L.i BANQUE d'État française
mander à des avances en compte-courant les sommes nécessaires au gouvernement ? Ne vaudrait il pas mieux, en même temps qu'on referait une armée, commencer à réfoimer l'administration financière, pour que, les impôts revenus, des habitudes nouvelles d'ordre et de régularité, autant pour la perception des recettes que pour l'ordonnancement des dépenses, fussent prêtes à lecevoir leur retour P Le sort du Sultan est lié à la réforme du Trésor. Les bâtiments de la Banque doivent, les premiers, avant les casernes et avant les bureaux, s'élever sur le sol du Maroc. — L'heure de l'ambassade approche. Les financiers sont prévenus, se tiennent prêts. Le 12 décembre, M. Saint-René Taillandier résume le programme qu'il devra soutenir. « Comme instrument essentiel des progrès (du Maroc), souligne-t-il, nous avons à obtenir la création d'une Banque d'Etat (i). » Le i5 décembre, M. Delcassé précise les arguments qu il devra développer :
« Dès à préseat, la création d une Banque d'Etat ... serait en mesure de rendre de très appréciables services auMakhzen. — Une institution de cette nature pourrait être chargée du service de Trésorerie du Gouvernement chérifien. Cette Banque d'Etat contribuerait également dans toute la mesure possible, à mettre en œuvre les moyens (inanciers de nature à remédier à la dépréciation actuelle de la monnaie marocaine, et à modifier les cours désastreux du change qui en résultent.
« .. On peut prévoir que leMakhzen sera bientôt saisi de propositions fermes à ce sujet (par le consortium des Banques). Il y aurait en conséquence avantage à ce que vous prépariez, en vue
(l) Livre jaune, op. cit., 11° 203.
LES ORIGINES DE LA BANQUE d'ÉTAT
de cette éventualité, les éléments des pourparlers auxquels donnera lieu cette importante question, et à ce que, lors des premiers entretiens avec Cheikh-Tazi, vous procédiez avec lui à un écliange de vues préliminaires (1). »
Le II janvier igoB, M. Saint-René Taillandier part pour Fez (2). Les fêtes de l'Aïd-el-Kebir retardent l'ouverture des négociations jusqu'au 22 février, mais dès ce jour, l'ambassadeur est admis à expliquer, devant une assemblée composée du Makhzen réuni au complet et d'une quinzaine de « notables » convoqués extraordinairement pour l'entendre, les principes de son programme de réformes, n Cet exposé, écrit-il le 10 mars, a produit surla majoritédesdélégués une impression favorable » (3). Le représentant des porteurs l'assiste. C'est M. Regnault consul général de France à Genève, qui, dès juillet 1904, a été (( mis à la disposition » des Banques souscriptrices. Il a installé sans aucun incident ses collaborateurs, choisis à la fois dans le contrôle tunisien et le corps consulaire (4). Le service du prélèvement fonctionne avec assez de bonheur, pour qu'au moment où M. Saint-René Taillandier développe devant le Makhzen les propositions françaises, M. Regnault fasse connaître que les sommes
(1) LîWe./rtîme, 1901-1903, n° 208, p. 182.
(2) Ibid., n» 220.
(3) Ibid., 228 ; 229.
(4) Ibid., n° 183. — Cf. Cousin et Saurin, op. cit., p. 129.
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encaissées au i5 mars, — soit cinq millions, — couvrent les frais du coupon el du contrôle jusqu'au juillet. Mais il se plaint de n'avoir pu organiser le service de contrôle, d'être par là impuissant à enrayer la fraude. Abd-el-Aziz s'empresse de lui demander : ui" une note sur les conditions dans lesquelles la Délégation des Porteurs pourrait exercer effectivement le droit de contrôle. . . ; 2° un projet de firman organisant la répression de la fraude en matière douanière ». — -Dans quelques semaines, le service de l'Emprunt sera mis en possession de tous ses pouvoirs ; la Banque d'Etat sera organisée ; les réformes administratives et militaires, rendues possibles par sa création, seront à l'étude. A l'heure oi^i le Représentant des Porteurs de titres se prépare à muer la fonction des oumana en métier d'employés, où les financiers commencent de délibérer sur les attributions à demander pour la Banque Impériale, où le Gouvernement français se dispose à prendre une effective possession du service des douanes et une effective direction du Trésor cliérifien, n'est-il pas certaiji que le problème marocain, dans toute son ampleur, et selon les intérêts du Maroc et de l'Europe, est résolu par la France et pour la France ?