. fices d'argent, de temps et de fatigue; alors, comme le malade est tobché des soins de son frère bien portant, le misérable sera touché des sollicitudes de son frère riche. Disons-le en passant. Trois corps, organisés par le Catholicisme, ont, de nos jours, mission pour dissiper au seiri de la classe misérable^ les illusions dont la berce le socialisme : le clergé, les commun nautés religieuses et la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Devant le prêtre, l'indigent est un enfant de Dieu comme le riche, il a droit aux mômes sacrements, au même enseigne* ment, aux mêmes prières (1) ; la sœur hospitalière, gardemalade, directrice d'asile, sortie de la classe riche ou au moins aisée, fait pour les indigents beaucoup plus que son devoir; le membre de la Société de Saint-Vinceut-de-Paul visùe Y indigent, sous l'impulsion, non-seulement d'une bieiiveillance qui pourrait demeurer hautaine, mais d'une affectueuse fraternité.

Exposerai-je ma pensé tout entière? Cette fermentation qui règne de nos jours dans la classe misérable ne me déplaît pas. Elle ^t un signe avant-coureur du règne social, du règne économi([ue du Sauveur du monde. Adorateurs de l'humanité

(1) On sait, mais il D'est pas inutile fie le redire, que, dans l'Église, les riches peuvent obtenir pUis de pompes extcrkurcs que les indigents, moyennant un payement qui met la fabrique en état d'entretenir et d'embellir la maison de Dieu et de tous. L'Eglise ne songe pas à établir régalité extérieure, à empêcher les riches d'agir en riches dan» les funérailles de leurs proches. Elle ne les humilie pas, mais elle relève les pauvres. Le Libéra chanté à grand orchestre pour les funérailles d'un monarque ne diffère pas d'une syllabe du Libéra récité à voix basse £ur le cercueil d'un indigent.

vous avez attisé dans Tàme de^ petits des désirs que vous ne pouvez ni satisfaire, ni contenir, eh bien, vous avez, malgré vous, travaillé au bonheur du genre humain, d'une manière bien opposée à vos souhaits ; vous obligez les peuples à se tourner vers Celui dont la nchesse dépasse tout ce que l'homme l)eut vouloir ou promettre; vous lesobHgez à le\'er les yeux en haut et à répéter Finvocjition qui fut prescrite à tous par l'Homme-Dieu : Noire Père qui êtes aux Cieux^ que votre règne arrive J

Fille de l'Évangile, la société moderne, comme l'enfant prodigue de l'Kvangile, a fui l'Église, Ja vraie maison paternelle; elle ^'en est aU^^kUttctoin dis^per dans le luxe et la luxure

Jte; demandons au ciel qiCelle revirane avant qua les d^mièiw conséquences de sa rébellion ne se soiejit produites. Dieu eauclément au repentir; la réconciliation sera facile, et l'humaaitA assise à un festin de joie et de paix, s'étonnera, d'avoir pu, lisme, cherchei* son progrès et sa félic^ tous les biens, qui est Dieu. Alors dons de la grâce, se nourriront de ju gés pajr les riches dans leui's nécessi queront plus de pain; la fidélité au l'ordi'e invisible et dans tordre visibl qui éclatera4 partout en hymnes, d^ v pères et miuf^abuniur^, et ianjuiabwit

la voix du matéria-

oin de là source de

riches, pauvi^es des

e ; les i)auvres, soula-

coi'porellfô, ne man-

igneur produira dans

e immense allégiesse,

aissanoe. Edetèi pau-

linwn qui reqiwrtnt

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MISKUE

Gofatre la- misère provenant dii vice, le rerMe uni(juo^' ïnaife^ tout-^i^ant est depuis longtemps décou vei*!» est lui vertu:

(1) l»a, i^X, 1, ÛTw- f'

Voulez-^-wuft éviter le châtiment, abstenez-vous de la faute! Avant ravèocment de rÉglise, le vice était sur la terre l'état commun, laiwertuune exception dont on notait les moindres traits avec admiration. La corruption était si répandue, Tégoïsmesi général, la violence et la fraudée «i universelles, que tous les l^islateurs, convaincus que l'homme, pour être gouverné, devait être enchaîné, filant de Fouvrier l'esclave du citoyen, de Tënlant l'esclave du père, dé l'èpousè' l'esclavede l'époux, et du citoyen, propriétaire absolu de sa famillev l'escftive de l'État. Ces civilisations fwïtices, mais' nécessairek en leur temps pour établir un ordre relatif dans l'humanité ' déchue, se sont peu à peu écroulées sm souffle de' TÉvangile V la grâce a enfanté la moralité, la moralité a enfanté la liberté, la liberté a enfanté le bien-être. Malgré de trop regi'ettables exceptions, la vertu domine dans les sociétés chrétiennes, et dès-lore la misère n'y est plus qu'un accident contre lequel la lutte est possible. i

La force spirituelle qui, depuis dix-^buit siècles, a produit; directeuient ou indirectement/ par'èeô saints e* par ses hommes devenus meîlleurs^u contact des saiïrts, la j>lus haute ' somme de vertu qui ftit jamais ;• la< force spirittietlei qui a cotti- battu le vice dans la consciencei-fleTlitimmeict fait reculer partout ce torrent fangeux, doit ètrej jusqu^aû tègnë peu probable dune doctrine plus ^nergiquemetrt ttrol^Ksatrice; estî-- < mée lapins propre k garantit^ la société^ CQWtl^e'là^^hideose et v dangereuse misère que le vice engendre. Faites des c<tiw7*ir^'^ ' vicieux^ disait un carbonaro fameux, vous n'aurez plus de catholiques. » La propcâtioiuest Trahi ?MMis> celle-ci ne l'est pas moins : « faites des catholiques (de vrais et sérieux catholiques), vous N^^u»Ët'PtUS-^ï>fe'Vifatà? i^^Lfe A'Tcé tine fois dompté, la misère s'enfuira.

Des financiers i(vQ<niirte[ viie / dëfionodent à: quoi i servent les^ sommes allouées^ h XidùXmXi^ d|Ub > etiItBi t Elie^ • servent i àr sottil|e4i i • » nir l'influence de la religion, et dès lors à prévenir le progrès du vice. Dès lors, les allocations faites au culte sôntunf {^Iade*-<

ment qui donne à une société de très-gros intérêts- C'est ce que sentent tous les gouvernements qui ne veulent pas se suicider ; et quand un gouvernement oublie cette véiité élémentaire, le vice. monte, déborde, et emporte renversés et broyés les pauvres hommes d'Etat qui n'ont pas compris que plus une société est loin de l'esclavage, plus elle doit, pour subsister^ se tenir près de Dieu.

Trop faible pour contenir seule le torrent des passions mauvaises, la société civile doit, elle aussi, dans la mesure de ses ressources, s'opposer aux triomphes scandaleux du vice. Nonseulement elle ne peut jamais, sous prétexte de plaisirs publics, aider le vice à tendre ses filets : jamais, sous prétexte d'encouragement aux beaux-arts, favoriser les débauches malsaines d'un art corrompu et corrupteur ; mais elle doit, dans les limites de ses attributions, user sagement et prudemment de sa force, de son crédit, pohr obstruer d'épines les chemins du vice. A la vertu, le respect et les distinctions ; au vice, le mépris. A la vertu, toutes les facilités possibles de se déployer; au vice, la tolérance clairement justifiée par des nécessités supérieures, par la crainte légitime d'arracher le bon grain en enlevant l'ivraie, rien de plus. La Uberté sociale du bien et la liberté sociale du mal ne sont pas deux sœurs, mais deux ennetnies. L'une, par un chemin glorieux, mène l'homme à toute félicité ; l'autre, avec tous les crimes, enfante tous les maux ; la société ne peut les considérer du même œil et les favoriser également. Une société sceptique et par conséquent pourrie peut traiter ces deux expansions extérieures du libre arbitre, si différentes en leurs eflfets, avec la même insouciance. Encore ya-t-il des limites, et l'indignité personnelle, à un certain degré, exclut des fonctions publiques bien des gens qui, n'ayant violé directement aucun droit, échappent aux pénalités du Code. Toutefois, il reste certain que lo moyeii principal de prévenir le vice est de travailler au règne de la vertu. Toute mesure qui favorise Taccrassement du sentiment chrétien, favorisant le développement de la vertu, est donc uuo

mesure préventive contre le vice, contre la misère, fille du vice, contre raflfaiblissement de la richesse sociale.

Les économistes ont un moyen fort aisé de doubler en peu d'années le capital du pays: qu'ils s'unissent, pour obtenir, par une action énergique sur l'opinion, que l'éducation donnée à la jeunesse catholique soit partout solidement catholique. Pour se décider, qu'ils additionnent dès maintenant les millions qu'a dévorés l'éducation garibaldienne par delà les monts... Que, dès maintenant, ils comparent, au double point de vue du travail et de l'épargne, les ouvriers que la foi guide et ceux dont la fin est de jouir... Ils comprendront alors la valeur économique de ces prêtres que plusieurs rangent insolemment ou niaisement au nombre des bouches inutiles.

Devant l'indigence, qui peut atteindre même les plus honnêtes gens, l'homme doit s'armer de la première des vertus économiques, la prévoyance.

La prévoyance sociale premièremmit incline les possesseurs de la propriété, les détenteurs du capital, à multiplier de préférence les valeurs indispensables ou au moins utiles, afin que l'abondance et le bon marché des objets les rendent. plus accessibles aux pauvres eux-mêmes ; secondement garantit la liberté individuelle et multiplie les communications, les débouchés, de manière à ce que les pauvres puissent plus facilement se procurer du travail, et troisièmement évite ou atténue ces déplorables crises politiques qui, en troublant violemment l'industrie, précipitent dans la misère les populations que l'industrie nourrit. Des mœurs simples et une vie occupée, la liberté, sans autres restrictions que celles qu'exige véritablement le bien commun, un gouvernement juste, ferme et conciliant, voilà ce que l'Économie demande à l'État et à ses fonctionnaires, comme garanties sociales contre la misère.

Le reste regarde les individus.

Ceux-ci, en présence des éventualités d'un fâcheux avenir, doivent recourir à l'épargne. Le produit ^argné ou te capital peut être simplement réservé^ ou employé àmidtlplîerla prot;

duction. Dans cette seconde hy^othëse^ il garde toujours Jes avantages de la première, puisque l'échange, au jour du besoin, ramènera dans mes mains la valeur que j'ai mise en circulation, et Y Y ramènera grossie des profits que par elle j'aurai obtenus.

L'homme épargne pour jouir plus tard, mais jouir davan-* tage ; il se prive du fruit immédiat de son travail, pour retroiH ver en d'autres temps, aux joui's de la maladie, de la crise, de la vieillesse» la valeur épargnée, qui lui rendra aloi*s des ser* vices bien pins importants.

Ce calcul est dicté par une sage prudence, et par conséquent approuvé par la religion^ Le souvenii* du passé est donné à l'homme pour qu'il sache se prémunir contre les chances de l'avenir. Que la Providence défende au chrétien des inquiétudes exagérées et dès lors injurieuses pour la bonté divine, on le conçoit, mais la parole sainte elle-même renvoie le ))aresseux et l'insouciant à la fourmi qui, durant les jours de Tété, amosso des provisions pour la saison de la froidure^ . Est-il licite de s'exposer, sans: un motif d'ordre supérieur^ à la maladie^ à la mort ? Nouiassurément. Mais la misère u'eslielle pas ,i avec . le feortége de privations qui Y accompagnentl une 80uroe*d'mfirmitéSf qui parfois sont une cause de mort? Non-seulement il est permis, mais il est obli^toire, et grave? nient obligatoire^vd^éiûterpouinsoi et pour la famille diMit an a la .G^arg6i> les coups de la iinisèrew • • < i > • . i

•I L'épargne. îiidî)^du0lle> est ileofempftrtk'pbs élésnentaiire coatreiliinvasion deil'isidigeiifre* léserait, de la part du ficha, aki& grossî^nedérision quelde $6 déftoberau devoiidel'auoiôiie^ s6us>piéte(xtie de itiieux aviser aux léa^entualités de l'aveiûri; ySvangîle 'lui di^aiit v^h'Hœc ûporinii façere et illa non omit^ éere. )i(]Vlatth.xxiM, 23.) Fuites la. parti de la pi^voyance< et n'opfaliez. pas celle de la charité. • ••; , Quant au pauvre, menacé non d'une diminution do biiçivêtre et de luxe, mais de la misère, il lui faut recommander, avec une insistance presque égale, un soin convenable de sa

famille et V épargne. Sauf fanpcssibilité, le pauvre doit, même au prix de pénibles sacrifices, aviser à €tvoir quelque chose devant soi. S'il n'a rien, la première maladie, le premiei' chômage, le premier renvoi d'un atelier' t)u d'une place 'Von«t -le mettre aux prises avec les poignantes douleurs et les tenîbles tentations de la détresse. De là, pour l'homme, au vagaibéndage, pour la femme, au déshonneur, pour l'un et l'autre au vol, le pas est si glissant ! Avoir quelque ciiose devant sot^ c'est la liberté, la dignité, la sécurité- Proudhon raiUe agréablement le travailleur prudent qui se réduit aai Strict nécessaire pour mettre une petite sonime h la caisse d'épai^ile ; cette raillerie fait mal. Faiidia-t-il donc que le Franpiws civilisé, le chrétien, se modèle sur le sauvage qui, après une chassé heureuse, se gorge de nourriture, et, ri' ayant rien résen^,> meurt d'inanition queiqueëjèurô après? ' •'

(( Un homme, dit l'Evangile, avait un champ qiii lui domia une moisson abondaipte* Réfléchissant àpart isoi, il se disaiit'l Que ferai-je ? je n'ai pas où l()ger: mon blé- Voici ce ^e jfe ferai : je jetterai babines gueniers, et j'en bâtiitai de'^lu6sj)adeax,'Où je ramàéseraif toute- ma^oisson, tous iheéibiert s. Puis; je dirai à mon lame o ^mdn jânie, tu as devant toi dea rèb^ sources pour un grand aserafared'aaapéesviTeposeitoifimange^ bols,! fciis bonne cJière '(4)1 »''"•■' .-)!" ■'• - • ■ i-.'i.fM.r..- ,../ ' Lé'Màîtrtt divin appelle cet homtfi^wi /b?i:.'ilais:pbiir<ttto4? Il faut l'expliquer aux commentatemrri sacrilèges^ c[ui'^^e<]^laiîi sent) I à* traiter kb fta^ésse((BQprôm& coitinié' iHérode^li^ilr^tà le veiïdi^edî ^intu E^^<?e; >(pie lice* ;nt>pini^ (est^tsîmiUentittnl pré^yant?iLe padriarohé Joéeph;)i>lnî|>ausmi;t )l*efD]|ifie<^ bié d'ifmraerlses greniers; lel 4'»ÉcmuT&&iift son* éloge. ' L^bdnmpei <de là, parabole èvangéliqu^ u'>éSi<^^ ^séAdeme1M). pbévdyatarmM^ égoVsOe^'nrnisiavàreL) Rieq pdiK^]iDibu,^iieiBip£>uritlei/pauv*reÀ chargés de recevoir la part de.fiieuii t<iètella>itooi8sopi^|èéqu*& hi^'dél'iiière gérbev Ji*a vemjl^diardes' ivssteBi gremersi de ce^vithe.

et dans la bénédiction accordée par le Ciel à son champ, il ne verra que le moyen de se soustraire désormais à la loi du travail et d'engraisser son (Hsiveté. La simple raison ne criet^Ue pas que cet être oublieux de Dieu et de ses frères est un misérable ; ne se sent-elle pas soulagée, quand le Fils de Dieu lui dit : « Fou! cette nuit même on va te redemander ton âme ; et alors à qui appartiendront tous ces biens entassés? — Ainsi est-il de quiconque thésaurise, mais n'est pas riche devant Dieu, » riche des trésors stables et immortels de la vertu.

Que rÉvangile n insiste pas explicitement sur laprévoyance et l'épargne, la cause en est facile à saisir. Outre que l'Évangile n'est qu'un récit fort sommaire de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le but du divin Fondateur du Christianisme était de renouveler directement la \*ie spirituelle du genre humain, et seulement par voie de conséquence sa vie matérielle. Entrez dans un ménage sohdement chrétien, pauvre ou riche, il n'importe; vous y admirerez l'ordre, la propreté, une certaine dignité de tenue, jointe à une politesse simple et de bon aloi. Tout cela est une efflorescence du sentiment chrétien, tout cela distingue les populations dont l'éducation a été chrétienne; et pourtant rien de tout cela n'est directement prêché dans l'Evangile. Le Sauveur n'y fait aucune allusion aux caisses d'épargne, mais il fonde une moralité qui amènera l'épanouissement des institutions de prévoyance, aussitôt cpie les i-essources populaires le permettront ; il enseigne l'abnégation, il fonde la charité, le plus puissant de tous les mobiles de l'épargne prévoyante, la charité qui, suavement et sans contrainte, décidera tant de chrétiens à économiser pour garantir, contre les accidents futurs, les objets de leur affection.

Il est né^unoins dans nos saintes Lettres un principe catégoriquement posé, principe dont l'application, dans l'ordre économique, est l'honneur et doit ôtre le salut de notre époque ; c'est le principe de la mutualité. « Enh^ aidez-vous

à porter vos fardeaux^ dît l'apôtre saint Paul, et ainsi, votis accomplirez la loi du Chist (1). »

Dans tous les siècles chrétiens, ce précepte a été pmtiqué, mais il était réservé an nôtre de le combiner ingénieusement avec celui de la prévoyance personnelle, de faç5on à protéger efficacement contre les atteintes de la misère, d'abord des groupes nombreux de familles laJoorieuses, et dans un prochain avenir, si le peuple veut redevenir religieux, la classe laborieuse tout entière.

Je n'ai pas à décrire ici l'organisation des sociétés de secours mutuels. Sous le rapport financier, elles se modèlent sur les assurances mutuelles ordinaires. La statistique, en main, on calcule qu'avec une cotisation dotant par sociétaire, on peut allouer tant au sociétaire malade, blessé, infirme, décrépit. Au besoin, un bureau pourrait gérer cette forme d'assurance mutuelle sans qu'aucune relation personnelle unît les sociétaires. Mais, heureusement, dans notre France catholique, un très-petit noffii)re de sociétés de secours mutuels s'engage sur cette triste pente. Généi^aiement, dans ces associations fraternelles, on ne s'inquiète pas uniquement de parer aux accidents qui menacent la ûiEiijUe ouvrière ; il y est aussi et surtout question, grâce à Dieu, de bienveillance, de dévouement, S assistance mutuelle (2). L'ouvrier qui a l'esprit de l'association ne se propose pas seulement d'échapper, le cas échéant, aux étreintes du besoin, mais de secourir ses frères dans le malheur. Si Dieu me conserve toujours une santé robuste, se dit-il à lui-même, si j'ai toujours le bonheur de réussir passablement dans mes affaires^ alors je puis aider et de grand cœur j'aiderai ceux de mes semblables, de mes concitoyens, de mes frères en Jésus-Christ, que la maladie éprouvera. Ma charité ne peut être taxée de témérité, puisque, si moi-même je tombe taalade,- si je ne. puis nourrir ma fa-

(1) Alter alten'us onera portate, et sic adimplebitis legem Cbristil (Oal., VI, *i.)

(2) Assister, se tenir auprès de son frère souffrant.

mille» comme j'aurai secouru ceux. qui souffraient, roii me secourra à mon tour.

Là est la force et l'avenir de nos sociétés de secours mutuels. Gardez-vous de les réduire à une froide combinaison d'habile prévoyance. Ellessont cela, sans doute, mais plus que cela. (i*est le cœur plus que le calcul qui doit y faire entrer le travailleur. Adressez-vous à ses instincts les plus élevés et les plus généreux, expliquez-lui quen s* agrégeant à la société de mutualité, il contribuera puissamment à amener, pour la classe laborieuse tout entière, une époque de soulagement, de bien-être, de sécurité; dites-lui qu'il fera un grand acte de fraternité, et ne craignez qu'm)e chose, c'est de ne pas compter assez sur ce ti'ésor de dévouement qu'il porte en lui, et dont trop souvent les utopistes ont abusé contre lui ! Dans une société mutuelle, la bonne affaire est réelle, et le sociétaire doit en être instruit ; mais parlez-lui d'abord de la bonne action !

La vraie société de secours mutuels, celle que l'esprit de fi*aternité anime, celle qui a pour elle l'avenir, est donc fille du Christianisme, avant lequel la fraternité n'existait nulle part, en dehors duquel la fraternité redevient rare et fragile. Donc, le sentiment chrétien en doit être le ciment. Qu'on ne réclame pas un billet de confesBÎon de ceux qui y entrent, je le conçois et je l'approuve ; mais que ces associations puissent porter tous leurs fruits, moraliser, consoler, fortifier, rendre enfin meilleures et plus heureuses les agglomérations ouvrières, dans un milieu où l'irréligion régnerait avec insolence, où les hommes fidèles à leurs devoirs de chrétien seraient insultés et tournés en dérision, où le nom adorable de Dieu, source de tout bien et de toute fraternité, serait à chaque minute blasphémé, je le nie. Toute réunion d'hommes amène une certaine fermentation des instinctsbas, égoïsme, violence, fourberie, jalousie, que le sentiment religieux peut seul calmer. Sous le rapport religieux, s'il existe une différence entre la corporation et la société de secours mutuels, elle consiste

en ce que là société de secours mutuels exige, pour prospérer, une plus grande abondance de cette sève divine qui s'appelle la charité. Le scruffle de l'Évangile doit vivifier la corporation; bien plus encore la société mutuelle.

Dans la corporation, en effet, on réalise des bénéfices; dans la société mutuelle, on fait des dépenses. En dépit des plus sages règlements, la répartition des allocations demeure toujours, dans certaines limites, soumise à l'appréciation des administrateurs et des médecins ; il y faut donc une assez forte dose de confiance et de bienveillance réciproque, un vif sentiment de généreuse charité.

La société de secours mutuels ne doit pas se recruter à l'aventure. Destinée à délivrer les nations chrétiennes du chancre des sociétés secrètes, elle n'exigera point des serments' mystérieux, des promesses d'obéissance ridicules et criminelles. Elle reçoit des hommes libres et leur laisse la liberté. Mais elle doit repousser les hommes notoirement vicieux, et au besoin les expulser. Les raisons en sont nombreuses ^t évidentes. D'abord, l'homme videtix codrt par sa faute au gouffre de la misère ; est-il juisté qê' on Impose à l'association le lourd fardeau d'une assistance qutvgfertintie par avance au paresseux, an libertin, deviendrait' urtè sOMe d'encouragement h la débauche? D'autre part, lasocWté »mtit«eHe forme «ntre ses membres les lienrtf une attitré- «f^éciate : *or, l'amitié suppose une^sertaîne ressemblance c(^^nft^ëtiW;f honnête homme peut venir-atfMdeà l'homme vteîêffity^ai&^'ilf ne peûfr pas en fiiire

Appartenir à une société de «ecWfrs^nmtwlsddît être considéré comme un honneur ; Poufrier laborieux ne peut ï>ag allei' s'y asseoir à côté de Téavpîéf'fcrApùleti». Trop d'indôïgence daii» les admissicms cotnp9omettrait la dignité, le pro^ grès, rinflnencemoraBBaft4èbet Juisqu'lt-rexistènce des socîé» tés de secours mutuels.* »*•««: •

Du moment où la vertu des iwctétaîrés est une conditiôft vitale pour ces sociétés, qtâ ne voit combieii la reKgidti^ bette

grande école populaire de vertu, les peut appuyer et propager? Au reste, elle a fait ses preuves, et les sociétés de secours mutuels où son action est plus considérable, et notamment les sociétés de Saint-François-Xavier, ont toujours été spécialement florissantes.

« 11 existe, en dehors de la sphère religieuse, des sociétés de secours mutuels, antérieures à celles-là. Elles ont de bons résultats, parce que toute association honnête est utile. Mais on y discute froidement les conditions d'âge, de profession, de santé. C'est le calcul de l'intérêt ; la charité vivifiante n'y pénètre pas. Aussi sont-elles restreintes et obscures.

« Les sociétés étabhes sous les auspices de la religion et qui tiennent leurs séances dans l'église de la paroisse, tirent de là deux avantages ; le premier, celui de la publicité, qui leur attire l'intérêt des classes riches et aisées et leur procure des membres honoraires ; le second, celui de l'instruction et de l'édification ; de sorte qu'avec le pain du corps, elles ont le pain deJ'âme, la lumière de la vérité, l'excitation au devoir et à l'ordre.

« Ayant eu la bonne fortuiie de fonder, il y a vingt-cinq ans, une de ces premières sociétés dans le faubourg Saint-Mai'ceau, et de diriger ses séances dans l'église Saint-Médard , nous avons pu constater que souvent la nourriture de l'âme, que venait y puiser l'ouvrier, était aussi profitable à sa famille que son travail. Que ces sociétés se gardent donc de déserter l'église de la paroisse ; la langueur et la dissolution les suivraient bientôt hors la maison de Dieu (1). n

L'âme de Tourner est, selon le mot de Tertullien, naturellement chrétienne; il aime ces fêtes religieuses qui lui parlent de sa céleste grandeur, de ses espérances immortelles, de son Dieu ouvrier et élevé dans la maison de l'ouvrier, et malgré tous les eflbits d'une presse qui vomit sans relâche la calomnie contre la religion, il sent toujours que la religion est sa

(i) L*abbé Sénac, Christianisme et Civilisation, t I*', partie II, c. i?.

mère; il méprise les fêtes trop terrestres où la prière commune n'intervenant pas; où la parole du prêtre ne retentissant pas, tout s'accomplit dans les joies grossières du festin et du bal. Sa conscience s'indigne et lui crie que les organisateurs de la fraternité du verre l'ont traité non en homme, mais en brute.

Nous effrayerons-nous outre mesure de l'apparition des Solidaires, cette hideuse association d'assistance mutuelle contre le repentir, contre le cri de la conscience, contre la grâce de Dieu? Non! c'est là plus encore un symptôme qu'un péril. Quel avertissement éloquent aux amis de la classe laborieuse et à tous, relativement au danger qu'on court à transformer les dernières prières en derniers honneurs! Dans la sépulture religieuse, la prière est l'essentiel, les honneurs sont l'accessoire. Les honneurs eux-mêmes sont une pure momerie, si l'on ne croit pas à l'immortalité de l'âme et à la justice de Dieu. Les Solidaires suivent, ou plutôt croient suivre, dans un beau corbillard bien peint et bien orné, non pas un corps destiné à une résurrection glorieuse, mais un peu de matière infecte, jadis animée par une âme évanouie. Autant vaudrait honorer la poussière du chemin.

Les SoUdaires n'iront pas loin.

Toute association qui repose sur la négation de Dieu décourage la vertu et déchaîne le vice ; son développement tuerait la société j mais elle n'est pas viable. La franc-maçonnerie, qui jadis se couvrait d'un badigeon religieux, se démasque peu à peu; c'est à peine si récemment elle a pu, à la majorité de quelques voix, maintenir jusqu'à nouvel ordre, Y Architecte de r Univers en tête de ses règlements. C'était une mesure conservatrice, mais insuffisante. Encore un pas, elle sera pleinement athée, et ce jour-là, elle sera pleinement avilie.

L'ouvrier est foncièrement religieux ; des écrivains trop habiles ne l'ont détourné de la pratique chrétienne qu'en dépeignant à ses yeux le Catholicisme sous des couleurs mensongères. Demandez à maint travailleur qu'est-ce que le Ca-

tholicisme? 11 vous répondra : « Cest F ancien régime!» Et l'ancien régime a précisément renouvelé, sous des formes adoucies, l'oppression césarienne du Catholicisme. — Il vous répondra : « C'est une religion inventée par les grands pour tyranniser le peuple ! n Et tout au contraire, c'est une religion qui a commencé par relever les petits pour subjuguer les grands ; c'est une religion qui a, par de longs efforts, créé la classe populaire. — 11 vous répondra : « C'est une religion d'argent ! » Et précisément, cette religion , fondée par des pauvres, a fait, et fait tous les jours des pauvres volontaires; cette religion trouve des ministres et des apôtres, même dans les pays où les prêtres n'ont aucune rétribution à attendre ; cette religion fait tomber des sommes incalculables des coffres des riches fidèles à sa loi dans les mains des pauvres, sans excepter les pauvres blasphémateurs qui la méconnaissent.

Les sociétés de secours mutuels, mettant en contact avec le prêtre les ouvriers les plus intelligents et les plus raisonnables, semblent destinées, pour le bien commun de la religion et des ouvriers, à faire cesser ces malentendus funestes.

Aussi ne peut-on trop recommander au prêtre de témoigner aux sociétés'de secours mutuels la bienveillance la plus paternelle, et aux membres de ces sociétés d'évitei* avec soin ce qui contristerait le prêtre, et surtout ce qui l'obligerait à leur retirer son concours.

Instrument providentiel de réconciliation entre les classes laborieuses avec l'Église, les sociétés chrétiennes de secours mutuels doivent également, par la bienveillante action des membres honoraires, rapprocher les ou\Tiers de leurs patrons et des riches en général. L'exclusion des membres honoraires, je l'ai dit, est parfois réclamée au nom d'une brutale égalité. Mais l'égalité qui fait obstacle à la fraternité est un fléau. Que la société n'admette pas ses membres honoraires à s'emparer, sous prétexte de souscriptions accordées, de la gestion, - du gouvernement, je le conçois et je l'approuve ; mais cette réserve faite, pourquoi les membres honoraires seraient-ils

écartés? Dans l'association, deux avantages sont acquis à l'ouvrier ; il assiste ses camarades ; il acquiert un droit à être assisté à son tour. Le riche, le patron, ne jouiront sans doute que du premier de ces avantages. C'est pour, cela, dit-on, quils doivent être exclus; leur souscription devient une aumône. — Aumône, soit ! Qu'est-ce donc que l'aumône? Un don fait à un homme malheureux. Un ouvrier est déshonoré pour avoir reçu une gratification? La gratification, dépassant ce qui est dû comme salaire, n'est-elle pas un don? Ce qu'il accepte bien portant, pourquoi le refuserait-il étant malade? Étrange logique! On se plaint de l'insensibilité des riches qui n'assistent pas leurs frères dans le besoin, et on leur défend l'honnête jouissance de contribuer au fonds, destiné précisément à cette assistance. A-t-on jamais regardé la dot de la rosière de Salency ou les prix Monthyon comme déshonorant ceux qui les reçoivent? Or, quelle différence peut-on signaler eu tre ces gratifications accordées à la vertu d'une jeune fille pauvre et d'hommes dévoués à leurs semblables, et ces souscriptions destinées à procurer à l'honnête ouvrier malade ou dans la gêne un soulagement plus complet et plus efficace? Aucune, ce me semble.

Aumône, c'est-à-dire acte de charité compatissante, dit la langue chrétienne; assistance, dit la langue delà légalité. Peu importe le mot ; quant à la chose, c'est-à-dire au secours, il ne peut humilier que celui qui se trouve, par sa faute, réduit à le recevoir.

Rappelons un fait. Dans la dernière crise de l'industrie cotonnière, — comme dans d'autres calamités analogues, — des milliers d'ouvriers se sont vus dans la détresse. Ils ont été assistés par leurs camarades dçs autres corps d'état, ils ont été assistés par la France entière ; ont-ils refusé et devaientils refuser ces actes de charité fraternelle de la part de tous les riches à qui ils ne devaient jamais avoir l'occasion de rendre la pareille?

Non-seulement la présence des membres honoraires n'a rien

qui blesse la vraie dignité des sociétaires ouvriers, mais elle apporte encore à l'œuvre des éléments précieux que la classe laborieuse ne peut trouver en elle-même. L'ouvrier peut être instruit, c'est-à-dire, comme je l'ai expliqué plus haut, muni de connaissances plus ou moins étendues; il ne peut être savant. La science, ou la connaissance approfondie, vaste, complète, ne s'improvise pas dans quelques leçons du soir; elle exige de longues études. C'est donc seulement chez ses amis de la classe vouée aux occupations intellectuelles que la classe laborieuse trouvera la science, soil théorique, soit pratique, qui doit l'éclairer, la réjouir, l'encourager. Est-ce que, par exemple, le médecin de la société ne doit pas être un homme non-seulement habile à guérir, mais dévoué? Que de bons conseils il peut donner! Que de familles divisées il peut réconcilier! Pénétrant souvent là où le prêtre n'est pas appelé et ne ser;ùt pas môme peut-être accueilli, seul alois il peut parler à son client le langage de la sagesse, du devoir, de la vertu. Parlerai-je des opérations financières de ces sociétés et de chacun de leurs membres? L'ouvrier ne place que de petites sommes, mais ces faibles capitaux sont pour lui une valeur inestimable; et trop souvent, hélas ! des placements imprudents les entament ou les dévorent. Mettons l'ouvrier honnête en relation d'affretueuse confiance avec des hommes d'affaires, banquiers, notîûres, avocats, grands industriels expérimentés et délicats; un avis, un renseignement, un mot le prémuniront contre tant d'opérations hasardeuses, funestes, que recommandent à grand fracas les financiers h tant la ligné et les prospectus de tous les formats.

Il ne serait donc pas bon, ou plutôt il serait très-mauvais que les mutualités, par un sentiment de fierté mal entendue, tendissent à isoler la classe laborieuse des autres classes de la société. S'isoler des gens qu'on coudoie tous les joui's, avec melson a des relations de tout genre, c'est, en réalité,r la guerre ; c'est pousser les classes aisées fi se

concentrer à leur tour en elles-mêmes et à s'occuper uniquement, elles aussi, de leurs intérêts particuliers; c'est substituer dans le corps social la méfiance et une froide et blessante réserve à l'affection qui doit unir tous les citoyens (1).

Ici encore, l'action du Catholicisme sera souveraine. Dans ses temples, il réunit toutes les classes (2) ; par ses prescriptions, il les rapproche, obligeant les supérieurs à aimer les inférieurs et réciproquement. Car ce n'est pas aimer que de prétendre n'aimer qu'à distance. Les faits parlent. Dans la famille patriarcale ou foncièrement religieuse, le salarié est traité, non avec hauteur, mais avec bonté ; à son tour, il agit avec une certaine familiarité qui n'exclut pas le respect, mais plutôt le combine avec l'affection. De part et d'autre, on s'estime dans une relation analogue à celle du soldat et de l'officier durant une campagne. Le Chef suprême a assigné à celui-ci le devoir du commandement, à celui-là le devoir de la soumission ; mais on aspire au même triomphe, on forme les mêmes vœux, et dans l'occasion, le soldat se dévouera pour l'officier et l'officier pom* le soldat. Aux clartés de la foi, le patron chrétien et l'ouvrier chrétien comprennent que la grande affaire pour tous deux, c'est l'accomplissement du devoir, que l'essentiel n'est pas d'occuper un poste de préférence à un autre poste, mais de combattre le bon combat. La communauté du but, l'estime réciproque et par-dessus tout la charité, font disparaître les susceptibilités outrageuses, obstacle minime en apparence, pratiquement énorme, au jeu et au développement des sociétés

(1) Voir la note U.

(2) Oo ne peut alléguer contre cette affirmation d'insignifiantes exceptions. —Si quelques personnes riches ont, dans nos temples, des places plus commodes, toutes les places se valent en principe, et l'on a vu, en Amérique, le Catholicisme opérer l'œuvre prodigieuse en ce pajrs-là, de grouper autour de son autel les noirs avec les blancs. C'est que le Catholicisme prêche et persuade la pratique de in charité luiiverselle.

(le fifxomfi mutuels : secours mutuel non seulement matérid, mais intellectuel et moral, car ce âerait bien peu que de soulager le corps, si ou laissait dans la détresse la plus noble pr;rtion de l'homme, qui est son âme créée à l'image de INen. Non in soio pane vivil homo.

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