Epictète, Diss., III
il y a des salaires même pour les savetiers *? Aussi les stoïciens mettent-ils ce qu'il leur reste de morgue à ne pas douter de Dieu. Leur confiance crée entre eux et la divinité un lien plus intime qu'ils aiment à laisser deviner, quand ils ne le proclament pas audacieusement , comme Dion et Epictète. A la paternité naturelle de Dieu s'ajoute en leur faveur une paternité d'adoption, qui les fait nobles entre les nobles. Fiers de cette origine céleste ', comme une statue qui se saurait sortie des mains de Phidias ^, ils savent par contre qu'ils lui doivent ce qu'ils sont et ce qu'ils valent; leur fierté tourne en humilité et cette humilité en piété. Epictète ne vit pas seulement pour Dieu, il vit de lui; il met en lui son affection la plus haute, et cherche en lui le fondement et la raison d'être de toutes les affections humaines. Non seulement Dieu est père, mais les pères ne sont pères que par une sorte de droit divin et par une délégation de la paternité divine *. Si le divin doit emplir notre âme, c'est qu'il emplit le monde; et un monde sans