Cicéron, De Off., HI
78 UN PROBLÈME MORAL DANS l'ANTIQUITÉ
honnêtes citoyens qu'ils sont grands orateurs. Or il arriva que quelques filous fabriquèrent un faux testament d'un riche qui venait de mourir, et, pour détourner tout soupçon, se donnèrent comme cohéritiers Crassus et Hortensius. Ceux-ci, agréablement surpris, eurent bien quelques doutes. Mais ils ne voulurent point les approfondir. Après tout, ils n'étaient point faussaires. Si d'autres Fêtaient, c'est ce qu'ils n'avaient pas mission de rechercher contre leurs propres intérêts. Ils se crurent ainsi innocents en profitant de la faute d'autrui, et en partageant les dépouilles des véritables héritiers. Gicéron les condamne, et, à ce propos, recommande à ses contemporains plus de scrupule qu'ils n'avaient coutume d'en montrer, paraît-il, en matière d'héritage ^ C'est ainsi qu'il déclare volées les fortunes obtenues par des amitiés feintes ou des caresses intéressées. Crassus et Hortensius avaient sophistiqué contre leur propre conscience. Il est d'autres sophismes du même genre contre lesquels nous devons nous mettre en garde. On se dit : J'use d'armes déloyales, mais on en a usé contre moi^