Perse, Satires, II
3. Cléanthe fut, on s'en souvient, l'adversaire d'Ariston, qui rejetait sans doute la prière avec tous les autres secours spirituels. Il est à remarquer que le fondateur de la casuistique est en même temps l'auteur d'une des plus belles prières connues;
ces très beaux vers quelque raideur de pensée et un optimisme par trop inflexible. On y sent le philosophe; on n'y sent pas l'homme. Ni Epictète ni Marc-Aurèle ne se guindent ainsi, et leur prière est plus humaine. Marc-Aurèle gourmande sa raison qui s'insurge, et la force à demander à Dieu même cette vertu que les stoïciens voulaient ne devoir qu'à eux*. Dans les effusions d'Epictète il y a plus d'amour encore, et un amour d'autant plus touchant que celui qui l'éprouve avait peut-être à se plaindre de son sort et du ciel. Mais il semble offrir ses souffrances au monde et à Dieu, et se plaire dans ce sacrifice ^ Un admirable recueil de prières, même pour des chrétiens, pourrait être extrait du livre d'Arrien K Les analyser est impossible; il faudrait les citer tout entières. La prière enfin, ni pour Epictète, ni pour Marc- Aurèle, ne doit rester égoïste \ Il faut prier pour les autres, il faut prier pour tous. Et prier devient un ministère, comme prêcher, comme consoler et gouverner les âmes. — Cette solidarité des consciences est bien stoï-
1. Marc-Acrèle, IX, 40. Cf. XII, 14. Voir aussi Sé-nèque, Lettres, 10.