Lucien, Les Sectes à Priican
4. Plutarque, Des contr. stoic, 20. Comparer à tout ceci l'apologie des richesses dans le traité De la vie heureuse de Sénèque.
LA MORALE STOÏCIEiNNE ET LA CASUISTIQUE 27
veut qu'il s'attache à eux. Peu importe d'ailleurs que ce soient des princes sages eux-mêmes ou non. — Enfin, dans une de ces discussions de table auxquelles Plutarque nous fait assister, un « stoïcien à barbe épaisse » soutient qu'il faut défendre les festins aux joueurs de flûte. Mais un autre stoïcien lui répond et raille agréablement ces philosophes aux yeux et aux oreilles trop chastes, qui, dès les premiers sons de la flûte, demandent leurs sandales, et allument leur flambeau \ On voit qu'il est des sages accommodants, et ce qu'écrit Gicéron à son fils : « Il est bon de connaître les préceptes des philosophes, mais il faut vivre en homme du monde ^ , » pourrait être la formule de ce stoïcisme aimable et conciliant. Nous croyions avoir affaire à une secte d'Alcestes, et c'est le langage de Philinte que nous entendons.
Il faut reconnaître que les stoïciens se sont laissé entraîner trop loin dans la voie des concessions, où ils ne pouvaient pas ne pas entrer. Peut-être est-ce le châtiment de leur orgueil.
1. Plutarque, Symposiaques, VII, 7. Cf. Aulu-Gi-xle, \uits attiques, XV, 3.
2. « PhilosopliifB quidem preecepta nosccnda, vivendum aulem civililer « (cite par Albertis, Séiiéqw; et saint Paul, 3e édition, p. 280).
et ne sont-ils tombés plus bas que parce qu'ils avaient voulu s'élever trop haut *. Quoi qu'il en soit, nous nous sommes efforcés de suivre la pente rapide qu'ils ont descendue. Au bas de cette pente est une casuistique dangereuse, parce qu'il est toujours dangereuse d'admettre une comparaison entre le bien et ce qui n'est pas lui. Nous pouvons pressentir déjà tous les conflits de l'honnête et de l'utile, et ces cas de conscience qui ne devraient même pas être posés. — Voici l'un d'eux dont la solution fait prévoir d'autres faiblesses : « S'il était arrivé, dit Ghrysippe, que Gircé la magicienne proposât au sage Ulysse deux breuvages, dont l'un aurait eu la propriété de rendre fou, et l'autre celle de changer en àne, Ulysse aurait dû boire la coupe de la folie, plutôt que de consentir, même en conservant la sagesse, et par conséquent la félicité , à prendre une telle figure. La sagesse elle-même lui eût crié : laisse-moi plutôt que de me cacher sous la figure d'un àne * ». « Conclusion bien conforme, dit M. Ravaisson, au génie de l'antiquité, et en particulier à celui de la Grèce qui répugne à séparer la perfection intellectuelle et morale de