CicÉRON, id., ni
DE L HONNÊTE ET DE l'utILE 77
de traîner enlongueurla guerre contre Jugurtha. On le crut; il fut fait consul; il fut chargé de la iz'uerre, et il réduisit Jugurtha. Mais à quel prix tout cela? s'écrie Cicéron. Au prix de la justice et de la bonne foi trahies. — Cicéron ne craint pas de flétrir, pour une faute analogue, son propre parent, Gratidianus. Les préteurs et les tribuns du peuple avaient rédigé ensemble un projet de loi qui devait être populaire. Gratidianus, qui était préteur, devance ses collègues, et le porte en son nom seul à la tribune. Il y gagna des statues qu'on illumina et qu'on encensa. Mais qu'est-ce que cela auprès du titre d'honnête homme auquel par sa conduite il avait renoncé*? La conduite de Gratidianus et celle de Marins étaient évidemment fautives, et eux-mêmes n'ont pu se faire illusion sur leur loyauté. Mais quelquefois le mal se dissimule comme pour tromper les scrupules de notre conscience. Il faut avoir le courage d'y voir clair, et d'écarter toutes les mauvaises raisons, qui, comme autant de nuages, obscurcissent le sens moral. — Grassus et Hortensius ^ passent pour d'aussi
1. Cicéron, De Off., IH, 20. Cf. Sénèque, Lettres^lO. « Non omni pretio vita emenda est. Quaedam, licet magna, licet certa sint, tamen ad illa turpi infirmitatis confessione non veniam. »