Epictète, Diss., IV
212 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ
règne, en passa douze à combattre les barbares. Mais n'attendez de Marc-Aurèle rien qui ressemble aux commentaires d'un César. Le premier chapitre de son livre fut écrit chez les Quades, sur les bords du fleuve Granua. Et dans ses veillées laborieuses de chef d'armée, sans abandonner aucun de ses devoirs professionnels, il prend à part son âme, la considère et l'interroge. Ainsi saint Louis, auquel il fait naturellement penser, conciliait avec le métier de roi le plus admirablement exercé la piété d'un saint. Remarquons-le bien, ni à l'un ni à l'autre on ne saurait reprocher d'avoir sacrifié au soin exclusif d'une perfection égoïste les intérêts dont ils étaient chargés. Leur sainteté ne fut pas une trahison ; mais le sentiment de leur responsabilité ne fit qu'ajouter à leurs scrupules et à leur vertu \ L'examen de conscience de Marc-Aurèle est en effet souvent la revue de ses devoirs. Comme le chrétien se sert d'un questionnaire qui empêche son enquête de s'égarer, l'empereur stoïcien se demande successivement comment il s'est comporté envers les Dieux, envers ses parents, ses frères, sa femme, ses enfants, ses maîtres, ses