Lettres
208 UN PROBLÊME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ
d'idées et de préceptes, que tout le monde connaît pour stoïciens sans rechercher leur lointaine origine. C'est ainsi qu'un pythagoricien, Sextius, enseigna l'examen de conscience à Sénèque, qui l'enseigna à l'élite morale de son temps, jusqu'à ce que le christianisme l'enseignât, à son tour, même aux plus humbles. La confidence de Sénèque est en même temps si connue qu'on hésite à la citer une fois de plus, et si belle qu'on n'ose parler de l'examen de conscience sans la relire : « Il faut tous les jours appeler l'âme à rendre ses comptes. Ainsi faisait Sextius. La journée finie, prêt à se livrer au repos de la nuit, il interrogeait son âme : De quel défaut t'es-tu guérie? A quel vice as-tu résisté? En quoi es-tu meilleure? La colère cédera ou se modérera, si elle sait que chaque jour elle passera en jugement. Quoi de plus beau que cette habitude de scruter ainsi toute sa journée? Quel sommeil que celui qui vient après cette revue de soi-même! Comme il est tranquille, profond et libre, après qu'ont été distribués l'éloge et la remontrance, après que ce droit d'enquête et de censure a été secrètement exercé par Fàme sur elle-même ! — J'use du même droit et me cite chaque jour à mon tribunal. Quand on a emporté la lumière, et
que ma femme, qui sait ma coutume, a fait silence, je fouille toute ma journée, je reviens sur toutes mes actions et toutes mes paroles. Je ne me cache rien, je ne me passe rien. De laquelle de mes fautes aurais-je peur en effet, quand je puis me dire : Veille à ne pas recommencer. Pour aujourd'hui je te pardonne. Dans cette discussion tu as mis trop d'emportement; une autre fois ne te commets point avec des ignorants. Ceux qui n'ont jamais appris ne veulent point apprendre. A celui-là tu as donné un avertissement plus brusque qu'il ne convient : au lieu de le corriger, tu l'as offensé. Il faut se préoccuper non seulement de la vérité à dire, mais de l'humeur de celui à qui on la veut faire entendre \ » Sénèque a heureusement choisi son exemple. Il n'est pas de vice contre lequel l'examen de conscience soit un remède plus puissant que la colère , et Sextius disait que, pour calmer un homme emporté, il suffit de lui présenter un miroir ^ Mais l'examen de conscience guérit d'autres maux, du moins il est le point de départ de la guérison ^ Il réconforte aussi par de salutaires satisfactions la
d. Séinéque, De la Co/é>'e, III, 36.