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CHAPITRE III LE TRAVAIL AU POINT DE VUE DE LA CHUTE

L'erreur naturaliste sur l'homme amène une double erreur sur le travail. La première est l'exagération de la valeur du travail. A entendre beaucoup de nos économistes, travail et progrès seraient deux expressions toujours synonymes. La grandeur réelle d'un homme se mesurerait sur son labeur, et la société qui jetterait le plus de produits sur le marché

serait, par là même, cligne du premier rang parmi les nations. Quand le travail est conforme à sa loi première, quand l'effort de la créatiu-e a pour fin la glorification du Créateur par le libre accomplissement de ses volontés toujours sages, toujours justes, toujours bienfaisantes, alors sa valeur est absolue; il est une bonne action, et la bonne action, quel qu'en soit le résultat extérieur, perfectionne l'âme immortelle, qui a fait acte de bonne volonté. Dans ces conditions, le travail produit infailliblement pour le travailleur une utilité d'ordre supérieur, puisque le bien faire ^ sous le gouvernement d'un Dieu infiniment équitable et généreux, emporte pour conséquence, non toujours immédiate, mais pleinement assurée, lebien-^fre.

Semblable au botaniste qui n'étudierait la plante que dans les évolutions de la graine, dans l'obscurité du sol, l'économiste positif ne regarde l'homme travailleur que durant la courte période de formation sur notre globe. Dès lors, tout ce qui se rapporte au bien-être passager de cette période de l'existence humaine acquiert, à ses yeux, une importance capitale. Le négociant qui se rend dans une ville pour y traiter d'une affaire sérieuse, prend un souci modéré des commodités du voyage ; mais le tomîste songe avant tout à voyager agréablement. Le véhicule, la table, l'appartement, sont pour celui-ci matière aux plus graves délibérations. Rencontre-t-il tout cela, il est satisfait; mais si la voiture est incommode, la table mauvaise, l'appartement mal meublé, quel chagrin! — Osons condamner les panégyriques hyperboliques du travail. Par lui-même, le travail ne suffit point à perfectionner l'homme, puisque, dans certaines conditions, il l'hébête, il l'abrutit, il le matérialise. Le travail modifie la nature, en bien ou en mal, selon la direction que la volonté lui donne; et réalisât-il les (ouvres les plus utiles, s'il est accompli dans un but criminel, comme moyen d'atteindre ensuite par l'échange une jouissance coupable, il devient criminel.

Ce n'est point assez d'être laborieux pour être saint, pour être juste, pour atteindre sa destinée d'homme. Si l'oisiveté

volontaire abaisse, le travail, pour élever le travailleur, doit émaner d'une volonté fidèle au Créateur. Car la créature, liée au Créateur par une dépendance naturelle, ne peut affecter l'indépendance, même dans l'exercice régulier de ses facultés, sans tomber dans une inexcusable rébellion. Le travail est l'œuvre habituelle de l'homme; quand le travail se fait indépendant delà loi divine, c'est un renversement total de l'ordre providentiel. On pourrait croire, de prime abord, que cette excessive importance donnée au travail, condamnable au point de vue moral, est du moins favorable à la prospérité matérielle de la société. Il n'en est rien, parce que la même erreur, qui glorifie le travail outre mesure, brise le plus puissant des motifs propres à encourager le travailleur : le raptif puisé dans la considération des conséquences de son labeur pour la vie future.

Mais l'erreur naturaliste ne s'arrête pas ici. A la négation souvent théorique et toujours pratique du droit de Dieu sur le travail humain, elle ajoute la négation d'un fait aussi considérable qu'universel, la déchéance de l'humanité travailleuse.

Habituée au dédain de cette grande. loi des sciences appliquées, qui réclame la prise en considération de tous les ùléments des instruments destinés à produire un résultat voulu, l'Économique positive, nous l'avons dit, n'a pas étudié avec une impartiale attention l'homme» principal instrument du travail. Elle le croit sain d'esprit et de corps; les exceptions qu'elle est contrainte de reconnaîjtre ne sont pour elle que des accidents, des effets passagers qui ne se rattachent à aucune cause générale et constante. Elle n'a pas vu le Mal moral, le Péché entrer en ce monde et y produire, en s'y multipliant, des perturbations endémiques dans tous les ordres, jusques et surtout dans l'ordre des relations entre l'homme et la nature matérielle. Comment ne s'égarerait-elle pas?

Avec la liberté, tout lui paraît possible, tout lui paraît fa- * cile. Qu'on supprime toutes les prohibitions légales, aussitôt

Ifs lra\aillrriirs agiront avec tant d'activité et d'ensemble que la terre redeviendra |)our eux un paradis.

Je parlerai plus loin de la liberté, (^'il suffise de dire ici que Hï le Mal moral n'avait pas élu domicile sur la terre, la t\rannie, Tune de ses formes, ne s'y verrait point en haut, en bas, dans Ir^ Ktats, dans les ateliers, dans les fam'dles, et la I/)i, avec s(;s prohibitions, ses menacx?s, ses pénalités, y serait également inconnue.

I.a liberté des hommes, tels qu'ils sont, est aussi impuissanti; à j)roduire, — seule , — le bien économique que le bien moral et le bien politique; car la société humaine n'est pas un simple champ de manœuvre, c'est un hôpital. Ce mot plaira j)eu, je le prévois. Mais à quoi sert de cacher le mot, si la <lios(î subsist(î? Il v a cruauté et non courtoisie à cacher leur situation à des malades qui, pour être guéris , doivent d'alwrd étie avertis. Je ne parle pas seulement avec le dogme ralholifiue, y* ])arle avec tous les observateurs attentifs. Hippocratcî, ce génie dont la perspicacité étonne encore nos contemi)orains, n*a-t-il pas écrit, fjuatre siècles avant l'Évangile, cet aphorisme fameux : L homme entier^ dès sa naissance^ nrst ijue malndiv (1) ?Et l'auteur de l'ouvrage d'économie le plus remarquable peut-être de notre temps, malgré quelques appréciations rehgieuses inexactes, M. Le Play, parle comme Ilippocrate.

(le n'est donc pas seulement l'imperfection qui est dans l'homme, mais la maladie, chose bien différente. L'imperfection dimimie pmgressivement avec la croissance ; la maladie lVap|)e \x t()ut(»s les épofjues, elle arrête le développement, elle fait rétrograder. Le piT)grès fatalement continu n'est ni une loi ni ménie un fait. Individus et nations, s abandonnant au Mal, voi(»nt l(»ur force diniinuer, leur pix)duction baisser, leur rit hesse s'évanouir.

La natuiv, elle aussi, est matadic. Jusque dans les régions

sidérales, rastronomie sérieuse et sincère découvre tout autre chose que cet « immuable concert » tant et si maladroitement vanté, même par des écrivains dévoués à la vérité. L'ordre triomphe sans doute dans les régions étoilées, mais non sans combat. Redescendons sur la teiTO, qui nous est mieux connue. Les maladies de notre globe et des êtres qui le couvrent, la langue populaire les nomme fléaux, et qui pourrait les énumérer? Un savant et brillant écrivain comparait Feau qui humecte et vivifie la terre au sang qui circule dans les veines de l'homme , les inondations et les sécheresses aux accumulations ou appauvrissements du sang, desquels résultent pour nos organes les plus fatales conséquences. A tous les fléaux météorologiques ajoutez les maladies épidémiques des êtres vivants de tout ordre, pestes, choléras, trichinoses, épizooties, oïdiums et tant d'autres misères dont le nombre va croissant, malgré les efforts de la science humiliée, et il faudra bien reconnaître que la nature, comme l'humanité, est sujette à de terribles infirmités. A force de recherches, on arrive parfois à trouver des remèdes à ces fléaux; mais la fièvre cesse-t-^Ue d'être une maladie, parce que la science médicale a découvert des moyens propres à la combattre? Je l'avoue volontiers : les incessantes découvertes du génie humain réalisent graHuellement le premier programme di\în, qui n'a pas été effacé, la domination delà nature par l'homme. Grâce à la division du travail, grâce aux progrès de la mécanique, avec un même effort huriiain l'on incorpore dans la matière une utilité chaque jour plus considérable. Partant de ce fait certain, ne pourrait-on pas entrevoir le moment où le travail, indéfiniment simplifié et réduit, ne serait plus qu'un divertissement ?

Non ; et en voici la raison. L'humanité compare et choisit; à chaque instant un bien-être moindre devient pour elle malaise, dès qu'elle commence à goûter un bien-être supérieur. Vainement son pain d'orge deviendra pain de froment et sa blouse habit de drap, ses désirs dépasseront tou-

jf)urs ses satisfactions; jamais elle ne dira au travail : <* Amètetoi! je suis satisfaite. Désormais je produirai moins, et je a;nsacrerai à ma culture spirituelle un temps plus considérable. > L'individu ne suspend son travail que sous la pression de la fatigu<% ou parce que l'épargne, le don ou la spoliation lui offrent une (compensation suffisante. Toujours en déficit, riiumanité ne pourra dérober et ne recevra pas une richesse suffisante pour abandonner son opiniâtre labeur. Tout ce qu'il (?st [)ermis d'espérer, c'est, dans une société plus religieuse et par suite moins âpre à la conquête de la jouissance, le soulagement des travailleurs et la suppression des fatigues extrêmes.

Au r(îst(;, la période de temps qui doit surtout fixer l'attention de l'économiste, c'cîst sans doutecelle que nous traversons. Or, combien le travail actuel est encore loin d'être un plaisir! J)e loin, c'est une glorieuse conquête sur la nature; dans les livres, nons lisons des descriptions féeriques de la rapidité, dfî la puissance, du fini de ses opérations. De près, et dans la |)()ussiêr(î de l'atelier, toute cette poésie devient prose fort sèche. Il s(î rcîiicontre des ouvriers qui s'affectionnent à leur besogiK!, (plus ils sont vertueux, plus le sentiment moral et rcligi(îu\ reléviî leur Ame, plus ce phénomène est fréquent) ; mais à coté de cette i)etite jihalange qui exécute avec plaisir un labeur modérément fatigant et modérément prolongé, que <l(î millions d'hommcis, de femmes, de vieillards et d'enfants gagiKMit leur vie dans des conditioifs où le travail devient une véritabUî souffrance! Kt cela, non par le fait de l'oppression, mais par le fait de nécessités auxcjuelles toute l' humanité du patron ne peut soustrain; ceux (juil emploie! Longues et monotones séances, division du travail poussée jusqu'à réduire rhomnui k répéter sans fin un acte unique, inexorables exigences d(^ machines ((iii veulent être servies avec une ponctualité inathémati(|iie, service de nuit dei)lus en plus général, atinosphùnî brûlante ou glaciale, enfumée ou viciée, séparation pres(iue continuelle des membres de la famille , exil

du pays natal, compagnons founiis par le hasard et dont souvent l'inévitable familiarité fatigue ou corrompt, incertitude de l'avenir produite par les fluctuations de la spéculation industrielle, longs chômages, nourriture peu saine, loyers exorbitants, menace incessante de la misère, ce sont là, de nos jours encore, les conditions dans lesquelles l'immense majorité des hommes gagne péniblement son pain.

Leur déclarer que c'est la faute de leurs ancêtres ou du destin, mais que plus tard, probablement quand ils seront morts, l'humanité, moyennant une organisation meilleure de la machine sociale, sera enfin fort heureuse, c'est leur apporter une bien légère consolation.

Le dogme chrétien parle un autre langage. La. peine qui se rencontre partout, mais plus spécialement dans le travail, est la réparation providentielle du mal, un châtiment médicinal, une pénitence.

Interrogeons toujours la Genèse. L'histoire divine nous a montré l'homme posé, radieux encore d'innocence, sur un sol riche et fécond, pour y demander à la nature, par un labeur facile, l'aUment d'une existence heureuse. Mais l'homme ingrat cueille sur l'arbre de l'épreuve une jouissance interdite. Pour jouir, il a foulé aux pieds la loi de son Auteur.* 11 mérite que toute jouissance lui soit enlevée. Cependant, comme Dieu ne frappe qu'en père, l'espérance de la vie éternelle est laissée au coupable; mais son travail, durant la vie présente, deviendra plus rude, la nature opposera à ses eflbrts d'âpres résistances; la malédiction divine, épargnant l'homme, a frappé la demeure à cause du crime de l'habitant. « Voici^ dit lé Seigneur à Adam , que la terre est^ maudite en ion œuvre : tu tireras d'elle toute ta nourriture ^ dans les labeurs ^ tous les jours de ta vie. Elle produira devant toi des ronces et des épines. Tu te nourriras de ses produits^ tu mangeras ton pain à la sueur de ton fronts jusqu'à ce que tu retournes à la terre ^ doit tu as été tiré. » Puis le Créateur, pour indiquer aux deux coupables comment l'industrie humaine devait désormais

combattre la souffrance née de Tintempérie des saisons et voiler une nudité devenue honteuse et périlleuse, leur fit des tuniques de peaux et les chassa de TÉden, envoyant T homme défricher le globe et se réhabiliter par ses sueurs unies au sang divin qui devait un jour laver et purifier l'univers (!)•

La condition de la race humaine s'est donc aggravée après la chute d'Adam. Il n'est pas inutile toutefois d'en faire la remarque ; l'Église catholique n'enseigne nulle part que l'état de déchéance dans lequel nous naissons renferme aucun mal positifs aucune comiption réelle de notre être ; car elle affirme au contraire que Dieu aurait pu créer, sans injustice, Adam lui-môme dans l'état où naissent ses descendants, (^et état pourtant est une ruine, si on le compare avec l'état splendide où des dons surabondants et absolument giatuits avaient placé le premier homme. Là où les maux physiques, les fatigues du travail, les insuccès du commerce, les crises industrielles, les famines atteignent une âme (jui n'a rien à expier, ils ne sont pour cette âme qu'une forme plus accentuée de l'épreuve, conduisant à une plus magnifique récompense.

(^ette âme , où est-elle? A la commune déchéance de l'état surnaturel , chacun de nous ajoute le poids de ses fautes personnelles qui appellent le châtiment. Le travail est ce châtiment imposé par la justice et adouci par la miséricorde. Il est la forme habituelle de l'expiation. En même temps qu'il fournit l'occasion de pratiquer les plus belles vertus, conformité à la volonté divine , patience , courage , constance, fidélité, justice, douceur, charité, il efface, chez le vrai serviteur de Dieu, la trace, les cicatrices des fautes passées, ('haque goutte de sueur enlève une tache; la fatigue corporelle guérit la paralysie morale; l'atelier devient un autre sanctuaire d'où l'homme sortira réhabilité devant sa conscience , devant ses semblables et devant Dieu.

(1) Gen. III, 17-23.

Cette notion du travail n'est pas vraie seulement; elle est consolatrice et fortifiante. Rien n'irrite l'homme comme de penser qu'il est frappé sans sujet. Sait-il reconnaître la justice des voies de la Providence, son fardeau est aussitôt allégé.

Examinez de près l'ouvrier chrétien et l'ouvrier libre-penseur, placés dans des conditions identiques, au point de vue du travail. Le travailleur chrétien porte le poids du jour et de la chaleur comme son compagnon, mais il se sait chargé d'une dette envers la justice divine, et il s estime heureux de l'acquitter i)ar son labeur ; si la paye du samedi est modique, elle n'est qu'un léger à-compte sur le salaire divin ; si, malgré ses. légitimes efforts pour soutenir son droit, la fraude et l'oppression triomphent et l'accablent , la justice d'en haut compensera tôt ou tard l'injustice d'en bas. La foi le console et lui fait entrevoir, à travers les privations présentes, l'opulence éternelle.

Près de lui, l'ouvrier libre-penseur compare tristement l'immensité de ses désirs avec l'exiguité de ses ressources, et, en attendant la richesse qui tarde à venir, enchaîné à son outil par le bras de fer de la nécessité, il travaille, le blasphème aux lèvres et la rage dans le cœur. Moins, dans l'orgueil qu'une fausse philosophie lui inspire, il se croit coupable, plus il est malheureux.

Si l'obligation du travail ne résultait pour l'homme que des besoins ^ satisfaire, l'oisiveté du riche et celle du paresseux, qui préfère se fatiguer peu et jouir peu, ne mériteraient aucun reproche. Mais le devoir de travailler repose sur deux grands commandements divins : Glorifier le Créateur en donnant un emploi utile à la créature inanimée elle-même ; expier ses fautes.

Qu'on ne dise pas : u Dans le'système catholique, la peine est une grâce, un céleste remède, une source d'éternelles richesses ; dès lors, au lieu de soulager les travailleurs les plus accablés, le vrai chrétien leur doit offrir ses félicitations sincères. »

L'enseignement catholique ne se divise pas,. Le même Jésus-Christ qui disait : « Bienheureux ceux qui pleureni! » disait aussi : « Venez à moi^ vous tous qui iies dans les lit' heurs et qui portez des fardeaux^ et je vous réconforieroL » Tout labeur n'est pas sanctifiant, tout fardeau porté D*e8t pas purificateur, mais seulement le labeur et le fardeau qui sont acceptés avec une filiale soumission. Bien des fatigues, bien des dénuements se trouvent devenir, à cause de la faiblesse humaine, une occasion de murmure, de découragement, de ruine. La Providence seule, qui connaît le fond des cœurs, peut imposer d'office la douleur à un mortel. Ici-bas, les dépositaires de l'autorité divine, les chefs spirituels ou temporels, sont quelquefois tenus de frapper pour punir; l'individu, jamais. Sa seule mission est l'exercice de la charité. Qu'il fasse du bien à ceux qui souffrent, qu'il procure quelque rafraîchissement à ceux qui travaillent ; voilà sa mission. Il ne sait pas quelle mesure de souffrance serait utile à son prochain, et il sait qu'en l'aidant à porter son fardeau il accomplira la loi de Jésus-Christ (1). Les saints les plus avides de i^utfrance pour eux-mêmes ont été , dans tous les siècles, les plus empressés à diminuer les souffrances de leui*s frères. Saint Vincent de Paul était un prodige de mortification, et peut-être l'homme de son siècle le plus impitoyable à son corps; quelles attentions délicates n'avait-il pas pour le pauvre peuple?

Jamais les catholiques ne se sont bornés, en face des fatigues et des privations des classes laborieuses, à une prédication platonique des béatitudes que peut apporter la Peine, ce qui eût semblé une ironie ; mais devant des souffrances qui ne disparaissent pas en un instant, devant des larmes que la compassion la plus fraternelle et les sollicitudes les plus ingénieuses ne peuvent entièrement tarir, ils ont montré et ils continuent à montrer dans le travail douloureux, symbolisé

(1) Alter alterius onera portate, et sic adîmplebitis legem Christi (Gai. Yi, 2).

par le portement de la croixy uu chemin qui ramène à Dieu ses enfants réhabilités par la pénitence.

Le péché explique la douleur. L'homme qui se "swt coupable comprend la justice de l'expiation et se résigne. Quelle n'est p^ la force du sentiment de la justice! Maintes fois, il a fait accepter avec calme la mort mêmepar les plus grands criminels. Mais dites aux travailleurs qu'ils sont immaculés, que la casuistique chrétienne est une chimère, que la conscience doit se reprocher uniquement les énormes forfaits ; infailliblement, ils se révolteront contre la douleur, et comme la douleur accompagne presqu'en tout lieu le travail, au travail on verra succéder d'une part la spoliation, de l'autre la fainéantise. Très-certainement, à une époque comme la nôtre, les multitudes n'accepteront à aucun prix ce qu'elles considéreront comme une injustice. Les théories économiques les plus savantes demeureront inapplicables devant des cœurs -rebelles au travail, comme les mesures stratégiques les plus habilement combinées n'aboutissent qu'à la défaite, si la bravoure manque aux soldats. Les hommes de peine (ils sont nombreux) , se révolteront contre la peine, tant que la lumière divine ne leur montrera pas l'équité et les compensations providentielles de la douleur.

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