CHAPITRE VIII
Nous ne prétendons pas ici faire l'histoire de la casuistique, et nous ne dirons pas un mot de ces patientes et le plus souvent fort honnêtes élucubrations des casuistes du xvi® et du xvip siècle , se mettant l'esprit à la torture pour prévoir le possible et l'impossible et pour guider au travers de toutes ces broussailles les consciences, ou plutôt les guides mêmes des consciences, les confesseurs *. C'est à la casuistique philosophique que nous bornons notre étude ; mais elle n'est pas la propriété exclusive du stoïcisme, et elle apparaît dans toutes les écoles où les préoccupations morales ont dominé.
1. Voir sur l'histoire de la casuistique religieuse une très fine et très impartiale introduction à une récente édition des Provinciales (i, iv et xii), par M. He.nry Michel.
« La casuistique, nous dit M. Janet, est d'invention stoïcienne '. » Mais il faut avouer que les stoïciens étaient mis par leurs prédécesseurs sur la voie de cette invention. Et le fondateur même de la morale nous semble être, ou peu s'en faut, le fondateur de la casuistique. Qu'on relise en effet cette page de Socrate, un des exemples les mieux appropriés de sa fameuse ironie : « Veux-tu, Euthydème, que nous écrivions ici un A et là un A^? Ensuite ce qui nous paraîtra juste, nous le placerons sous le A, et sous TA ce qui nous paraîtra injuste. — Fais comme tu jugeras convenable. » Alors Socrate écrivit comme il avait dit, et reprit : « Le mensonge n'existe-t-il pas chez les hommes? — Si fait. — De quel côté le mettrons-nous? — Evidemment du coté de l'injuste. — Et la tromperie, n'existe-t-elle pas aussi? — Mais certainement. — Et nous la mettons? — Toujours du côté de l'injuste. ».... Et du côté de l'injuste ils mettent encore le fait de maltraiter et d'asservir ses semblables. « Mais du côté du juste il n'y a donc rien , Euthydème ? — Ce serait étrange, répond celui-ci. — Eh quoi! si un
1. Rapport sur un mémoire de M. Arthur Desjardins couronné jxtr l'Institut.