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L'EUROPE ET LÀ GÉGÉNÉRATION MAROCAINE

plein. Il est manifeste que le Makhzen, qui vit du système d'abus dont se meurt le Maroc, ne lui portera jamais remède que contraint par une irrésistible force de persuasion. — Il est manifeste aussi que les démarches collectives du corps diplomatique ou des colonies étrangères n'obtiendront jamais de résultats : l'antagonisme des intérêts garantit au Sultan l'hypocrisie des résolutions concertées et présentées par une délégation internationale. Les luttes intestines des Européens, qui paralysent le Conseil Sanitaire et la Commission d'hygiène, laissent le marché de Tanger étaler avec une tranquille impudence d'effroyables immondices, les projets d'aqueducs dormir dans les cartons un pesant sommeil, ne donnent-elles pas au Makhzen le droit de considérer les suppliques internationales comme des requêtes que chaque puissance demande publiquement à voir exaucer, souhaite secrètement de voir repousser(i)? N'apportent-elles pas à sa souplesse le perpé*

(1) Cf. les déclarations si nettes de M. Bacheracht, ministre de Russie au Maroc, délégué à la Conférence d'Algésiras {Protocoles, p. 470 sq.) : « . . . Quelle action collective a jamais donné quelque résultat durable?... Les Marocains n'ignorent pas ce qu'est l'Europe collective. Elle ne leur inspire ni crainte, ni respect, car ils ont sous les yeux l'image permanente de son impuissance sous la forme du conseil sanitaire de Tanger. Cette assemblée... ne parvient qu'à grand'peine à obtenir du Makhzen les mesures nécessaires pour la préservation de ce pays du danger d'invasion épidémique . . . Quant à l'exercice des autres pouvoirs qu'elle tient des fîrmans chérifiens, tels par exemple que la surveillance des mesures d"hygiène dans l'intérieur des villes, les questions de l'adduction des eaux, des abattoirs, des marchés, etc.. elle se heurte à chaque pas à d'invincibles résistances de la part des autorités locales et à un

tuel loisir de contrebalaacer les assurances prodiguées aux uns par les protestations multipliées près des autres ?La politique de bascule est chose facile au Sultan, et il en joue avec une nonchalance amusée. En 1892, pour répliquer aux projets français d'installation dans le Touat,sir Charles Evah Smith proposa à Moulay el Hassan un débarquement anglais au Maroc, et lui communiqua un vague traité de « protection )), Le Sultan remercia le diplomate britannique de sa sollicitude vengeresse, prouva sa gratitude par un traité de commerce avec la France. En 190 1, Abdel-Aziz signe avec nous un protocole de collaboration pour la police de la frontière, se réservant, comme il n'apparaîtra que trop, de n'en exécuter aucune clause ; et dépêche en même temps à Londres une ambassade qui, étudiant officieusement un projet de protectorat, conclut un insignifiant mémorandum. Il est d'autant plus aisé au Makhzen de se rire des rivalités européennes, qu'il sait bien n'avoir pas à craindre sérieusement d'expédition militaire, et qu'il garde, avec son indépendance financière, l'autonomie de tous les services de son administration. Le Maroc n'a pas de dette publique : comment exercer le

mauvais vouloir érigé par elles, dirait-on, en s,ystème ... l'Europe réunie en conseil ne réussit même pas à obtenir le balayage du marché de Tanger^ dont l'état de saleté repoussante est le signe quotidien de rimpuissance du conseil sanitaire, impuissance émanant de son vice originel, la collectivité. . . Une longue expérience a appris au Makhzen à connaître les hésitations et les faiblesses des efforts col lectifs des puissances. . , » — Ajouter aussi par exemple, Salmon et Charleville, op. cit., p. 18 sq. u ... Tout projet a d'avance contre lui toutes les natiot)S autres que celle dont est son auteur. . . »

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moindre contrôle sur son gouvernement ? On peut donc concevoir que, prolongeant vis-à-vis des tribus sa politique de division, et vis-à-vis des puissances sa politique de bascule, le Sultan réussisse longtemps encore à maintenir à la fois la réalité de son pouvoir et la liberté de sa condition. Demain, il est vrai, de tragiques événements vont prouver à l'Europe que l'anarchie marocaine exige un terme. Mais il ne pourra être apporté que par la cessation des rivalités, la reconnaissance des intérêts authentiques. Tout concourt ici à repousser toute espérance : la France et l'Italie se sont concertées, il est vrai ; mais c'est à la veille des dilapidations d " Vbd-el Aziz, de la révolte de Bou-Hamera, de la recrudescence de la haine contre l'étranger, que TEiirope s'épuise en intrigues, qu'aux accords franco-marocains, Londres répond par la propagande de ses journalistes et de ses diplomates marrons, de ses Harris et de ses Mac Lean,que Madrid et Berlin délibèrent sur des desseins de partage.

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