‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 158 sur 259 · Martha, Études morales sU7' Vantiquité, p. 21. j · texte numérisé non relu

Martha, Études morales sU7' Vantiquité, p. 21. j

206 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ

ressuscité et consacré, quoique tardivement, par le stoïcisme. On connaît les célèbres vers dor : « Ne t'endors jamais avant d'avoir soumis à ta raison ta conduite de la journée. En quoi ai-je failli? Par quelle action, par quelle omission? Ayant pesé la première de tes actions, prends-les toutes de même l'une après l'autre. Si tu as mal agi, afflige-toi; si tu as bien agi, réjouis-toi. » M. Martha a récemment raconté le sort étrange de ce beau précepte, et le contresens traditionnel dont il fut l'objet. Des commentateurs, dont l'un s'appelle Gicéron, ne virent qu'un exercice de mémoire dans cette pieuse et prudente surveillance de soi-même. Le fait est que les plus délicats de l'antiquité semblent avoir ignoré cette délicatesse morale si familière, théoriquement du moins, aux plus grossiers d'aujourd'hui. Le commentaire que donne Socrate de la célèbre inscription de Delphes « connais-toi toi-même » est curieux à ce point de vue. Il ne s'agit pour le fondateur de l'observation psychologique que de se rendre compte de ses forces afin de ne rien entreprendre qui soit au-dessus d'elles. Il faut aussi se connaître soi-même pour s'exercer à connaître autrui. La psychologie est l'apprentissage de la politique. Puis le commentaire tourne

court, et la coiiiiaissance de notre âme n'est plus que la classification et la définition de nos idées K Qu'il y a loin de cet inventaire tout intellectuel à l'exarnen d'une conscience qui s'interroge et se gourmande, travaillant par cet effort quotidien à se vaincre et à se refaire! Et comme des formules presque identiques ^ peuvent servir à exprimer des choses différentes, suivant l'état des esprits et les associations d'idées familières, — là un conseil de sagesse pratique, ici un précepte de vertu tout intérieure!

Ce qu'ignora Socrate, les siècles qui le suivirent l'ignorèrent comme lui, à l'exception peut-être d'une secte qui se perpétua obscurément, dépositaire jalouse des traditions et des pratiques pythagoriciennes. Nous savons en effet par Sénèque ^ la vitalité, au premier siècle .après Jésus-Christ, d'une école morale que l'on eût volgntiers crue morte, et dont la renaissance serait aussi difficile à expliquer que l'existence prolongée et mystérieuse. Quoi qu'il en soit, jeune ou seulement rajeunie, cette école enrichit le stoïcisme de son fonds propre

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