Bossuet, Instruction .iiir les états d'oraison, V
204 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ
vertu, si Ton veut, mais imperfection que roii aggrave en la niant. — Nous avons vu, d'autre part, qu'il ne fallait pas compter sur les facilités qu'un code immuable et impeccable donnerait à la bonne volonté. Ainsi on ne peut remplacer la spontanéité en morale et l'on ne peut cependant s'en rapporter à elle. Ce qui veut dire que la raison n'abdique ni devant l'instinct, ni devant la loi, que son rôle est au contraire d'éclairer l'un et de vivifier l'autre. Mais comment arriver à cette autonomie réfléchie, à cette maturité morale? — Par de fréquents retours sur soi-même, par une lente éducation, par une série d'efforts que le moment est venu de passer en revue. Une vraie religion, avec les mêmes pratiques , qui , suivant quelques esprits contemporains , encombrent la vertu chrétienne, fut ainsi la propre conséquence de la conception stoïcienne de la vertu. Ce que l'on prend pour une invention de théologiens fut une invention de philosophes et de moralistes, ou plutôt ne fut l'invention de personne, mais le libre épanouissement de l'effort moral de l'humanité et la commune histoire de la vertu de tous les temps. Examen et direction de conscience, sermons, lectures pieuses, mortifications, culte de certains mo-
dèles qui sont comme les saints du stoïcisme, ridée de Dieu soutenant et inspirant la volonté, et devenant une sorte de grâce libre et née de l'esprit même, la prière enfin, voilà les pratiques de la piété stoïcienne, piété sans laquelle, pour les plus illustres maîtres de la vertu antique, il n'y a point de solide vertu.
Commençons par le commencement. Or le commencement de la sagesse, a-t-on dit, est de se connaître soi-même. Plutarque voudrait que chacun sût se tâter le pouls et se rendre compte à toute heure de l'état de ses organes. Mais c'est de la santé morale qu'il faut surtout se préoccuper en s'interrogeant sans cesse. Appelons les choses par leur nom : il faut pratiquer l'examen de conscience. L'examen de conscience n'est point, à proprement parler, stoïcien. Mais, on l'a remarqué finement, « dans le monde moral comme dans le monde physique, il y a, pour ainsi dire, une loi de gravitation qui fait que les doctrines les plus puissantes attirent à elles et retiennent les éléments épars et flottants des doctrines moins consistantes ' . » Voilà comment un précepte pythagoricien, longtemps méconnu ou travesti, fut