‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 47 sur 259 · Cité par Denis, H, p · texte numérisé non relu

Cité par Denis, H, p

3. Consulter Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie, III.

plaisance, affranchis des commandements de Dieu et surtout de l'Eglise. « Ils n'agissent point, écrit Taulère; mais comme l'instrument attend l'ouvrier, de même ceux-ci attendent l'opération divine, ne faisant rien du tout : car ils disent que l'œuvre de Dieu serait gênée par leur opération. » Et le même Taulère ajoute : « Quand on cherche le repos en ne rien faisant,.... on s'expose à toute tentation et à toute erreur, et l'on se donne une occasion à tout mal '. » C'est pourtant un mystique que Taulère. Un autre mystique, Gerson, signale le même danger. Maître Eckart avait soutenu que, par une véritable transsubstantiation, dans l'àme éprise de Dieu, l'humanité devenait divinité \ « Suivant les partisans de cette erreur, écrit Gerson, l'àme parfaite, ramenée en Dieu, perd sa volonté; incapable de vouloir ou de ne pas vouloir, ne voulant que ce que Dieu veut, elle redevient ainsi ce qu'elle était, avant le temps, dans la pensée divine. Cela posé, ils prétendent en conséquence que, n'ayant plus ni vouloir ni non-vouloir, elle peut sans péché, sans crime.

1. BossuET, Instruction sur les états d'oraison, X. Cf. Préface sur les états d'oraison.

2. Voir Vacherot, Histoire critique de l'école d'Alexandrie^ m, p. 161.

66 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ

condescendre à toutes les sollicitations de la chair \ » Et la chair sollicita béguards et béguines. Bossuet, s'armant de cette triste expérience contre le quiétisme du xvii' siècle, refuse d' « appuyer sur ces hofreurs ». Il se borne à cette remarque : « Ce que je ne puis omettre ni dissimuler, c'est, dans le fait, qu'il est presque toujours arrivé aux sectes d'une spiritualité outrée de tomber de là dans ces misères ^ » Nous voulons donner de cette vérité historique une dernière preuve. Le quiétisme luimême nous la fournira. Il semble paradoxal de rapprocher Ariston de Molinos et de Madame Guyon, tant est grande la distance des temps et des idées. C'est pourtant le même fanatisme et la même illusion, et Ariston, né chrétien, n'eût pu être que mystique ou Janséniste ^ Il eût été partisan du « moyen court * »

1. Cité et traduit par Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, 2" pai'tie, p. 467.

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