‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 53 sur 259 · Cicéron, Prem. Acad., II, 42. Tusc, V · texte numérisé non relu

Cicéron, Prem. Acad., II, 42. Tusc, V

72 UN PROBLÈME MORAL DANS l'aNTIQUITÉ

nous fait assister à leur lutte, en prenant d'ailleurs nettement parti.

Un homme \ qui veut rester honnête, arrive à Rhodes avec une forte cargaison de blé. Il y a disette dans l'île, et il vendrait cher sa marchandise. Mais il sait que derrière lui d'autres vaisseaux arrivent, également chargés de grains. En préviendra-t-il les Rhodiens, au risque de diminuer ses bénéfices? — Rien ne l'y force, répond Diogène de Babylone. Il apporte du blé, l'expose, le vend au prix courant. Il ne vole personne. — Antipater, quoique élève de Diogène, est d'un autre avis. Serait-ce, ditil, servir, comme tout homme le doit, les intérêts de ses semblables, que de leur cacher l'abondance qui leur arrive? — Mais si je me dois à mes semblables, répond Diogène, je me dois à moi-même. Oui ou non, ai-je le droit d'avoir une fortune à moi, et d'être marchand, l'étant loyalement? Or je ne trompe pas, je me tais, voilà tout. — C'est la même chose, réplique Antipater. Il est des réticences qui sont des mensonges, et votre silence est comparable à celui de l'homme qui ne montre pas sa route à l'homme qui s'égare, crime que les Athéniens jugeaient digne de l'exécration publi-

d. ÛCKBON, De Off., m, 12, 13.

DE l'honnête et de l'utile 73

que. — Et Gicéron est de l'avis d'Antipater.

Autre cas. Un homme ', honnête d'ailleurs , car c'est toujours ce qu'il faut supposer, veut vendre sa maison parce qu'elle est malsaine, qu'elle menace ruine, et que des serpents habitent toutes les chambres. Doit-il prévenir l'acheteur? Antipater dit oui, Diogène dit non. Et en effet, le propriétaire ne vous force pas d'acheter. Je veux même qu'il ne vante pas sa marchandise. Mais que pouvez-vous lui demander de plus? De mettre cet écriteau : A vendre une maison malsaine? Ce serait évidemment absurde. Que l'acheteur y regarde de près. C'est son affaire. — Cicéron n'en est pas moins de l'avis d'Antipater.

Tous les cas trouvent ainsi Diogène disposé à l'indulgence et aux concessions , et Antipater défendant le devoir contre les séductions hypocrites de l'intérêt -. Peut-on ' donner en payement la fausse monnaie qu'on a reçue soimême? — Diogène dit oui, Antipater dit non. Vendant un vin qui n'est pas de garde, peut-on ne pas prévenir l'acheteur? Vendant un esclave, peut-on taire ses défauts, ceux du moins que la loi n'oblige pas à déclarer? — Toujours oui,

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