Sénèque, id
3. Liltrc définit, à tort selon nous, le casuiste un théologien, et la casuistique une partie de la théologie. Dictionnaire, I, 504.
288 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ
avoue qu'il emprunte nombre de solutions aux lois romaines , et qu'il s'inspire souvent de Sénèque. Mais c'est là la maturité de la casuistique théologique, et il serait curieux de savoir si ses origines se perdent jusque dans le stoïcisme, ou si elle fut une génération spontanée dans la morale chrétienne. Un maître contemporain avait promis de jeter sur cette question la lumière qu'il jette sur tout ce qu'il touche *. Mais nous sommes réduits pour le moment à quelques rapprochements signalés par le savant commentateur de Marc-Aurèle, Gataker. Il nous montre des pères comme Clément d'Alexandrie, Origène ^, saint Augustin et saint Jérôme, occupés à justifier la conduite de tous les personnages de l'Ancien Testament, Esther amenant Haman dans un piège, Judith trompant Holopherne embarrassent leur piété qui ne veut rien sacrifier, et « ils rectifient le mal de l'action avec la pureté de l'intention ». Mais c'est le cas de Jacob se faisant passer pour Esaii, qui est leur thème favori, et l'objet de leurs
1. Ravaisson, Essai sur la métaphysique d'Aristote, II, p. 213, note 2.
2. Puisque nous parlons d'Origène, on sait qu'il est un cas de conscience singulier auquel son nom est attaché. Il avait pris trop à la lettre les paroles de l'Ecritnre : Si votre œil vous scandalise, arrachez votre œil. — Il fut condamné, et se condamna lui-même plus tard.
subtils efforts. Origène* déclare, en s'autorisant de Platon, que le mensonge, qui répugne à la nature divine, peut quelquefois être une arme utile pour l'homme. Clément d'Alexandrie distingue mentir et dire un mensonge. Saint Augustin voit dans la conduite de Jacob l'apparence du mensonge, mais non la réalité. Enfin saint Jérôme ne veut pas du mot de mensonge, et il le remplace par un mot que nous connaissons déjà : « sage économie ^ ». C'est donc de ces premiers chrétiens aussi bien que des stoïciens que Stobée pouvait dire qu'ils
admettent le mensonge xa^à tto^J.où; toô-
Ttouç... xal xaT'àXXas oi,xovo[j.îa; to'J ëlo'J 7roA),à; ^. — Peut-être en effet, comme quelques stoïciens, les premiers chrétiens, trop préoccupés d'une vertu supérieure, n'ont-ils pas condamné assez sévèrement les fautes contre les vertus plus modestes et plus banales. Il est dangereux en morale de mépriser les voies communes. Pour être juste devant Dieu, le meilleur moyen est encore le plus souvent d'être juste devant les hommes *. Le plus n'exclut pas le moins;
i. Gataker, ad Marcum Antonium, XI, 18.