‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 5 sur 259 · DiO(iÈNE Laërce, VII, 91, Cf. Gicéron, De Off., III · texte numérisé non relu

DiO(iÈNE Laërce, VII, 91, Cf. Gicéron, De Off., III

folie, telle est Taudacieuse conséquence du rigorisme stoïcien. Et l'apparente invraisemblance de cette thèse ne doit pas nous en faire méconnaître la vérité secrète et profonde. Kant a pu dire, et l'on répète ses paroles avec respect, qu'une bonne action, dans toute la force du terme, n'avait jamais peut-être été de ce monde. Les stoïciens n'ont rien dit de plus. Seul, donc, le mot de folie fait l'exagération et le sophisme de leur formule.

Nous avons même tort de dire que le sage stoïcien n'a jamais existé. Il a dû apparaître, on le croit du moins, à une époque très reculée, et chaque grande période de la vie de l'univers aura de même son sage '. C'est assez pour que les stoïciens retracent avec piété les traits qui composent sa sainte image, sans se dire qu'ils rêvent, et que cet être n'est qu'une idée.

Le sage est tout raison, et il ne connaît point les faiblesses de la sensibilité. Les passions sont en effet erreur ou ignorance. Le sage n'a ni crainte ni désir, et il n'aura point de surprise, parce qu'il prévoit tout, et il prévoit tout parce qu'il sait tout. Sa toute-science le fait immuable'.

1. Alex. Aphrod., De Fato (Lond., 1638, in-S"), p. 130, et Ravaisson, Essai sur la métaphysique d'Aristote, II, 213.

2. « Ut constantia scientisp, sic perturbatio erroris est. » CicÉRON, Tusc, IV, 37. Cf. 17.

10 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ

— Aussi les stoïciens protestent -ils contre l'opinion de Platon et d'Aristote qui voulaient régler les passions, et les faire servir, sous le gouvernement de la raison, à la vie morale. En effet un mal, même petit, est toujours trop grand, puisqu'il est un mal K Appellera-t-on bien portant, dit Sénèque, l'homme qui a la fièvre, parce qu'il l'a légère, et quelle singulière recommandation à faire que celle-ci : soyez modérément fou, soyez modérément malade M Les stoïciens ne permettent même point à leur sage la plus excusable de toutes les faiblesses, la faiblesse envers autrui, l'indulgence. Pardonner, c'est en effet ne pas punir comme on le doit, et le sage fait tout ' ce qu'il doit. — A plus forte raison fermera-t-il son âme à la pitié. Les accidents de sa propre vie n'émeuvent point le sage. Gomment ceux de la vie d'autrui le trouveraient-ils plus sensible?

11 n'aura pas plus de pitié que d'envie. Car ces deux sentiments diffèrent peu pour les stoïciens, et celui qui s'afflige pour autrui peut s'affliger de son bonheur comme de son malheur *.

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