‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 212 sur 259 · Marc-Aurèle, II, 3. Cf. XII · texte numérisé non relu

Marc-Aurèle, II, 3. Cf. XII

transcendant, et elle en conçut un, avec une pauvreté d'attributs, avec une indécision de contours, avec une pénurie de démonstration logique, qui n'ont pas nui, nous l'avons vu, à l'intensité de la foi. Dans ces âmes ferventes auxquelles nous avons demandé le secret de leur vertu, un dieu habite,

Quis deus incertum est, habitat deus K

Autour de l'idée religieuse par excellence, l'idée de Dieu, d'autres gravitent qui en sont comme les satellites. La présence intime de Dieu modifie notre manière d'être et de penser, notre mesure des choses et notre attitude devant les événements de la vie. A la description de cet état d'âme, telle qu'elle ressort incomplète des pages qui précèdent, nous voudrions ajouter quelques traits. — On a fait remarquer ^ avec infiniment de raison que l'examen de conscience du païen est un compte à régler avec lui-même, celui du chrétien une confession faite à la divinité. Mais voici que le païen luimême s'examine devant ce directeur suprême

d. Virgile, Enéide, VHI, 46.

2. Martha, Etudes morales sur l'antiquité : l'Eraiiien de conscience chez les anciens.

266 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ

auquel rien n'échappe ^ ; et son repentir devient le cantique qu'il chante à Dieu avant son coucher ^ Et ce n'est pas là un exemple isolé de la nouvelle direction que prennent les intentions, et du rayonnement du divin dans l'àme. De la même manière la vertu, qui se complaisait en elle-même, cherche désormais à plaire à Dieu. De même encore l'ancienne et superbe conformité de la volonté humaine avec les lois du monde devient la résignation patiente et confiante de l'esclave d'Epaphrodite '.

Voici maintenant à côté des sentiments renouvelés des sentiments nouveaux. Le mépris des choses d'ici-bas, jugées d'un point de vue plus élevé, est le thème incessant des pensées de Marc-Aurèle, chez qui ce mépris n'est jamais allé jusqu'aux excès mystiques de l'indifférence. De la terre il ne retient que les devoirs qu'elle lui impose. Mais tout le reste est vanité, le corps un flux de matière, l'àme un songe, de la fumée, la vie une lutte, une halte de voyageur, et ce que nous appelons la gloire un oubli *. Pour mesurer à leur juste grandeur les

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