Etudes morales sur l'antiquité, p
seulement de disgracieux, mais de malsain. 11 n'est pas nécessaire que l'examen de conscience ait l'exactitude d'un procès- verbal, car, la fidélité de l'ojpservation devenant notre principal souci, nous enregistrerions bientôt nos propres fautes avec l'indifférence acquise de ces greffiers impassibles, plus attentifs à la forme qu'au fond. Nous avouons même que la méthode tant de fois vantée de Franklin , dressant un tableau aux colonnes verticales pour les jours , horizontales pour les vertus, formant ainsi de petits carrés où il notait ses fautes, et mesurant ses progrès à la blancheur du papier, nous avouons que cette méthode ne nous inspire qu'une sympathie de convention et qu'un enthousiasme de commande. Nous l'avons nousmême rapprochée, ce qui était la louer, d'un précepte d'Epictète, enseignant, lui aussi, à patienter et à ruser contre le mal. Mais Epictète n'allait pas jusqu'à cet excès de minuties et de lenteurs, qui témoigne de peu d'ardeur et d'une ambition morale facile à contenter. La vertu de Franklin est trop froide et trop méthodique. C'est une vertu américaine. Nous voulons, nous autres, plus d'entrain et plus d'emportement pour le bien. — Nous craindrions enfin qu'à s'occuper de soi avec cet atti-
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rail de précautions, on n'en vînt à oublier le but pour les moyens, et à se complaire dans ses efforts. Cet égoïsme délicat n'en serait pas moins de l'égoïsme. Les mystiques disaient, non sans quelque exagération, que les actes réfléchis suppriment les directs^ et que tout retour sur soi-même est un recul. Mais Bossuet, qui n'est pas suspect, signale lui-même, d'après saint François de Sales , ces tours de l'amourpropre, lorsque « sans cesse et par des replis ou retours perpétuels sur nous-mêmes , nous voulons penser quelles sont nos pensées , considérer nos considérations, voir nos vues, discerner que nous discernons ; ce qui jette l'àme dans un labyrinthe et un entortillement, qui ôte la droiture de nos actions et toute la bonne sève de la piété * ». Et, toujours d'après saint François, il nous dit qu'il ne faut pas « tant subtiliser », mais « marcher rondement ^ » .
Jusqu'ici nous avons vu la vertu compliquée, compromise et « perdant sa sève » . Mais voici qu'elle se change en son contraire; car cet asservissement à une règle, devenant le seul idéal, non seulement rabaisse notre foi, mais nous achemine à la trahir. Nous nous faisons