Epjctète, Diss., II, 20 ; IV
2. Epictète, id., III, 22. Dans cet entretien l'idée que nous commentons revient à plusieurs reprises. Cf. Marc-Au-
RÈLE, I, n.
3. Sénèque, Fragments, 18. Cf. Epictète, Diss.,\, 14; II, 8; IV, 5.
4. Sénèque, Lettrps, 95. Vis deos propitiare? bonus esto. Satis illos coluit quisquis imitatus est. Cf. Epictète, Diss., 1, 12.
culte que l'élévation et la pureté de nos âmes. Il faut entendre Sénèque protester contre les pratiques infamantes * pour les Dieux par lesquelles on croit leur rendre hommage. Il distingue la vraie piété qui honore Dieu de la superstition qui Toutrage, et c'est aussi l'outrager que de le craindre ^
Non que ses rapports avec le monde soient ceux d'un idéal abstrait, ou d'une puissance indifférente. Il est la vie même et l'ordre de toutes choses. Mais ce gouvernement omniprésent est une providence, laquelle, étant tout amour, ne veut des hommes que leur amour. Ces théories ne sont pas nouvelles dans la philosophie stoïcienne, et quand les stoïciens les professèrent, elles n'étaient pas nouvelles dans la philosophie grecque. L'optimisme reconnaît comme son ancêtre Platon , et il pourrait peut-être faire remonter plus haut encore son origine. Mais c'est le langage qu'il parle qui est une nouveauté. Il ne s'agit plus d'une
1. Sénèque, Lettres, 123. Quid interest utrum deos neges an infâmes?
2. Sénèque, De la Clémence, U,li. Religio deos colit, superstitio violât. Lettres, 123. Superstitio amandes timet; quos colit violât. Ghrysippe : Ces discours sur les vengeances divines ne diffèrent pas beaucoup des contes sur Acco et sur Alphitto, par lesquels les femmes empêchent les petits enfants de mal faire. » Cité par Denis, Histoire I, 362.
262 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ
sagesse immanente et d'un tout égoïste qui immole à sa perfection les existences et les consciences de détail. Il ne s'agit pas non plus d'un dieu qui se doit à lui-même de tout faire pour le mieux dans l'œuvre qui sortira de ses mains. Le dieu stoïcien a la sollicitude d'un père * qui veille sur ses enfants, qui ne les afflige qu'à regret, et pour leur bien, tirant parti pour eux de leurs souffrances -. Hercule le savait, et c'est pourquoi, « en quittant ses enfants, il ne crut pas les laisser orphelins. Il savait qu'il n'y a pas d'orphelin, que tous ont un père et un père vigilant. Et là-dessus il ne s'en rapportait pas seulement à l'opinion des hommes ; car il se sentait lui-même fils de Jupiter ; il ne cessait de l'invoquer, et, en tout ce qu'il fit, il ne chercha qu'à lui obéir ^ » Notre confiance filiale doit égaler celle d'Hercule, surtout si nous sommes ces tils élus de Dieu que leur mérite désigne à ses préférences. Ceux-ci peuvent-ils craindre la faim quand il donne à tous, aux aveugles et aux boiteux, leur nourriture? Leur vertu peut-elle rester sans récompense, quand
1. Expression fréquente chez SÊjiÈQLT. et chez Epictète, et que nous retrouvons dans Manilil'S, Astr., IV, 882.
2. Voir Sénèque, De la Providence, passim. Epictète, Diss., I, 6, 9; III, 26; IV, 1.