GiCKitON, id., \.i. Gf. DiooÈNE La'krce, VII
incertitudes et des confusions. La casuistique a justement pour domaine propre ces frontières de la morale. Elle a la garde de ces défilés nombreux, qui, comme on Ta dit spirituellement *, sont sans doute commodes pour entrer dans la morale, mais non moins commodes pour en sortir.
Mais sa besogne va devenir de plus en plus délicate et difficile. Car, comme si la distance qui sépare le bien et le mal était trop grande encore, les stoïciens vont établir une série de transitions, et du même coup faire intervenir dans la conduite de l'homme des considérations nouvelles, propres à troubler sa vue et à faire chanceler sa vertu. Ils vont prendre l'homme pour un être moral, mais moral à ses heures seulement, et qui, embarrassé dans une foule de conditions et de nécessités qui n'ont rien à voir avec la moralité, ne peut cependant ni les négliger, ni s'en affranchir. En ses jours d'orgueil, le stoïcien déclarait indifférent (ào-.àcpopov) tout ce qui n'est ni le bien ni le mal. Mais ces choses prétendues indifférentes font à tout instant sentir leur présence bienfaisante ou funeste.
1. Martha, Le philosophe Carnéade {Revue des Deux Mondes, i" septembre 1878). Cet article fait partie des Études morales sur Vantiquité, récemment publiées par le même auteur.
20 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ
Appeler la santé chose indifférente est une fanfaronnade d'homme bien portant, et elle ne résiste pas à la première atteinte de la maladie. Il est donc des choses qui, sans être des biens, sont préférables; d'autres au contraire qui , sans être des maux, sont rejetables (-npor.YijLéva, àito-poY.vpLsva) *. <c C'est être fou, dit Chrysippe, que de ne tenir aucun compte de la richesse, de la santé, de l'absence de fatigue, de la parfaite intégrité du corps , et que de ne pas rechercher de semblables avantages ^ » Le domaine des choses indifférentes se trouve ainsi singulièrement restreint et resserré entre nos préférences et nos aversions. Et parmi les choses préférables il y a encore des degrés. Les unes ont une valeur propre et absolue, les autres une valeur d'emprunt et relative ^
La vertu sans doute reste encore au-dessus de toute comparaison. Mais la vertu elle-même se trouve engagée dans des circonstances multiples et qui ne sont point par elles-mêmes indifférentes. C'est la même vertu qui marche sur des fleurs ou des épines ^ Mais Sénèque
1. Voir DioGÉNE Laërce, VII, 106-107. Stobée, Ed., II, 122- 244. CicÉROx. Sec. Âcad., I, 10. De Fin., III, 15-16.