‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 133 sur 259 · Plutarque, id · texte numérisé non relu

Plutarque, id

4. La médecine et la morale sont à tout moment comparées par Plutarque.

172 UN PROBLÈME MORAL DANS L'A?iTIQUITÉ

L'hygiène ne croit pas qu'on puisse trop se préoccuper de la santé, la casuistique du devoir. Et par des précautions quotidiennes, l'une prévient les maladies, l'autre les vices. Ce souci des petites choses qui deviennent grandes avec le temps, cette recherche des causes en morale sont le fait d'une science avancée, et dont des esprits affinés seuls étaient capables. C'est aux écoles des casuistes qu'ils se formèrent. Du moins, ils subirent de près ou de loin l'influence de leur méthode, et l'adoptèrent sans le savoir.

Un moraliste peut être considéré comme le type de ce stoïcisme inconscient, c'est celui que nous venons de citer à maintes reprises, Plutarque. On sait que Plutarque combattit les stoïciens, auxquels il reprocha de se contredire et de contredire le bon sens. Il n'en respira pas moins un air stoïcien en morale. Plusieurs de ses petits traités nous donnent l'idée de ce que devaient être, avec moins de grâce aimable, ceux d'Antipater * et de Brutus *. Aussi n'avonsnous pas craint de le citer parfois à côté des

i. Ce stoïcien est l'auteur d'un traité sur le soin de la santé et de la fortune. Gigéro.n, De Off., II, 24.

2. Dans son traité des Devoirs, il s'occupait des devoirs mutuels des parents, des enfants, des frères. Sénèqce, Lettres, 95.

stoïciens authentiques, et de confirmer leur opinion par la sienne. Il a gardé de leur enseignement ce qu'il avait d'universel et d'éternel. Ce fut un stoïcien malgré lui. — « Plutarque m'a été comme ma conscience, » disait Henri IV *. G'est-à-dire qu'il traduit dans la précision des faits l'abstraction de la loi. Or cette façon d'entendre la morale et de l'enseigner est la casuistique, du moins en procède.

Mais voici un plus curieux exemple de la diffusion et de la pénétration dans la société d'alors de la casuistique stoïcienne. Plutarque du moins était un moraliste de profession. Nous voulons maintenant parler d'un poète, et d'un poète qui se dit épicurien. Mais, à sa façon même de le dire, on devine ce qu'on ne pourrait appeler un remords et une lutte intérieure, — car il s'agit d'Horace, — mais une conscience qui s'analyse et se gourmande '. Aussi cet épicurien a-t-il des accès de stoïcisme et ce sont ses meilleurs moments et ses plus beaux vers '. C'est en récitant une ode d'Horace ^ qu'un stoïcien moderne, le grand pen-

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