‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 130 sur 259 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous voulons moins dans ce chapitre traiter que soulever certaines questions, et marquer la place d'études nouvelles à faire. — Nous nous sommes efforcé de reconstituer, avec le peu qui nous en est resté, la casuistique stoïcienne, et, dans notre exposition, nous avons eu à lutter contre une double difficulté. Quand on étudie la philosophie stoïcienne, on étudie à vrai dire plusieurs philosophies : aussi est-il toujours malaisé de transformer cette multiplicité en unité. Et pour la casuistique en particulier, outre qu'elle doit plus que tout le reste, porter la marque personnelle des esprits différents qui s'en sont occupés, nous n'avions affaire qu'à des renseignements épars, comme à des épisodes dont le lien et la trame ont dis-

paru. — Il est une autre façon de faire revivre la casuistique stoïcienne, qui est de montrer son influence.

G^st lajnorale tout d'abord qui a été transformée par elle. EHe lui a donné un caractère pratique qui lui a permis de suffire aux besoins des consciences et de suppléer la foi religieuse ^ui s'en allait. Nous ne voulons pas parler seulement de la morale stoïcienne qui tira de la casuistique des conséquences que nous mettrons bientôt en lumière. Mais , abstraction faite de ces importantes innovations, et au delà du stoïcisme, la casuistique imprima à la morale générale un esprit nouveau. Elle donna aux esprits le sens du réel. Ce n'est pas dans la théorie seulement qu'elle les habitua à regarder le bien, mais dans la pratique. On apprend la guerre en la faisant. Le meilleur moyen d'apprendre la vertu est aussi de la pratiquer. S'exercer à la continence, dit un interlocuteur de l'un des dialogues de Plutarque, n'est-ce pas être continent *? Il est mille petites ruses avec soi-même ' pour être vertueux, que l'expérience seule nous fait connaître. Mais, à défaut

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