Voir Sénèqur, Lettres, 24 et
166 r?f PROBLÈME MORAL DA>'S l'aNTIQUITÉ
— Épictète raconte que des disciples viennent à lui et lui disent : « Epictète, nous ne pouvons plus supporter d'être attachés à ce misérable corps, d'être obligés de le nourrir, de l'abreuver, de le reposer et de le nettoyer, d'être contraints par lui de plaire tantôt à ceux-ci, tantôt à ceux-là. Ne sont-ce point là choses indifférentes, et qui ne nous concernent en rien? La mort est-elle un mal? N'avons-nous pas une certaine parenté avec Dieu? N'est-ce pas de là que nous sommes venus ici? Permets-nous de retourner au lieu de notre origine; permets que nous nous débarrassions de ces liens qui nous enchaînent et pèsent sur nous. Ici-bas, il y a des brigands, des filous et des tribunaux, et ceux qu'on appelle tyrans, qui croient avoir quelque pouvoir sur nous, à cause de ce misérable corps, et de ce qui lui appartient. » Et Epictète leur répond : a 0 hommes, prenez confiance en Dieu; lorsqu'il vous aura fait signe et vous aura délivrés de cette servitude, alors vous retournerez vers lui; mais pour le présent, patientez un peu, et demeurez dans la contrée où il vous a places. Le temps de votre séjour ne sera pas long, et sera facile à supporter pour des gens ainsi disposés. Quel tyran, quel voleur, et quels tribunaux peuvent être redoutables à des hommes
qui ne font aucun cas de leur corps, et de ce qui leur appartient? Restez donc, et ne vous en allez point inconsidérément K »
Dans ces lignes, Épictète donne la raison qui condamne non seulement le suicide des lâches, mais celui des héros, et qui tranche le problème que nous discutons, raison que l'antiquité stoïcienne ne pouvait d'ailleurs que pressentir. Il se peut en effet que tout autre devoir paraisse nous échapper, et que rien ne nous rattache plus à la vie. Mais il reste que nous ne devons pas contrarier Ies"*dësseins de Dieu, et nous dérober aux souffrances qu'il nous impose. Soumission à l'ordre du monde, — ce devoir stoïcien était trop vague et trop abstrait pour obliger^ Mais la soumission à un Dieu personnel et vivant, qui, par des voies incompréhensibles, ne poursuit que notre bien, voilà ce qui nous donne le droit d'attendre, et, par surcroît, le droit (^spérer. '