‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 142 sur 259 · QumnuEN, Inst. orat., VII · texte numérisé non relu

QumnuEN, Inst. orat., VII

sition naturelle du droit à l'école où la casuistique régnait en souveraine. Ne peut-on, en effet, comparer à des cas toutes ces controverses juridiques où les arguments tirés de la morale se mêlaient parfois aux arguments tirés du droit ? Qu'importe que ces controverses n'aient pas lieu devant de vrais juges et entre de vrais adversaires? Elles n'en montraient pas moins les lacunes de la législation, et n'en habituaient pas moins les esprits à l'art difficile de bien juger, soit pour eux-mêmes, soit pour autrui, soit la conduite à tenir, soit la conduite qui a été tenue. Quintilien * nous cite lui-même un cas qui ne s'est peut-être jamais présenté, mais qui a dû avoir beaucoup d'analogues devant les tribunaux romains. C'est un conflit entre le pouvoir du père et le pouvoir du patron, c'està-dire entre le droit naturel et le droit civil. Mais c'est dans le recueil de Sénèque le père, qu'il nous faut chercher les plus nombreux

1. Quintilien, VII, 7. « Qu'un père ait plein pouvoir (droit de mettre la main, injectio ma7ms)sur son fils, un patron sur son afTranclii; que les alTranchis suivent l'héritier : voilà la loi. Une^personne prend pour héritier le fils d'un affranchi; a-t-il ou non le droit de manus? Son patron soutient qu'il De peut avoir le pouvoir d'un père, étant lui-même dans la main d'un patron. » Cité par Denis (ouvrage cité, 11, p. 193), qui ajoute : « C'est ainsi que les sujets romanesques et bizarres des déclamations pouvaient cacher et cachaient en effet des questions de droit légal et de droit naturel. »

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exemples de ces discussions et de cette nouvelle éducation donnée aux esprits.

Il est une loi qui commande aux enfants de nourrir leurs parents. De deux frères ennemis l'un a un fils. Celui-ci, malgré les ordres de son père, nourrit son oncle réduit à la misère. Son père le renie, son oncle l'adopte. Mais c'est bientôt le tour de l'oncle d'être riche, du père d'être pauvre. Le fils, malgré son oncle, nourrit le père qui l'avait renié. C'est alors l'oncle qui le renie, après l'avoir adopté ^ Aux jurisconsultes de discuter si les rigueurs du père, puis du père adoptif sont valables dans l'espèce. Aux moralistes de discuter si la conduite du fils les a méritées, s'il devait faire ce qu'il a fait. — Nous voudrions limiter notre choix de citations aux exemples de ce genre, où un conflit de devoirs précède un conflit de personnes, qui auraient pu être des cas de conscience avant d'être des procès.

On a le droit de tuer l'époase prise en flagrant délit d'adultère. Un homme qui a perdu ses bras à la guerre surprend sa femme et ordonne à son fils de la tuer. Refus du fils, que son père renie ^

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