Discours
230 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQU ITÉ
Dion est ainsi le type de ces « frères prêcheurs » de l'antiquité, attirant à eux, et quelquefois à la vertu, par l'éclat de leur réputation et de leur talent. Sophistes d'un genre à part S sophistes convaincus et enthousiastes, cherchant leur succès dans le bien à faire et les conversions à opérer. Quelque temps avant Dion avaient prêché dans des écoles, mais dont les portes étaient ouvertes à tout venant, Sotion ^ Fabianus ^ et cet Attale *, dont le discours sur la pauvreté donnait à Sénèque l'envie de se faire pauvre. Ce sont les derniers orateurs de l'ancien monde et qui marquent une transition naturelle entre l'éloquence profane et l'éloquence bientôt naissante des homélies. Grâce à eux le stoïcisme eut ses sermonnaires ; grâce à eux aussi, la religion philosophique cessa d'être une religion de bonne compagnie, et pénétra au sein de ces foules païennes lasses de croire et lasses déjà de ne plus croire.
Dion nous présente encore l'un des exemples les mieux caractérisés de vocation et de prêtrise philosophique. Quelques-uns des traits que
1. Voir cette distinction entre le sophiste et le philosophe faite par Sénèque. Lettres, 111.