Sénèque^ id
164 UN PROBLÊME MORAL DANS L'aNTIQUITÉ
la chose du monde où il faut agir le plus librement. On doit compte de sa vie aux autres, de . sa mort à soi seul. La vie est semblable à un banquet. Il ne faut quitter sans motifs ni Tune ni l'autre. Mais on peut comparer les motifs de quitter Tune aux motifs de quitter l'autre K — Et ces motifs, différents avec les hommes et les systèmes % finissent par se multiplier au point de ne plus laisser place à un suicide illégitime. Nous venons de voir que presque tout ce que les hommes mettent au rang des maux était à la désertion du sage une excuse suffisante ^ Mais s'il est en possession detous les biens, dit Chrysippe, le mieux est encore pour lui de dire adieu à la vie, — sans doute parce qu'elle ne peut plus rien pour lui, et parce qu'ayant atteint le plus haut sommet de la félicité humaine, il ne saurait plus que déchoir K Le suicide semble toutefois jus-. qu'ici, et un très grand nombre d'autres textes
confirmeraient cette apparence ^ le droit exclusif
du sage. Mais Chrysippe vient nous dire avec An-
i, Oltmpiod., in Phaedr., 3 {Schol. in Arist., 7. b, 2o). Voir Zelleb, 338, note 1.