Sénèque, Du Repos du sage
Û. « Calcare ipsas nécessitâtes licet. » Sénèque, Lettres, 12.
160 UN PROBLÈME MORAL DANS l' ANTIQUITÉ
Comment concilier cette irrévérencieuse indépendance avec la soumission à Tordre du monde, dont Cléanthe, dans son hymne célèbre, fait le premier devoir *? — Sénèque et Épictète s'efforcent de faire la synthèse de la liberté et de l'obéissance. C'est être libre, dit Sénèque, que d'obéir à Dieu ^. Puis le sage consent plutôt qu'il n'obéit ^ Ne savons-nous pas en effet que la raison individuelle ne fait qu'un avec la raison universelle, et que le sage se trouve vouloir ce que Dieu veut? — Mais c'est un idéal que cette parfaite harmonie de notre volonté et des événements, un idéal comme l'accord des intérêts particuliers et de l'intérêt général qu'ont rêvé quelques contemporains ; et de même qu'à Stuart Mill on pourrait dire à Sénèque et à Épictète : Pour l'heure présente, heure de conflits et d'incertitudes, quelle voix devons-nous écouter de préférence à l'autre? — Cette règle célèbre : « suivez la nature »
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2. « Deo parère libertas est.» Séxèque, De la vie heureuse^ XVI, 5.
3. « Non pareo Deo, sed assenlior. » Lettres, 97. Cf. Epictète, Diss., Il, 16. Tô>.[x-^aov àvaê/i'La; upo; tov 0£Ôv ecTtsiv, oxt /pw |jioi XoiTibv si; o av eé).r,ç- ôtx&yv(o[j.ovâ) dot, a6; £t(n. Ooôàv Ttapat- ToO[j.ai Twv aoi ooxotjv-cwv otiou 6é).£tc, ay£.
peut s'entendre en bien des sens •, mais en deux surtout qui nous importent : suivez la nature extérieure, — ou — suivez votre nature. Écoutez les ordres du dehors, — ou — du dedans. Tant que le dehors et le dedans ne seront pas à l'unisson, il y aura donc là une lutte entre deux tendances, entre deux devoirs. Cette lutte devient concrète et poignante dans un cas où tous les précédents conflits se trouvent en même temps résumés, le cas du suicide. Le sage est libre; toute contrainte est un mal. Mais il n'est pas contraint de vivre dans la contrainte ^ C'est la supériorité de l'homme de sortir de la vie quand il veut, et c'a été la bonté de la nature de lui donner, pour une façon d'entrer dans la vie, mille d'en sortir ^ Où que tes yeux se tournent, dit encore Sénèque, tu vois la fin de tes maux. Regarde cet abîme; en y descendant, tu trouveras la liberté. Regarde cette mer, ce fleuve, ce puits. Au fond est toujours la liberté. Tu vois ce bout d'arbre, la liberté y est suspendue. Ton cou, ta gorge, ton cœur, autant d'issues pour fuir