Kant, id., p
Ailleurs c'est une difficulté toute théorique : « Ne vaudrait-il pas mieux, pour le bien du monde en général, que toute la moralité de l'homme fût restreinte aux devoirs de droit, déterminés avec la conscience la plus scrupuleuse, et que la bienveillance fût comptée parmi les choses indifférentes *.
Le plus souvent Kant laisse ces problèmes sans solution, et plaide à la fois le pour et le contre. Mais sur certains points son opinion ressort avec netteté, et les difficultés cessent d'en être, au moins pour lui. Ce sont d'ailleurs toutes des difficultés de même ordre, et où se trouve engagée la dignité humaine dont Kant a un tel souci. — On sait avec quelle énergie il flétrit le mensonge. C'est le péché par excellence, et il fait remarquer que l'Ecriture sainte date l'apparition du mal dans le monde, non du fratricide de Caïn, mais du premier mensonge. Peut-on cependant condamner les mensonges de politesse, tels que les assurances de dévouement par lesquelles on termine une lettre, ou le mensonge d'un domestique répondant que son maître est sorti quand il ne l'est pas? Kant admet qu'il y ait doute sur ces questions, puis-
l. Kam, Principes métaphysiques de la morale, p. 276.
qu'il les range au nombre des questions casuistiques; mais pour lui le doute n'existe pas; et il fait le domestique responsable si quelque malheur est la conséquence, directe ou non, de son mensonge ' .
Ailleurs Kant se demande jusqu'à quel point le devoir d'humilité ^ et les devoirs de respect envers autrui sont des devoirs. Il faut toujours craindre de s'avilir, « car celui qui se fait ver de terre a-t-il le droit de se plaindre ensuite qu'on l'écrase' ?» — Mais il faut craindre aussi d'avilir autrui ; et c'est ce que font notre bienveillance et notre pitié *. La bienfaisance suppose même une inégalité de fortune contraire à la justice. Pouvons-nous dès lors nous faire un mérite de donner puisque nous devons, surtout de donner moins que nous ne devons ® ?
i.K.KyT, Principes métaphysiques de la morale, p. 330. Benjamin Constant avait écrit contre Kant : « Le principe moral : que c'est un devoir de dire la vérité, rendrait toute société impossible, si on l'entendait dans un sens absolu et sans distinction... » Kant répondit en 1797, dans un opuscule intitulé : Du prétendu droit de rnentir par humanité'.
2. Kant, Principes métaphysiques de la morale, p. 239. « L'adoration à genoux ou par la prosternation, même des choses célestes,.... est contraire à la dignité de l'homme. »