Pandectes, id. « Metum auteni non vani hoiuinis, sed
182 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ
D'autres donneront des exemples : la crainte de la mort, de la prison, des supplices, voilà quelles craintes peuvent annuler le contrat qu'elles ont dicté*. Autre chose : il faut que la menace ait pu être suivie d'effet immédiat. La crainte d'un mal, quelque grand qu'il soit, mais à longue échéance, n'est pas considérée comme ôtant au contractant sa liberté d'esprit ^ Enfin il faut qu'il y ait eu menace réelle et non une crainte imaginaire ^. Vous pouvez craindre à tort, et la loi n'a pas à tenir compte de vos chimères. — On voit par ce seul exemple quels psychologues furent ces jurisconsultes de l'empire romain. Leurs distinctions minutieuses constituent une véritable casuistique à laquelle il ne manque plus que la mise en scène et les personnages.
Quelquefois, cette casuistique abstraite est visiblement déduite de cas plus concrets que l'imagination des moralistes ou les événements
qui merito et in homine constantissimo cadat, ad hoc edictum pertinere dicemus '. » L. P. Gaïus, lib. 4, ad Ed. Provinc.
i. Voir Pandectes, livre 4, titre 2.
2. Pandectes, id. « Metus non solum magni mali, sed et ppfesentis esse débet. »
3. Pandectes, id. « Denique oportet ut is fuerit metus qui alicui ab alio illatus est; non is quem quis ipse sibi intulit. »
1. La loi française, plus accommodante, ne parle que « d'une personne raisonnable ».
eux-mêmes avaient suggérés. On a fait remarquer qu'il était surtout question dans la casuistique stoïcienne de la bonne foi \ Les cas qu'elle soulevait pouvaient donc être soumis à des légistes aussi bien qu'à des moralistes *; car la bonne foi est un devoir dont les lois se mêlent. Et Gicéron nous apprend qu'il intervint de son temps des solutions juridiques qui étaient comme sollicitées par la conscience morale d'alors et qui lui prêtèrent à propos leur autorité et leur sanction. — Tout le monde a lu le récit de la ruse spirituelle et déloyale qu'imagina le banquier syracusain Pythius, pour vendre ses jardins au chevalier romain Ganius '. Il avait fait venir barques et pêcheurs. Ceux-ci jetaient à ses pieds d'innombrables poissons. Ganius séduit donne des jardins le prix qu'on lui demande. Mais le lendemain plus de barques, plus de pêcheurs, plus de poissons. Il est furieux, — fureur inutile, dit Gicéron, « car Aquilius, mon collègue et ami, n'avait pas encore fait la loi sur les actes frauduleux ». Gette loi est donc contemporaine