‹ Le Problème Marocain et la Banque D'État du MarocChapitre 20 sur 53 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. — Le Crédit et la Monnaie. — Prospérité de la Banque. — Les principales opérations commerciales. — La taxe spéciale et les travaux publics. — L'assainissement monétaire : change ; billets, papiers. — Les résultais.

II. — La Banque et le Makhzen. — La Banque et la police, — Avances politiques. — L'emprunt du 21 mars 1910. — Les garanties du prêt. — Absorption des ressources du Sultan. — La Banque trésorier-payeur de l'Empire.

III. — La Banque devant le Parlement. — La convention franco-allemande du 4 novembre 1911. — Le Maroc nouveau — Valeur du protectorat dans l'ensemble. — La Banque et le protectorat français. — Débats parlementaires. — Erreurs et malentendus.

L'Acte général de la Conférence d'Algésiras déclare que « l'ordre, la paix et la prospérité ne sauraient régner au Maroc... que moyennant l'introduction de réformes basées sur le triple principe de la souveraineté et de l'indépendance du Sultan, de l'intégrité de ses Etats, et delà liberté économique sans aucune inégalité Il définit en conséquence le nouveau statut militaire, financier, économique du Maroc. La police franco-espagnole, la Banque d'Etat internationale, sont destinées à un Empire ouvert à l'Europe, sous le commandement d'un Chérif libre. — Le 4 novembre igii, le gouvernement allemand, sur l'insistance de qui, six ans avant, la Conférence s'est réunie, « dé-

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clare qu'il n'entravera pas Taction de la France en vue de prêter son assistance au gouvernement marocain... pour tous les règlements nouveaux et les modifications aux règlements existants que les réformes comportent ». Le secrétaire d'Etat de ses affaires étrangères écrit, le même jour, au plénipotentiaire français : « Pour bien préciser l'accord du 4 novembre 191 1, relatif au Maroc, et en définir la portée, j'ai l'honneur de faire connaître à Votre Excellence que, dans l'hypothèse où le gouvernement français croirait devoir assumer le protectorat du Maroc, le gouvernement impérial n'y apporterait aucun obstacle. » Quelle a été la carrière de la Banque d'Etat depuis sa fondation jusqu'à l'accord qui consacre le changement du statut politique de l'Empire chérifien ? Que devient la Banque internationale dans un Maroc où le commandement de la France se substitue à l'autorité du Sultan ?

A peine nommé, le conseil d'administration s'occupe d'installer la Banque. Faudra4-il acheter des terrains, édifier des bâtiments, aménager des bureaux, subir un long retard, d'autant plus pénible que le Maroc réclame la réforme annoncée avec plus d'instance que jamais ? Le Comptoir National d'Escompte possède un siège à Tanger, et deux agences, à Casablanca et à Mogador. Pour hâter l'heure des débuts de la Banque, le conseil négocie avec le Comptoir la cession de ses établissements, de ses baux,

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de son matériel et de sa clientèle. Le marché se conclut pour 220.000 fl ancs. De la sorte, au lendemain de l'assemblée constitutive, la Banque installe à Tanger son siège social, à Mogador et à Casablanca des succursales, se met en mesui^e d'inaugurer aussitôt sa tâche (i).

Ses affaires prospéreront sans arrêt. Ses bénéfices, de 241.891 francs dès la première année, s'accroîtront assez vite pour que ses actions de 5oo francs, libérées des trois quarts, donnent dès 1910 un dividende de 5 0/0 sur le capital versé, dès 191 e un dividende de 6 0/0 ; pour que le conseil, tout en constituant d'importantes réserves, puisse prélever des sommes considérables destinées à Tagrandissementde ses immeubles et à l'installation de nouvelles succursales. A Casablanca, à Mogador, en effet, il ajoutera dès 1911, Rabat, Oudjda, et, en 19] 2, annoncera son projet d'en aménager d'abord à Fez, à Raffi, à Larache, puis à Marrakech.

Les privilèges divers de la Banque ne servent pas d'autres fins que de préparer le relèvement du Maroc, par la purification de sa monnaie et l'établissement dans le pays d'une autorité respectée. Aussi bien, en même temps qu'elle remplit près du Makhzen les fonctions de trésorierpayeur et de régulateur de la circulation monétaire, la Banque, comme le conseil le rappelait aux actionnaires lors de la première assemblée, doit-elle prêter son concours au commerce. Le Maroc demande de sérieux établis-

(1) Rapport du conseil (T administra lion du 20 juin 1908, p. 4.

sements de crédit, avec la même urgence que des ports et une police. L'argent y est d'un loyer effroyablement élevé. (( Les Israélites qui se respectent, si l'on en croit de Foucauld (i), demandent 12 0/0 d'intérêt à un coréligionnaire, et d'une solvabilité certaine ; 3o 0/0 à un musulman, et d'une solvabilité non moins sûre : lio 0/0 à un emprunteur d'une solvabilité douteuse, mais qui fournit un gage ; 60 0/0 à un débiteur de même condition et qui ne fournit pas de gage. » Les exigences des usuriers ont installé les plus singulières habitudes de retard dans les paiements. C'est l'étonnement des commerçants européens arrivant au Maroc que de découvrir la coutume oii sont les indigènes de ne jamais acquitter leurs effets le jour de Téchéance. Il n'y a pas mauvaise volonté ; tous ceux qui ont traité des affaires avec des Marocains se plaisent à louer leur loyauté et leur probité, à proclamer qu'ils cherchent par tous les moyens à faire honneur à leurs engagements, qu'ils ne se donnent de repos qu'après s'être acquittés de leur dette, que les faillites sont très rares. Il y a inclination héréditaire, entretenue par l'usurier, à considérer que là où est tendue la volonté sincère de ne pas manquer à sa parole, il n'importe pas que ce soit à quelques jours près.

La Banque apporte à la fois l'argent, l'escompte raisonnable, les habitudes régulières, c'est-à-dire les conditions mêmes d'un commerce prospère. Jusqu'à ces derniers

i^i) Cf. de Foucaull, Reconnaissance au Maroc, p. 22.

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temps, le mouvement de ses affaires n'a pas été considérable. Cela tient à la nouveauté même de l'institution, à l'obligation où, de par la charte même de concession, elle est de s'inquiéter avant tout de pourvoir aux frais d'entretien de la police, à l'assainissement monétaire. Mais il est certain que l'occupation française, l'amélioration du régime de la monnaie, enlèveront à la Banque ces deux soucis, lui permettront par conséquent de se consacrer à peu près exclusivement à la fois à son rôle d'alliée du commerce et d'intendant du Makhzen.

La Commission internationale d'escompte lui a rendu d'appréciables services. Elle donne une opinion éclairée sur les escomptes et ouvertures de crédits à accorder aux commerçants. Elle aide la Banque à modifier les habitudes marocaines de solder à plusieurs semaines ou à plusieurs mois de l'échéance. En mai 191 1, le Commissaire des Comptes signalait l'usage de ne payer les effets que par acomptes espacés, parfois jusqu'à six mois de l'échéance (2). En octobre de la même année, la proportion de ces effets était encore de 82 0/0. Au 3i décembre, elle descendait à 20 0/0. L'année suivante, elle tombait à 8 0/0. Elle s'est à peu près maintenue à ce taux

Le portefeuille de la Banque s'élevait, le 01 décembre 1907, à 1,253.606 francs; en 1908, à i. 508.712 francs. L'année suivante, il baissait à i . 168.798 francs, et en 1910

(1) Cf. Salmon et Chaiieville, op. cit., p. 194-196 ; Jeannot, op. cit., p. 335.

(2) Rapport de juin 1908, pp. 8-21.

à i.i53.4i5 francs. En 1911, son chiffre a doublé, il est monté à 2.495.900 francs La part des succursales dans ces chiffres est loin d'être négligeable. Le portefeuille de Casablanca représente à lui seul les deux cinquièmes du portefeuille total de la Banque. Le bénéfice de cette place, qui était en i9]o déjà de 66070 francs, est passé à 169.725 francs. Cette prospérité remarquable, qui doit évidemment être rapportée à la tranquillité que les troupes françaises font régner dans la Chaouïa, permet d'augurer le développement économique qui suivra la pacification du Maroc tout entier.

La Banque offre les plus grandes facilités au public pour l'escompte de son papier. Elle fait volontiers les escomptes en monnaie hassani. Elle fait également des escomptes sur comptes-courants. Ces escomptes en 1909 avaient atteint 920.859 francs, tombèrent en 1910 à 582.359 francs, sont remontés d'un coup, en 191 1, à 5,778.784 francs.

La Banque se charge en outre de rencaissement des effets sur l'Europe. Elle s'adresse pour ces opérations aux principaux établissements de crédit européens, avec lesquels elle se maintient en excellents rapports. Son portefeuille à l'encaissement n'a cessé de s'accroître jusqu'à 1910, passant de 763.812 francs en 1907 à i .084.904 francs en 1908, à 1.870.952 francs en 1909. En 1910, il est descendu à T. 287. 752 francs, mais il est aussitôt remonté à 1.644.701 francs.

Un des plus grands services que la Banque rend au Commerce consiste dans l'ouverture décomptes-courants

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