‹ Le problème moral dans l'AntiquitéChapitre 54 sur 259 · Cicéron, De Off., III · texte numérisé non relu

Cicéron, De Off., III

selon Diogène, toujours non, selon Antipater. Tous ces exemples sont empruntés au commerce, et peut-être est-ce justice. C'est dans le commerce, en effet, que les petits mensonges, plus qu'ailleurs, semblent permis, et presque nécessaires. C'est là que la ruse devient un art, voire un mérite, comme s'il y avait guerre ouverte entre le marchand et ses clients, et qu'il fallût nécessairement en sortir voleur ou volé. Il est donc utile de prémunir le marchand contre cette idée que le mensonge fait partie de sa profession , et n'est point une faute pour lui *. — L'acheteur a d'ailleurs des devoirs comme le vendeur, devoir qu'on ne se dit pas assez a soi-même. Nous voulons bien imposer à ceux que nous appelons nos fournisseurs de ne pas nous tromper, mais nous nous réservons le droit de profiter de leurs erreurs. Il suffit cependant d'appuyer un peu sur ces indélicatesses pour faire ressortir ce qu'elles ont de répréhensible. Achèterez-vous pour du clinquant ce que vous savez être de l'or, payant ainsi un denier ce qui en vaut mille -. — Q. Scévola eut plus de scrupule. Désirant un fonds de terre, et ayant demandé le prix auquel

i. Cf. Mariox, La solidarité morale, p. 147 et 148. 2. CicÉHOH, De Off., III, 23.

on voulait le lui céder, il ne le trouva pas assez élevé, et ajouta cent mille sesterces *.

Antipater et Diogène ne sont pas les seuls stoïciens qui se soient occupés des cas. Dans son traité des devoirs, le philosophe Hécaton donne quelques solutions très curieuses par la diversité apparente de l'esprit qui les dicte. Peut-on laisser mourir de faim un esclave en temps de disette? Oui. S'il faut dans une tempête jeter une partie de la charge à la mer, sacrifiera-t-on un cheval de prix ou un esclave de peu de valeur? Hécaton laisse la question pendante. Mais cette abstention seule n'a-t-elle pas de quoi nous surprendre ? Il se contente de dire : l'intérêt nous pousse d'un côté, l'humanité de l'autre. Remarquez qu'il parle d'humanité et non de devoir. Évidemment, pour ce stoïcien, il ne peut y avoir de devoir envers un esclave, et cela explique dans l'espèce sa partialité pour l'intérêt. Car le même philosophe est inébranlable sur d'autres questions, et semble avoir eu une haute idée de la valeur et des droits de la personne humaine. Il se demande * si, au milieu d'un naufrage, le sage arrachera, le pouvant d'ailleurs, la planche néces-

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