‹ Le problème économique et la doctrine catholiqueChapitre 43 sur 47 · CHAPITRE V BRANCHES DÉTACUtES DU CATUOUCISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE V BRANCHES DÉTACUtES DU CATUOUCISME

Jusqu'à nos jours le mot Christianisme avait un sens net. Il signifiait pour tout le monde l'œuvre de Jésus-Christ. Maintenant des hommes, dont les croyances et les pratiques religieuses sont séparées par des abîmes, se proclament à l'envi disciples de l'Évangile, Chrétiem! Les ministres réformés qui nient la divinité du fils de Marie se disent toujours chrétiens

et toachent leurs appointements en cette qualité. Pressée un peu un athée ; voue lui feret dire que» ^ns un sens transcendant et avec une nuânoedéliente, il est chrétien I Kn réalité, la plupart dé nos contempomns participent à quelque degré aux bienfaits du ChrûrtianisBie. Tout ce qu'il y a de bon, dans la société et dsm les âioes, est d'origine chrétienne. C'est le (christianisme qui a &ii rkomnie des temps modernes si supérieur, malgré ses misères, à l'homme de la décadence païenne. Mais autant «ont nombreux les hommes quelque peu chrétiens, autant sont rares les hommes totalement chrétiens. Les vérités évangéliques ont été diimmées par les enfants des hommes. Parmi ceux qui n'ont pas su suivre l'Évangile jusqu'au bout , les uns ont simplement cédé à leui-s penchants, ce sont les pécheurs ; les autres ont aggravé leur rébellion en déchirant la loi qu'ils ne voulaient pas accomplir, ce sont les schismatiques et les hérétiques. Tous ont procédé de la même manière ; par voie de suppression. Ils ont ôté quelque chose à la plénitude de la société religieuse fondée par Jésus-Christ. (iCux-ci ont ôté un dogme, ceux-là une prescription morale; tous pourtant ont gardé quelque débris de la doctrine divine. Il suit de là que , dans toutes les sectes détachées du (christianisme intégral' ou du Catholicisme, l'on rencontre des dogmes vrais, des maximes salutaires, des pratiques utiles; mais cela n'est pas leur bien propre, et les résultats sociaux et économiques qui découlent de ces dogmes, de ces maximes, de ces praticpies ne peuvent aucunement être attribués à ces sectes. Leurs créances particulières, leurs institutions spéciales, voilà la matière réelle de teiir ^orification ou de leur condamnation. Certainement la foi à un Dieu unique et créateur donne aux musulman», «in ps'dtestants, aux adeptes de la religi<m naturelle rine sapérkrhé^réeUe sur le^.idolàle^»» mais ni Mahomet, ni Luther» ni:*Rous9€«tt ne peuvent se glorifier d'avoir donné ou seulsiBeiitr'ifnduia^tte croyance Ji l'humanité. C'est ime il*oy«Me du CbiisliaUisiBe iiUjégrttl, une croyance catholique. it ■■ -r .

Nous avons donc à étudier les doctrines détachées du Catholicisme, au point de Mie des particularités qui les caractérisent. Pour ne pas prolonger outre mesure cet exam^i, je ne dirai rien des antiques sectes gnostiques, hostiles à la matière, et dès lors atout l'ordre économique; rien même de toutes les hérésies aujourd'hui disparues. Je m'arrêterai au mahométisme , au schisme grec , au protestantisme et au déisme.

Le (loran, qui a récemment trouvé en France un avocat hardi, est une œuvre éclectique. L'idolâtrie, le judaïsme (thahnudique) et le Catholicisme y sont mis à contribution. I-e fatalisme, l'antique créance païenne au destin, sert de base au monument. La conquête du monde habité et Tasservisseiçient des nations aux fils du prophète, ce rêve des Juifs dégénérés, est l'œuNre à laquelle doivent se vouer les croyants. De grossièi-es voluptés ici-bas et après la mort sont la récompense promise. Le fanatisme appuyé sur l'ignorance est le moyen.

Mahomet a réussi à établir sa religion. Les sectateurs de 'Islam couvrent une grande partie de TAfrique et de l'Asie. Quelles ont été les conséquences sociales et économiques de la domination du Coran? Avec l'abinitissement des individus, avec la stagnation de l'agriculture et de l'industrie, a reparu la misère fastueuse des temps païens. Posons au Coran les mêmes questions qu'au Thalmud ; interrogeons-le touchant le travail, la liberté, la justice et la charité.

Le disciple du prophète peut-il travailler? Il est fait pour la conquête et la jouissance. Aux giaours de travailler pour lui. Ils doivent être ses esclaves. Jusqu'en 1830, les musulmans d'Alger venaient s'approvisionner de travailleurs sur les rivages chrétiens. Comme le citoyen d'Athènes, au niveau duquel il ne monte pas, car l'Athénien était artiste, le musulman ne vit que pour combattre et jouir. Il a un harem, ou pis encore, en attendant le paradis où les croyants trouveront « des houris aux yeux noirs et de jeûnas garçons d'une beauté éternelle. » C'est bien l'état social antique. Partout où il a

pu imposer son joug à des populations chrétiennes, le mahométan demeure oisif, et il paralyse le travail de ses infortunés sujets, toujours exposés à se voir ravir le fruit de leurs sueurs.

Comment parler commerce international, association, comment nouer des relations d'affaires sérieuses et suivies avec des hommes dont la loi renferme des aphorismes comme les suivants :

H II faut partout combattre les infidèles et les détruire , afin que la vraie religion domine seule.

« Tous les sujets non musulmans doivent être soumis à une capitation indi>iduelle, substituée à la mort qu'ils ont méritée en rejetant les lumières de l'islamisme.

« Les prisonniers de guerre sont esclaves de droit.

« La puissance du maître sur ses esclaves est absolue.

« La Religion ordonne au musulman de faire quartier aux

frères révoltés, mais elle lui interdit de faire aucun quartier aux infidèles. »

Ainsi parlent, d'après le savant orientaliste M. Henri Matthieu, la loi dogmatique Nessefy et le code Malteka.

Écoutons le cathéchisme turc (Ilmi-Hall) enseigné aux enfants dans tout l'empire.

« L'aumône est un devoir envers les musulmans, maïs il n'est pas permis de faire de bien aux infidèles.

« Parmi les actes d'impiété et d'incrédulité, on doit ranger ceux par lesquels on paraît approuver la religion, les lois ou les mœurs des infidèles; l'acte des relations d'amitié avec un chrétien ou un juif, l'acte de leur donner la main. »

L'histoire des massacres de Syrie est d'hier. Ce n'est point un fait isolé. En 1855, lé Père Barbier, missionnaire à Dakar, signalait une prise d'armes d'un certain Oumar, envoyé de Dieu. Ce fanatique avait entrepris de piller et de massacrer pieusement tous les blancs du Sénégal. Il écrivait aux noirs de Bakel : « En pillant les comptoirs de Médine et de Makrane, « je n'ai pas violé ma promesse de respecter les biens des (( traitants. Ces mai-chandises appardenoent aux Européens ;

« je les conserve pour vous. Il est temps que vous deveniez « liches à votre tour, que ces blancs ne s'engraissent plus de « vos sueui^s, el qu'ils descendent au rafig assigne aux, chré- ^( tiens par notre sainte loi. )>

Tel est l'esprit du Coran. Comme le Thalmud, il .doit disparaître avant que se réalise Tuniverselle fratemité, prêchée dans r Évangile et si noblement pratiquée en tout lieu par les missionnaires et les religieuses catholiques, à Fégard de tous les hommes, les musulmans compris. Le penseur ne se laisse pas éblouir par ce qu'on a nommé avec trop d'emphase la civilisation arabe aux huitième et neuvième siècles. La philosophie arabe n'a été qu'une misérable sophistique, l'architecture arabe une imitation fantaisiste de l'architecture bvzantine; l'industrie moresque, un moment aiguisée parla soif de luxueuses jouissances et par les richesses du sol, secondée d'ailleurs pai' cinquante mille familles juives qui avaient suivi les conquérants en Espagne, ne fut qu'un météore. Ce résultat unique, en un point de l'espace et du temps, ne prouve pas plus en faveur du Coran -que la stagnation des aflfaires dans les Ltats catholiques au dixième siècle, à l'époque des invasions normandes, ne vaut contre l'Évangile. De nos jours, le Coran et l'Évangile ont d'innombrables sectateurs, l'expérience se fait sur une large échelle : de quel côté est la supériorité économique? En faisant de la volupté la fin de l'homme, en annihilant la famille par l'avilissement de la femme, en divisant le monde en mahométans destinés à l'empire et giaours voués à la servitude, le Coran, comme le Thalmud, devait arrêter l'essor de la civilisation ; il y a réussi. Là où (juelque vigueur agricole et industrielle, quelque activité commerciale se manifestent chez les musulmans, en Egypte par exemple, la fol au Coran est en baisse. Les Kabyles forment la population la plus laborieuse de l'Algérie; c'est une race chrétienne qui n'a reçu le Coran qu'avec répugnance, et chez laquelle les mœurs patriarcales contrebalancent la pernicieuse influence de la loi de Mahomet. Otez le Coran du

monde, vous n'ôterez pas une vertu, pas un mobile de progrès social et économique i vOus n'ôterez qu'un obstacle.

Moins éloigné de la pleine doctrine catholique que l'islamisme, le schisme grec est, par là même, moins anti-économique. Sous le rapport qui nons occupe, ce n'est qu'un catholicisme affadi ; il prêdhe les mêmes vertus sociales, mais avec moins de ngueur. Son cler|gé, asservi, avili, manque d'autorité et d'instruction, dès lors d'influence. Par suite, les populations demeurent très-acceâsibles aux avances du socialisme. Les sociétés secrètes les plus avancées se recinitent en Russie avec une effrayante rapidité ; elles s'organisent pour substituer à l'extrême despotisme l'extrême licence. Pour le prolétaire russe, apprendre à lire et passer au camp socialiste sont généralement une même chose. Je désire n'être pas prophète ; mais le mouvement qui s'opère dans ce grand corps, en apparence si compacte, poun'ait aboutir, avant peu d'années, à d'épouvantables calamités.

Rien n'est plus désirable que l'émancipation des masses laborieuses, mais le moment où elle s'accomplit est plein de danger. Il faut plus de vigueur morale pour user dignement et fructueusement de la liberté que pour supporter le servage. La pratique énergique des devoirs, laquelle suppose une conscience éclairée par de vives et pures lumières, est la vraie préparation à la jouissance des droits. Dans la famille bien réglée, c'est par cette voie que l'éducation conduit l'homme à sa virilité intellectuelle. D'abord il fait ce qu'il doit par crainte, par instinct, par imitation, par espoir d'une récompense imniédiate; puis il arrive à connaître la nature intime du de* voir, et alors il peut affronter les embûches que les passions dressent à sa liberté. Dans une société, il en doit être de même. Malheureusement, un petit noiAbre de ceux qui se mêlent de régenter leurs semblables ont expérimenté leur capacité, en faisant avec succès l'éducation d'un enfant. Nous ne sommes plus au temps où saint Paul, pour donner préséance et autorité, posait cette condition : Si filios educavit. Parmi

nous, Français, un trop grand nombre de travailleurs s'éloi- ' gnent de la Religion, leur meilleur appui, parce qu'on leur a irès-faussement persuadé qu'elle est un instrument de domination ; les preuves multipliées qu'elle donne de son indépendance ne les i-assurent pas entièrement ; \m seul acte d'obséquiosité excessive de la part d'un membre du clergé les effraye. Que feront les masses dans un pays ou réellement le chef de l'État tient, dans un intérêt politique, les rênes du gouvernement des consciences (i)? N'est-il pas présumable qu'elles chercheront un refuge contre cette usurpation dans l'irréligion absolue, dans l'athéisme pratique?

Ces masses, à demi barbares, mises en contact avec un développement matériel très-avancé et sollicitées par des meneurs prodigues de promesses, résisteront-elles à cet appât du pillage qui a séduit tant de hordes belliqueuses depuis l'origine des sociétés? Se résigneront-elles aux lenteure du travail paisible, aux sacrifices qui sont l'ordinaire condition des grandes entreprises à leur début? L'avenir nous l'apprendra. Si la Russie était catholique, je serais plus rassuré sur ses destinées sociales et économiques. Rien n*est effrayant comme la marche d'un grand peuple chez lequel l'instruction scientifique et le développement matériel progressent plus rapidement que l'instruction religieuse et la vertu!

Hâtons-nous de parler du protestantisme, pendant qu'il en subsiste encore quelques restes. Ses variations touchent à leur terme. Chacun sait qu'un livre, dirigé contre la foi catholique, est tombé comme une bombe au milieu des protestants et a provoqué une scission qui a porté un coup mortel à l'édifice

(1) Kst-il besoin de rappeler ici qu'il n'existe aucune ressemblance entre le double pouvoir du Czar et le double pouvoir du Souverain Pontifo, Le Pape est premièrement souverain spirituel, et, en cette qualité, olligé plus strictement à observer, dans l'exercice de son pouvoir politique, les principes de justice et de charité qui forment res:5ouco do la Religion. Le Czar, liomme politique avant tout, directeur d'iui culte qui peut varier, puisque déjà il a varié, est fort exposé à utills^or la Religion au profit de ses visées politiques.

vermoulu de la Réforme. Quand de^ docteurs de la loi, des ministres , des professeurs universitaires nient hautement jusqu à la divinité de Jésus-Christ, jusqu à l'existence peisonuelle de Dieu ; quand ils prennent place dans les loges ma-, çonniques sans étonner leurs ouailles, la position des protestants orthodoxes n est plus tenable. L'impitoyable logique de leurs adversaires les obhge à se décider. Oa l'autorité, c'està-dire le Catholicisme ; ou la libre-pensée, c'est-à-dire l'individualisme et la dissolution* -des communautés religieuses réformées. Le protestantisme n'est plus qu'un échafaudage vide, soutenu par la raison d'État ou pai* l'habitude. Ses dogmes ont disparu les uns après les autres: il ne reste d'eux que celui de la souveraineté de l'inspiration particulière, par lequel ils donnent la main aux sectateuis de la religion naturelle €t viennent se confondre avec eux.

Mais le protestantisme a eu une physionomie à lui, il a exercé dans la société une influence dont les traces subsistent. Cette influence est-elle favorable aux intéi'èts économiques de l'humanité ?

Beaucoup de gens se le persuadent. Us établissent entre les pays catholiques et protestants un parallèle qui les fascine.

Je cède ici la parole à un glorieux vétéran de la presse ca . tholique, dont les livres, malgré certaines inégalités de style,, renferment un trésor de pensées originales, vigoureuses, justes et profondes.

(( De [Objection que Pon ressasse depuis six mille ans et toujours avec succès.

« C'est l'objection qui séduisit Eve et qui se réduisait à ceci : votre soumission aveugle à la loi de Dieu fait de vous des enfants incapables de discemer le bien du mal; prenez de ce fruit et, acquérant du même coup la science et la libertét vous serez comme des dieux.

(( C'est l'objection qui perdit les enfants de Dieu^ quand, cédant aux attraits des filles des hommes^ ils se dirent ; a La

famille de Caïn excelle dans l'art d'exploiter la ten^e et d'élever les enfaiïts ; recherchons donc son alliance: »

u C'est l'objection du temps de David : « Les magasins des étrangers regorgent de richesses. Leurs bœufs sont chaînés de graisse. On ne voit chez eux ni murailles ébréchées, ni maisons en mine. Un oi-dre parfait règne dans leurs villes. Heureux le peuple qui jouit de ces biens (1) ! »

« C'est l'objection des demîei^s champions des dieux de l'Empire romain.... qui nous a valu les vingt-deux livres de la Citr de Dieu.

M Enfin, c'est l'objection dont nous assourdissent les adnairateurs de la prétendue émancipation religieuse du seizième siècle : « De cette époque, disent-ils, datent tous les progrès: le progrès scientifique et littéraire, le progrès politique, le progrès agricole, industriel, commercial,. Parcourez l'Europe et le Nouveau-Monde, comparez peuples à peuples, religion à religion, vous verrez partout les nations protestantes primer par l'activité industrielle, commerciale, et par l'intelligence de ce qui constitue le bien-être d'un peuple. Que trouvezvous, au contraire, dans les pays où le Catholicisme, routinier de sa nature, immobilise la pensée? Quelques richesses im- -|)ioductive8 dans les églises et dans les couvents, de la mé- ,(liocrit6 et beaucoup de somnolence dans les classes bourgeoises; au-dessous, le spîectacle delà misère, de la fainéantise, delà mendicité. L'amour de la liberté ne s'y manifeste que par des commotions révolutionnaires. Dans les populations mixtes, vous distinguerez les enfants de la Réforme des croyants de la vieille Église à la meilleure culture des terres, à l'élégance, à la propreté de leurs habitations et de leurs pei'sonnes, à plus de dignité dans leur maintien, à plus de sobriété et d'éloignement du vice grossier de l'ivrognerie, etc. »

u Voilà ce que disent les plus modérés, et ils en concluent

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